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Air Sénégal : la compagnie décollera-t-elle un jour ?

Air Sénégal : la compagnie décollera-t-elle un jour ?
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Par
Charles Kouassi
Lecture 4 minutes

Accident industriel. Le lancement de la troisième compagnie aérienne sénégalaise tourne au cauchemar. Aux incidents techniques à répétition s’ajoutent des problèmes de management, l’actuel directeur général n’ayant rien trouvé de mieux que de recruter un adjoint recherché par la justice congolaise, au détriment d’une collaboratrice de Dassault Aviation autrement plus qualifiée. De quoi compromettre la place du Sénégal comme hub aérien régional ? Possible.

Y a-t-il un pilote dans l’avion Air Sénégal ? Rien n’est moins sûr, tant la nouvelle compagnie accumule les déboires. Commandés en juin 2017 pour 50 millions d’euros (soit l’équivalent de 32,5 milliards de francs CFA), les deux ATR 72-600 de la flotte ont été livrés en novembre de la même année, mais ils sont restés parqués à Toulouse jusqu’en mai 2018 — un stationnement qui a encore fait grimper la note pour le Sénégal.

Incidents techniques en série

Et, depuis leur mise en service, les nouveaux avions d’Air Sénégal sont victimes d’incidents techniques en série. Alors que l’un des deux ATR 72-600 doit subir de lourdes réparations en Europe, le second a été cloué au sol du 7 au 20 juillet. En cause, le contrecoup d’intempéries ayant frappé l’aéroport international Blaise Diagne, et une collision avec des oiseaux lors d’un décollage ; le résultat : une nouvelle compagnie incapable d’assurer les vols promis, et qui accumule les revers financiers.

Combien ont pu coûter ces déconvenues ? « C’est difficilement évaluable, confie, sous le sceau de l’anonymat, un fin connaisseur du secteur aérien sénégalais. Seule la compagnie peut dire à combien se chiffre le manque à gagner de cette interruption d’activité ». En attendant de recouvrer son second appareil, Air Sénégal se contente d’assurer des trajets domestiques, soit, au mieux, 14 fréquences hebdomadaires. Loin, très loin, donc, des ambitions d’une compagnie rêvant de rivaliser avec ses concurrentes sous-régionales ou internationales.
 
L’émergence d’une compagnie aérienne nationale revêt pourtant un enjeu des plus stratégiques pour le Sénégal. Après les échecs successifs d’Air Sénégal International (2001-2009) et de Sénégal Airlines (2011-2016), un troisième revers compromettrait le projet de hub aérien régional voulu par Macky Sall, l’actuel président sénégalais, à travers son Plan Sénégal Emergent (PSE). Pourtant, « le Sénégal dispose de tous les atouts pour mettre sur pied une compagnie aérienne viable, pérenne et rentable », assure l’un des membres du groupe d’experts ayant travaillé sur le lancement de la future compagnie.

Des « dysfonctionnements dans le management de la compagnie »
 
« Nous l’avons démontré avec l’étude de marché Seabury et le groupe d’experts. Le plan d’affaires élaboré par les experts sénégalais et le cabinet international Seabury prévoyait 7 destinations, 41 fréquences hebdomadaires et un taux d’utilisation quotidien des deux avions de 14 heures. Seulement, une série de dysfonctionnements dans le management de la compagnie rendent ce rêve difficilement accessible », analyse ce même expert.

De fait, tous les regards se tournent désormais vers le top management de la compagnie. A commencer par son numéro 1, Philippe Bohn, un transfuge du constructeur européen Airbus. Non content d’être grassement rémunéré, à hauteur de 10 à 15 millions de francs CFA par mois — soit trois plus que son prédécesseur —, le directeur général d’Air Sénégal est également logé dans un palace aux frais du contribuable sénégalais. Il a surtout surpris son monde en recrutant un adjoint à la réputation sulfureuse : Jérôme Maillet.

Avant d’être bombardé directeur général adjoint d’Air Sénégal, Jérôme Maillet officiait aux mêmes fonctions auprès de la compagnie Congo Airways — aujourd’hui en faillite. Poste qu’il aurait mis à profit pour détourner de l’argent, grâce à une fumeuse opération d’achats passés auprès de proches. Depuis, Jérôme Maillet a clandestinement quitté le Congo, et fait désormais l’objet d’un mandat d’amener de la justice congolaise, pour malversation et détournement de fonds. Ce qui n’a apparemment pas empêché Philippe Bohn de le recruter en tant que numéro 2 de la compagnie sénégalaise.

Un recrutement qui pose question. Le prédécesseur de Philippe Bohn, Mamadou Lamine Sow, avait en effet porté son choix sur Virginie Seck, une tête bien faite, qui travaillait au département informatique de l’entreprise française Dassault Aviation. Un choix de raison ; plus, en tout cas, que celui de Jérôme Maillet. Mais alors que Virginie Seck avait déposé son préavis de départ, la nouvelle direction d’Air Sénégal lui a sèchement signifié, par téléphone, qu’elle n’était plus retenue pour le poste de directeur général adjoint.

Au bénéfice de Jérôme Maillet, donc, et avec les résultats que l’on sait. Pourtant, « si on confie la compagnie à de véritables managers, souligne le groupe d’experts, il ne faut aucun doute qu’on aura un pavillon national solide. Mais pour l’heure, sa viabilité est remise en cause ».

Bruno Cospain

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Mots clés :Air Sénégalcompagnie


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