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Décès à Paris de Saïdina Volamamy de Maromandia, princesse-poétesse malgacho-comorienne, à 69 ans (Houria, hommage, Thierry Sinda)

Décès à Paris de Saïdina Volamamy de Maromandia, princesse-poétesse malgacho-comorienne, à 69 ans (Houria, hommage, Thierry Sinda)
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Par
Charles Kouassi
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La princesse-poétesse  Saïdina Volamamy  de Maromandia, alias Saïd Kharida dite Houria de son nom de plume, est décédée à l’âge de 69 ans, à Paris, mercredi 4 novembre 2020 des suites du coronavirus. Née à Antsohihy en pays Sakalava à Madagascar, elle était de double lignée royale à la fois malgache par la Princesse de Maromandia (région de Majunga-côte ouest) et comorienne par le Sultan Saïdina des Comores.

Ironie du sort : Madagascar et les Comores sont des pays-frères antagonistes. À Madagascar les migrants comoriens sont sujets à controverse par leurs frères malgaches, comme l’étaient en France les Portugais, les Espagnols et les Italiens, comme le sont au Congo-Brazzaville les migrants-frères de la RDC. 

Face à cet état de fait, ce n’est pas un hasard si elle a choisi comme nom de plume « Houria » qui signifie « liberté » en arabe. 

Les Arabes ont fait souche également dans le sud et le nord de  Madagascar, et ont forgé dès le 12e siècle l’écriture Sorabe, une graphie arabe pour transcrire le malgache, tout comme il existait en Afrique de l’Ouest l’Adjami l’écriture des langues africaines (Haoussa, wolof, peul, dioula, mandinka…) avec une graphie arabe.

de droite à gauche : La Princesse poétesse Houria, Thierry Sinda et Basile Ngangue Ebell (du Festival Panafricain  de Cannes), en 2013, lors du lancement de l’Anthologie des poèmes d’Amour des Afriques et d’Ailleurs à la Librairie de l’Avenue-Veyrier à Paris.

La poétesse-princesse Houria chérissait le proverbe peul : « Tant que la partie de chasse sera racontée par le chasseur on ne connaîtra  pas le point de vue du lion » que l’éminent écrivain  et passeur de culture, le Malien Hamadou Ampaté Ba a fait entrer dans la francophonie internationale. 

Ce n’est pas non plus un hasard si sur les bords de la Seine, dans les années 1990, elle a rejoint le Cercle des diopiens parisiens (disciple de CheikhAnta Diop) du Sénégalais Djibril Gningue de Diaspora africaine où entre les débatpanafricanistes on l’autorisait à lire un ou deux poèmes rendant hommage à des figures et à des événements du monde noir, qu’elle nommait : « poèmes biographiques » et  « poèmes événementiels » . 

Au même moment, elle était la secrétaire de feu le professeur camerounais Kapet de Bana du Conseil Mondial de la Diaspora Panafricaine, qui œuvrait pour la réalisation de Lencyclopédie africaine, qui ne verra jamais le jour.

L’apothéose pour la poétesse Houria survient en 2004, au moment où je lance le Printemps des Poètes des Afriques et d’Ailleurs et la Néo-Négritude : la poésie n’était plus bref intermède mais matière première dans un cadre nouveau où l’on découvrait des frères et sœurs de plume poétique. 

Le Printemps des Poètes des Afriques et d’Ailleurs, de par son ouverture au monde entier,  était sa maison. 

Sur cette dynamique singulière, certains des poètes du cercle se sont reconstitués en 2006, en « Collectif des écrivains nègres », où  la poétesse Houria se rendait aussi pour partager et diffuser sa poésie de la Néo-Négritude», même si ce collectif lui paraissait quelque peu sectaire. 

C’est ainsi qu’elle participait aussi à l’UPEM (l’Union des Poètes et Ecrivains malgaches mis en place à Paris en 2005), à l’Alliance internationale des femmes de France et de Madagascar de Francine Ranaivo, à La plume antillaise et à bien d’autres associations œuvrant pour la dignité et les droits de l’Homme.

La Princesse Houria est un modèle de partage, d’ouverture et de tolérance. Elle nous quitte deux ans, pratiquement jour pour jour, après le poète-anthropologue péruvien Jaimé Galdos qui se targuait de représenter fidèlement l’Ailleurs au sein de notre cercle poétique. 

Les poèmes de la Princesse Houria et ceux des autres poètes des Afriques et d’Ailleurs sont à découvrir dans mon livre Anthologie des poèmes d’amour des Afriques et d’Ailleurs (préfacé par Abdou Diouf, Jacques Rabémanjara et George Pau-Langevin, éd. Orphie 2013).

Thierry Sinda

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