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Palmarès Grand Prix Martial Sinda et anthologie au féminin, entretien avec Thierry Sinda

Palmarès Grand Prix Martial Sinda et anthologie au féminin, entretien avec Thierry Sinda
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La Rédaction
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Le Grand Prix Martial Sinda de la poésie francographe a dévoilé son palmarès lors de la commémoration du 20e Printemps des Poètes des Afriques et d’Ailleurs qui s’est tenu du 12 au 26 mars en distanciel sur les ondes de la webradio globe-radio.org, et en présentiel dans la fameuse Librairie de l’avenue du Marché aux Puces de la Porte de Clignancourt, laquelle possède 150 000 livres rares et anciens. Le Grand lauréat du Grand Prix Martial sinda est le poète camerounais Harman Kamwa pour son recueil Briser le sort. Le poète ivoirien Hermann Hokou remporte le Prix du meilleur titre de recueil avec Vers rouges de sang noir. Thierry Sinda était le président du jury. Il  a fait paraître, à Paris, pour la circonstance, l’anthologie Mémoires et Révoltes au féminin, Cinq lauréates du Grand Prix Martial Sinda de la poésie francographe aux éditions Unicité. Nous l’avons rencontré.

Comment s’est passé le Grand Prix Martial Sinda de la poésie francographe ?

Thierry Sinda Plutôt bien ! Entre 10 mai et le 31 octobre 2022 nous avons reçu de nombreux recueils de poèmes inédits venant de 15 pays ou régions. Les recueils étaient de bonne facture. Nous avons pris le parti d’attribuer à 35 candidats le label « Sélectionné par le Grand Prix Martial Sinda de la poésie francographe 2023 ». Du lancement du prix en mai à  la proclamation du prix en mars, il s’est écoulé neuf mois. Le temps de gestation d’un bébé dans le ventre de sa mère. Cela a rapproché les membres du jury des candidats-poètes. Les liens se sont établis via leur recueil de poèmes, via les échanges internet, et via la Newsletter mensuelle que nous leur avons adressée. Nous ne nous sommes jamais rencontrés parce qu’ils résident dans les pays du Sud ou dans les Outremers. Je pense que l’on a vécu une espèce de compagnonnage dans une communauté poétique internationale animée par l’histoire, la mémoire et la résistance, qui était le thème imposé.

Harman Kamwa. © DR

Pouvez-vous nous rappeler qu’elles étaient les candidats finalistes pour la catégorie reine du Grand Prix Martial Sinda ?

Ils sont au nombre de 9. Il s’agit de  : Sadlay Hounyeme pour La Sphinge (Bénin) ; Harman Kamwa pour Briser le sort (Cameroun) ; Innocent Mwendo pour Élégie névralgique pour une terre endeuillée (RDC) ; Zacharia Sall pour Ainsi chutent les silences (Sénégal) ; Serge Kooko Parfaites imperfections, Un univers à l’envers (Mali) ; Mehdi Adghigh pour Mémoire (Algérie) ; Fréro Pierre pour Épitaphe pour ceux qui n’en ont pas (Haïti) ; Huppert Malanda pour Cette Patrie de blessures et de rêves (Congo) ; Naelle Nanda pour Vers-Tiges (Gabon). Sur le plan géographique : nous avons l’Afrique du nord (avec l’Algérie), l’Afrique de l’ouest (avec le Bénin, le Sénégal, le Mali), l’Afrique centrale (avec le Congo, le Gabon, la RDC, le Cameroun) et Haïti. 

 Le poète camerounais Harman Kamwa est le Grand lauréat du Grand Prix Martial Sinda de la poésie francographe 2023. Comment s’est effectué votre choix ? Et pouvez-vous nous en dire plus sur son parcours ?

Les recueils des finalistes étaient tous de bonne qualité ; après c’est une histoire d’être plus sensible à une manière de dérouler un recueil, à une manière de tournure de vers, à une manière de traitement du thème imposé. Nous avons voté, et Harman Kamwa l’a emporté pour son recueil Briser le sort à 5 voix sur 7. Le jury dont j’étais le président était constitué par Moa Abaïd (acteur, metteur en scène et homme de radio algérien), Francine Ranaivo (poétesse, nièce du poète malgache de renom Flavien Ranaivo), Habib Osmani (poète et nouvelliste algérien), Henri Moucle (poète distingué, Martiniquais), Marie-France Danaho (poétesse reconnue en Guyane, épouse du poète-économiste-académicien Raoul-Philippe Danaho) et Denise Chevalier (poétesse et bibliothécaire). Harman Kamwa est né 1989 à Grand-Mboulaye au Cameroun. Il est titulaire d’un doctorat de littérature espagnole et comparée soutenue à l’Université de Yaoundé 1. Il est professeur d’espagnole dans le secondaire et assure des charges de cours en littérature et civilisation à l’université de Yaoundé 1. Il est aussi réalisateur, metteur en scène de théâtre et producteur de film. Il a publié deux recueils de poèmes l’un en français et l’autre en espagnole : Le pleur du carême (Edilivre, 2017), Hambrientos sonidos. El grito del silencio ( ViveLibro, Madrid, 2019). 

couverture du livre. © DR

Côté Côte d’Ivoire, on n’est  pas bredouille. Le poète Hermann Hokou a reçu pour son recueil Vers rouges de sang noir le Prix du meilleur titre de recueil ex aequo avec le poète tchadien Kodjibaye. Dites-nous en plus.

Oui effectivement le poète Hermann Hokou a reçu pour Vers rouges de sang noir  le Prix du meilleur titre de recueil de poèmes  ex aequo avec le poète tchadien Kodjibaye pour son titre Sous le ciel pimenté et ensanglanté. Tous les deux ont créé des images fortes pour exprimer la souffrance du Noir à travers les drames qu’il a traversé depuis le 15e siècle, à savoir la traite négrière, l’esclavage, la colonisation et le sous-développement. Par un jeu de mots poétiques d’inversion de qualificatif, la formulation originale de Hokou met en exergue des vers traduisant la douleur et la révolte : « les vers rouges », et un sang traduisant le marqueur profond du peuple noir : « le sang noir ». Kodjibaye recourt, quant à lui, a une puissante métaphore où le peuple noir vit en étant accablé par un ciel ensanglanté (couleur rouge du sang) et pimenté (goût qui pique douloureusement).

Comment l’anthologie Mémoires et Révoltes au féminin, Cinq lauréates du Grand Prix Martial Sinda de la poésie francographe que vous venez de faire paraître aux éditions Unicité, s’inclut-elle dans votre Grand Prix ? Et dites-nous quelle est la teneur du long avant-propos « Comme les Amazones vont boire à la source d’ébène » que vous signé ?

Parmi les huit poétesses sélectionnées et /ou primées j’en ai retenu cinq exprimant, à leur manière, avec talent leur révolte individuelle  et collective, et formant un ensemble cohérent à travers le temps et l’espaceLa poétesse camerounaise  Yonban Ladouce avec son recueil Silence on décolonise ! (portant sur colonisation et ses séquelles) ; la poétesse malgache Valiha Rakotonirainy avec son recueil Cœurs en chœur ( sur les  méfaits climatiques dus aux hommes en rupture de contrat avec Dieu) ; La poétesse réunionnaise Marie Annick M’Nemosyme avec son  recueil Drapeau dans l’âme ( portant sur la lutte des classes); La poétesse gabonaise Naelle Nanda avec son recueil Vers-Tiges ( dénonce le sous-développement de l’Afrique) ; et la poétesse guadeloupéenne Sarah Sambin avec son recueil Antécédents guadeloupéens ( faisant un travail de mémoire sur l’esclavage). Cette anthologie de recueils que j’ai réunie et commentée est la première anthologie de poétesses de l’Afrique, de la Caraïbe et de l’Océan indien. Elle est illustrée par la peintre Pascale Coutoux, née Rabésandratana. Dans mon avant-propos « Comme les Amazones vont boire à la source d’ébène » je montre que nos guerrières poétesses puisent dans l’histoire collective et dramatique du monde noir. Cela m’amène à faire l’historique de la traite négrière, de l’esclavage, de  la colonisation, du féminisme et du féminisme noir depuis le moyen âge jusqu’aux années 1980. Il faut savoir que la religion chrétienne et les grands explorateurs européens engendrent l’esclavage et la traite négrière. Le coup d’envoi est l’arrivée de Christophe Colomb en Haïti en 1492. Il en sera d’ailleurs gouverneur, et les indigènes seront convertis par la contrainte à la religion catholique apostolique romane, comme le souhaitait le Pape Nicolas V. 

Hermann Hokou. © DR

Comment s’est passé le lancement de l’anthologie à la Librairie de l’Avenue-Henri Veyrier du Marché aux Puces de la Porte de Clignancourt à Saint-Ouen  le 26 mars, lors de la clôture du 20e Printemps des Poètes des Afriques et d’Ailleurs ?

Nous avons vendu, en plein cœur de Paris, en quelques heures une trentaine d’exemplaires, ce qui est plutôt bien pour une anthologie de recueils de poétesses qui ne sont pas connues. Il faut savoir que les recueils de poèmes ont un tirage entre 200 et 500 cents exemplaires. Les romans des auteurs   connus de petits cercles sont tirés entre 1 500 et 2 000 exemplaires. Quand vous vendez 2 000 exemplaires d’un livre de poésie, et que vous êtes en bibliothèque (où un livre peu toucher encore plusieurs milliers de lecteurs dans le temps), que vous avez eu de la presse et des critiques littéraires, vous avez pleinement réussi votre opération de vente et de promotion de votre livre. Le marché du livre est saturé. Il sort en moyenne en France 80 000 titres par an dont beaucoup plus que la moitié n’ont aucun écho. A l’époque de l’imprimerie offset (on était contraint de faire des gros tirages), on  pilonnait les livres qui ne se vendaient pas, aujourd’hui avec l’imprimerie numérique on a le loisir de  tirer les titres selon la demande du marché. Notre dîner de clôture a eu lieu au restaurant Antilles Grillades de Saint-Ouen. Lorsque nous sommes sortis du restaurant, le populeux Marché aux Puces était désert.

Palmarès Grand Prix de poésie Martial Sinda

Grand Prix : Harman Kamwa pour Briser le sort (Cameroun) 

Prix du jury : Zacharia Sall pour Ainsi chutent les silences (Sénégal)

Mention spéciale Félicitations du jury : Serge Kooko pour Parfaites imperfections, Un univers à l’envers (Mali)

Mentions spéciale du jury : Huppert Malanda pour Cette Patrie de blessures et de rêves (Congo) et Innocent Mwendo Élégie névralgique pour une terre endeuillée (RDC) 

Mention spéciale encouragements du jury : Naelle Nanda pour Vers-Tiges (Gabon)

– Meilleur titre de recueil : ex aequo Sous le ciel pimenté et ensanglanté par Kodjibaye (Tchad) et Vers rouges de sang noir par Hermann Hokou (Côte d’Ivoire)

– Meilleur poème inaugural : Désagréablement Sarah Sambin (Guadeloupe)

-Meilleur poème final : Épilogue Jules (Cameroun)

– Prix écolo-poésie  en partenariat avec ERA environnement : Hery Mahavanona Requiem pour ces arbres qui cachaient la forêt

Photo 1 : Thierry Sinda et Pascale Coutoux à la Librairie de l’avenue

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