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Lu pour vous by CoolBee Ouattara “Le cri du silence” d’Innocent Boho ǁ ou boire le calice jusqu’à la lie

Lu pour vous by CoolBee Ouattara “Le cri du silence” d’Innocent Boho ǁ ou boire le calice jusqu’à la lie
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La Rédaction
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Difficile à croire, difficile à concevoir, difficile à imaginer.
Une femme, battre son mari ! Quel déshonneur à la gente masculine ! Tel est le ressenti de Mondésir dans ce mariage où il a creusé sa propre tombe avec celle qu’il a choisi pour le restant de sa vie. Elle est son bourreau.

En vérité, je vous conseille de rester tout ouïs pour entendre les cris du silence autour de nous, car ils pourraient être bien plus près que nous le pensions.

Mondésir est un ancien don juan. Après avoir aligné plusieurs conquêtes, il tombe follement amoureux de Jolie-Sainte, et fait d’elle son épouse. Cette dernière, quoique belle, n’est cependant pas une sainte, même si le début de leur relation ne présageait rien de mauvais.

Une fois marié, Mondésir comprit pourquoi sa dulcinée n’arrivait pas à garder un homme. Jolie-Sainte est violente. Elle bat les hommes et Mondésir n’en était pas l’exception si bien qu’un simple désaccord se transformait toujours en bagarre ; au point de le rouer de coups ou de lui jeter des objets au visage.

Première de couverture. © DR

Elle use de sa stature imposante pour le brutaliser aussi bien avec les mots que les coups. Jolie-Sainte prend plaisir à martyriser son mari, à écraser sa virilité et ce, devant le personnel de maison. Elle prend plaisir à le rabaisser et le détruire tant extérieurement qu’intérieurement. Lui, qui se bat inlassablement pour le bonheur de son épouse et l’aime tant.

À vrai dire, Jolie-sainte est une femme bipolaire. En dehors des crises et disputes, c’était l’épouse parfaite, pourrait-on dire. Un climat de paix et d’amour pouvait régner tout un mois pendant lequel Mondésir est à ses petits soins et juste les jours suivants, assister tout impuissant à la résurgence des « vieux démons » de son épouse. D’ailleurs, ne dit-on pas « A beau chasser le naturel, il revient toujours au galop » ?

Mondésir, partagé entre la honte et la peur, refuse de parler à qui que ce soit de son tourment. Il préfère se murer dans son silence et mourir de coups que mourir de honte. Il justifie ses hématomes, fractures, œil au beurre noir sans dire les véritables raisons. Il subit les coups, muet comme un agneau envoyé à l’abattoir. Mondésir aime sa femme et fait tout pour éviter les embrouilles. Il subit en silence ce martyr, mais à quel prix ?

Quatrième de couverture. © DR

L’histoire de Mondésir est bien celle des hommes battus. C’est un véritable tabou dans une société patriarcale. Comment imaginer l’homme, le chef de famille, se faire malmener par sa femme ? Être son punching-ball au gré des humeurs de cette dernière ?

Dans la vie tout finit par se savoir, si les preuves de violences verbales peuvent être dissimulées, celles des violences physiques par contre ne peuvent passer inaperçues d’autant plus, si elles sont récurrentes. Alors sauver sa vie serait le plus judicieux, car nulle faute, erreur ou dispute ne devrait justifier des violences. Nul amour ne saurait être un prétexte pour y perdre sa vie.

La deuxième œuvre d’Innocent BOHO est, pour mieux dire, un cri de cœur poussé par l’auteur à travers le personnage de Mondesir qui préfère la mort à la honte à cause du regard et du jugement de la société.  C’est bien en cela que Jean-Paul Sartre disait dans LES MOUCHES, que : « L’enfer, c’est les autres ».

En pareille situation, que devrait-il être le plus important ? La dignité ou la vie ? 

“Le cri du silence” d’Innocent Boho est paru à NEI-CEDA.

Avec la collaboration de Affiba Muriel KODJO.

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