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Littérature : rencontre avec Antoinette Tidjani Alou et son roman, “Mano de l’autre bord”

Littérature : rencontre avec Antoinette Tidjani Alou et son roman, “Mano de l’autre bord”
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La Rédaction
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Notre voyage littéraire, nous conduit aujourd’hui à Niamey au Niger à la découverte du livre, “Mano de l’autre bord”, de l’écrivaine Antoinette Tidjani Alou. Roman sorti en mars 2023 et finaliste du Prix Ivoire.

L’écrivaine et chercheuse Antoinette Tidjani Alou, originaire de Jamaïque et résidant au Niger, nous dévoile les profondeurs de son dernier roman, “Mano de l’autre bord”. Elle évoque aussi son parcours académique ou encore son deuil.

Mme Antoinette Tidjani Alou bonjour. Présentez-vous SVP à nos lecteurs.

Bonjour et merci de m’avoir invité à cette discussion. Je suis écrivaine, traductrice et enseignante – chercheuse à l’université Abdou Moumouni de Niamey au Niger.

Professeure, vous êtes née en Jamaïque. Vous y avez commencé vos études supérieures, que vous avez poursuivies en France. Vous vous retrouvez ensuite à Niamey au Niger : pourquoi ce choix ?

Comme vous l’avez dit, j’ai fait le premier cycle de mes études supérieures en Jamaïque ; puis les 2e et 3e cycles en France.Ce sont (…) les études qui m’ont amené à franchir la première ligne du retour triangulaire. Vous savez, les africains se sont retrouvés aux Amériques, en Jamaïque en raison du passage triangulaire : Afrique – Caraïbes – Europe (…). Je me suis retrouvée en France pour les études. Ensuite, les choses de la vie ont fait que la prochaine étape soit Niamey. J’ai donc été amené à refaire ce passage historique : Caraïbes -Europe- Afrique, avec un mari rencontré en France à Bordeaux et 2 enfants dans nos bras. C’est donc à la fois des choix académiques et personnels qui ont tracé la trajectoire.

Professeure avant de parler de votre nouvel ouvrage “Mano de l’autre bord” et sans vouloir retourner le couteau dans la plaie ; nous allons évoquer cet évènement douloureux de votre vie : la mort de votre fille. C’est sans doute, cette douleur qui a motivé la parution de votre précédent livre : “on m’appelle Nina”.

Non pas du tout. Même si le deuil a été difficile. Nous vivons dans un pays, le Niger, où on n’a pas le droit de pleurer une personne disparue, selon une croyance religieuse qui veut que “Quand on pleure un mort, on retient son âme”. Au nom de cette croyance là, on doit se montrer fort et ne pas laisser entrevoir sa douleur. Ce livre, “On m’appelle Nina” a été écrit entre 2009-2010, suite au décès de notre fille cadette Karima et publié en 2017. Je suis sorti ainsi de ma cachette d’écrivaine. “On m’appelle Nina” a donné expression à la douleur, au deuil, à cette situation compliquée qui paraît peu naturelle c’est-à-dire celle des parents qui pleurent, leur enfant au lieu que ce soit le contraire. Or c’est aux enfants de pleurer leurs parents, non ?

Après votre témoignage, place maintenant à votre dernier ouvrage, “Mano de l’autre bord”, publié en mars de cette année 2023 aux éditions project’îles. De quoi est t-il question dans ce roman ?

Ce roman, “Mano de l’autre bord”, c’est l’histoire d’un garçon surdoué, né au bord du Niger (du fleuve Niger). Son intelligence lui a permis de traverser le monde brillamment, mais il a failli se perdre en chemin. Pourquoi il est né, en raison de quels désirs, issu de quels parents, de quelle terre, de quelles eaux…?

Quel désir l’a amené à Bordeaux ?

Pourquoi a-t-il fallu qu’il revienne dans son Niger natal , après avoir bourlingué dans le grand monde ?

Mano tout brillant qu’il était à connu bien des difficultés. L’amour aussi ; Dieu merci.Disons que comme lui, nous portons tous des bagages culturels hérités de nos communautés, de nos histoires familiales ….

Une problématique dans ce roman est la difficulté qu’a Mano à accepter tout ce qui n’est pas logique. IL naît dans un monde riche de récits et de mythes, de symbolismes, mais dans sa tête seule la raison compte. Il y a parfois de tels conflits à l’intérieur de nous-mêmes :(nous sommes multiples). Comment être soi , alors ? Comment Citoyen du monde en taisant, en refusant, de vastes territoires de soi-même ?

Comment vivre en refusant l’histoire et les récits en général ?

Vous avez dit ailleurs que votre jeunesse a été influencée par la Bible, mais aussi que la poésie coule dans la veine, des chanteurs de reggae de chez vous (Jamaïcains) au même titre que le “Ganja”

Que voulez-vous dire par là ?

(Rires). Juste une plaisanterie. Mais en Jamaïque, la Bible marque la spiritualité protestante.

La lecture de la Bible a accompagné ma tendre jeunesse, bien que je ne sois pas protestante. Pour la plupart des peuples noirs des Amériques, la Bible a accompagné la traversée de la mer rouge de la déportation, de la captivité et l’exploitation en leur donnant l’espoir d’une victoire finale.La Bible était une source d’inspiration, au delà de sa puissance et de la richesse littéraire ; qui m’ont marqué aussi.

Votre livre, “Mano de l’autre bord” fait partie des 6 ouvrages finalistes du prix Ivoire pour la littérature d’expression francophone ; dont le lauréat ou la lauréate sera connu le 25 novembre 2023 à Abidjan en Côte d’Ivoire. Quel est votre sentiment sur cette étape, avant le sacre qui sait ?

Je mentionne au passage que “On m’appelle Nina” était aussi finaliste du Prix Ivoire en 2017. Je suis contente bien sûr. Une sélection est toujours un événement positif dans la vie d’un livre.Je suis reconnaissante aussi : à Dieu, à ceux qui ont rendu possible la publication et la diffusion de “Mano de l’autre bord”, à ceux qui ont fondé ce prix Ivoire, pour le rayonnement des lettres, originaires d’Afrique et de la Diaspora, à ma famille, à mes amis et étudiants, et à tous ceux qui me rendent la vie possible et souvent agréable au quotidien.. Je partage la reconnaissance de cette première sélection avec vous. Une mention toute spéciale pour mes éditeurs à project’îles et à l’agence littéraire Astier-pécher qui me représente.

J’exprime mes sincères félicitations à mes 5 co-finalistes et leur souhaite le meilleur dans leur carrière littéraire. “ Last but not least”, un big up à mes lecteurs présents et futurs. Grâce à vous “Mano de l’autre bord” vit sa meilleure vie , et en projetant l’image réelle d’un Niger talentueux et plein d’espoir.

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