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18 licenciements pour sauver Soir info et L’Inter : interview exclusive avec Imane Rayess

Président directeur général du Groupe Olympe, Imane Rayess explique les raisons du licenciement en cours à Soir info, L’inter et Linfodrome. Elle parle également de ses ambitions. Interview exclusive avec une dame qui ne parle pas beaucoup.

 

 

Comment se porte le Groupe Olympe ?

Le Groupe Olympe se porte bien parce que nous venons de gagner quatre prix dont le super Ebony .C’est inédit. Au niveau de la qualité des journalistes, je pense que les récompenses que le groupe accumule sont parlantes. Nous avons de bons éléments. Toutefois, faisant référence au thème de la dernière nuit de la Communication, prix Ebony 2018 qui est ‘’les médias ivoiriens face au défi du numérique’’, nous sommes, comme tous les groupes de presse, confrontés à ce problème qui est très dur : les journaux papiers ne se vendent plus comme par le passé. Nous avons certes de fidèles lecteurs mais ce n’est pas à travers le journal qu’ils nous lisent mais par le biais de linfodrome.com qui, aujourd’hui, n’est pas encore rentable. C’est un peu compliqué lorsqu’on ne vend pas les journaux papiers de pouvoir assumer des charges importantes. De plus, de part le monde, on a du mal à trouver du papier et à bon prix .Ces 2 facteurs réunis font que nous sommes confrontés à des problèmes sur le plan économique.

 

En 7 ans, le groupe a remporté deux super Ebony. Puis, plusieurs prix Ebony avec Soir Info. Quel est le secret de ces succès ?

C’est juste le travail. Il y a un mot d’ordre ici, il faut informer le lecteur, il ne faut pas le tromper. Et nous appliquons cette discipline dans tous les genres : enquête, reportage, interview. Que ce soit au niveau de la Côte d’Ivoire ou du monde, nous essayons d’informer de la meilleure façon et le plus fidèlement possible. Notre succès vient du fait que nous ne nous laissons jamais prendre par des tendances ou des partis politiques. Nous disons toujours les choses telles qu’elles sont ; jamais d’opinion personnelle mais toujours inviter le lecteur à se faire sa propre analyse

 

Vous avez évoqué l’environnement difficile. Est-ce ce qui explique qu’il y a un licenciement de près de dix huit personnes en cours, malgré le prix Ebony ?

Je vous avoue que nous avons des problèmes parce que nous ne vendons pas assez de journaux papiers et comme je l’ai déjà dit, le prix d’achat du papier journal a augmenté. Pour pallier à cela nous avons monté il y a 7 ans le site internet linfodrome.com. Nous étions en train de nous préparer au changement. D’ailleurs aujourd’hui nous avons en moyenne entre 80 000 et 100 000 visites par jour sur le site. Cependant, la migration à son prix beaucoup de patrons de presse le vivent aussi. Ils ont tous leur propre site et ils savent que vendre le journal en ligne n’est pas encore rentable. Nous commençons donc à être financièrement étouffés. Pour la survie de l’entreprise des décisions devaient être prises

 

18 personnes mises à la porte. Quels ont été les facteurs déterminant pour la sélection des personnes visées ?

Je ne veux pas me prononcer sur ces détails. Je ne trouve pas ça très décent par rapport aux personnes dont on se sépare. Cependant, je peux vous rassurer. J’ai pris presque un an d’observation pour décider qui allait quitter le groupe. C’est l’une des choses les plus difficiles qui m’a été donnée de faire en 7ans. Je suis le patron de ce groupe, et j’assume chaque acte.

 

Dassé Claude, journaliste AFRIKIPRESSE et Iman Rayess PDG groupe Olimpe

 

 

Une partie du personnel vous reproche d’avoir fait des investissements à perte de plusieurs dizaines de millions avec la création du site linfodrome.com qui ne rapporte rien au groupe, au plan économique. Ce qui serait l’une des raisons de ce problème économique. Que répondez-vous ?

Vous pensez qu’on peut me reprocher d’avoir misé sur le digital alors que c’était le thème de la soirée Ebony organisé par UNJCI (Union nationale des journalistes de Côte d’Ivoire). Au contraire, nous sommes aujourd’hui un site de référence ; visité à travers le monde. Vous savez, il faut du temps pour avoir de la notoriété et ce temps nous l’avons pris et il a coûté ce qu’il devait coûter. Nous voulons être le 1er site d'information et nous le serons ! Non, personne ne peut me reprocher cela. Mais vous savez, le patron ne peut pas plaire à tout le monde. Dans tous cas, les actes que je pose, je le fais dans l’intérêt général et je les assume. Le jour où il n’y aura plus de papier du tout; il y aura le site ! Je ne pense pas que je me suis trompée, bien au contraire. Je me suis acharnée à intégrer et à faire vivre linfodrome. Si c’était à refaire, je le referais

 

On vous reproche également d’investir dans le bâtiment avec les ressources rapportées par le groupe Olympe, ce qui serait aussi l’une des causes de ces difficultés financières ?

Mais qu’est ce que cela à avoir avec le groupe Olympe ! Mon mari était déjà dans ces affaires. Et moi, j’y suis également. J’ai travaillé 20 ans a ses cotés. Cependant, je ne prends pas les ressources du groupe Olympe pour les investir ailleurs. Je ne peux pas le faire. De plus, si je l’avais fait, ce n’est pas un licenciement économique mais la clé sous la porte que nous vivrons aujourd’hui (rires). Toutefois, pour la petite précision, je ne suis pas dans le bâtiment, mais je vends du béton. J’ai une société qui vend du béton prêt a l’emploi …Mon mari avait eu le local avant sa mort et tout était déjà prêt. J’ai donc poursuivi ses œuvres.

 

Dites-moi Mme Rayess, ne vous êtes-vous pas engouffrez dans la brèche créée par le groupe Fraternité Matin, organe d’Etat qui vient de licencier 123 personnes pour licencier à votre tour 18 de vos agents ?

Je suis très contente que vous parliez de Fraternité Matin. Quand Fraternité Matin, financé par l’État, fait un licenciement économique, c’est la preuve qu’il ne vend plus assez et qu’il ne trouve plus de papier. C’est la preuve que mes confrères de Fraternité Matin souffrent pour être rentable. C’est la réalité. Non, il n’y a aucune brèche. On ne rentre pas dans la brèche des autres pour ce genre de choses. On ne change pas une équipe qui gagne quand on n'a pas de vraies raisons. Surtout que cette regrettable décision de licenciement a été validée par un expert de justice.

 

Donc en clair, vous n’avez aucun projet de fermer boutique en ce qui concerne le groupe Olympe ?

Non, je ne compte rien fermer du tout! Nous allons nous battre pour rester le N°1, au niveau de la presse écrite privée mais surtout nous allons devenir le 1er site d’informations digitales. Voilà 7 ans que nous avons été visionnaires et nous allons encore aller très loin. Je ne pense pas que le groupe Olympe va fermer. Pas du tout ! On ferme une hémorragie malheureusement qui existe, mais on espère que c’est pour l’intérêt de la majorité et pour pouvoir mieux continuer. Ce qu’il faut retenir ce n’est pas seulement que 18 personnes sont licenciées, mais que 84 salariés sont sauvés !

Claude Dassé

 

Dernière modification le 13/12/2018

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Dasse Claude

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