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Guinée : « Si vous ne voulez pas être régulé par la HAC, déménagez », Joachim Baba Milimono

La presse guinéenne traverse depuis le 3 juin 2015 une zone de turbulence, suite à la décision de la haute autorité de la Communication (HAC), instance de régulation des médias public et privé interdisant aux journalistes d’utiliser certains genres journalistiques pendant la période pré-électorale.

La presse dans son ensemble a dénoncé cet acte qualifié de tentative visant à ‘’museler les médias’’. Quelques heures après, la HAC a fait un rétropédalage, en tentant d’éclairer la zone d’ombre. Afrikipresse a tendu son micro à Joachim Baba Milimono, membre de la Haute autorité de la Communication.

Afrikipresse.fr : Qu’est-ce qui a incité votre institution à prendre une telle décision ?

Joachim Baba Milimono: En République de Guinée, au sein de la presse, nous avons constaté certaines mauvaises herbes qu’il va falloir extirper de la profession. Mais au-delà, nous avons constaté que les genres journalistiques font l’objet de beaucoup de dérapage, tout comme les émissions inter actives et d’autres genres.

La HAC constatant les nombreux dérapages dans les émissions inter actives et les différents genres journalistiques, a décidé d’interpeller la famille de la presse en Guinée à prendre la responsabilité citoyenne qui est la sienne. Les journalistes doivent s’abstenir des billets, des chroniques, des éditoriaux qui sont de nature à donner l’impression qu’ils sont avocats de certains courants de pensées ou d’opinions politiques.

Il se trouve que le point 2 de l’article 3 de notre décision fait l’objet de beaucoup de commentaires parce qu’il y a eu incompréhension. La HAC a sorti un communiqué rectifiant exclusivement ce passage.

Des associations de presse sont montées au créneau pour dénoncer un musèlement de la presse. 

Il n’y a pas deux versions de la décision numéro 08 de la HAC. On me parle de la décision 09. La HAC, jusqu’à preuve de contraire, n’a sorti que huit décisions. S’il y a une neuvième, ce n’est la HAC de la Guinée. La décision date du 1er juin, et elle a été rendu publique sur les médias, le 3 juin.

Interpeller les journalistes, n’est-ce pas dire que la HAC est prête à sanctionner les hommes des médias quand ils font des éditos, des billets ou autres genres d’opinions ?

La décision 08 de la HAC, consiste une fois encore, à interpeller les journalistes sur leur responsabilité sociale.

Mais pas les sanctionner ?

C’est une mesure préventive, et non pas des mesures correctives. Mais celui qui va se dérober à la législation et à la réglementation en vigueur dans l’exercice de la liberté de la presse, va se voir sanctionné . Pourquoi les journalistes veulent se considérer comme des supra-guinéens ? Vous n’êtes pas des extra-terrestres. Vous êtes des citoyens comme tous les autres, et le droit commun s’applique à tout le monde.

Vous voulez dicter aux journalistes ce qu’ils doivent être. Entre le Johachim Babba Milimono politique et le commissaire à la HAC, qu’est-ce qui a changé chez vous ?

Je suis désolé, je n’ai pas de réponse à cela, parce que je suis à la HAC, je ne suis pas politique. La loi m’interdit strictement de parler politique et je ne veux pas parler de ça.

La HAC est-elle prête à rappeler les journalistes sur ce qu’ils doivent faire en les sanctionnant ?

Quelle est l’essence de l’existence de la HAC ? L’institution n’existe que pour réguler les activités médiatiques en République de Guinée.

Où avez-vous laissé la garantie de la liberté de la presse ?

Bien évidemment , la HAC assure également la garantie de la liberté de la presse. Et la liberté de la presse on en jouit dans les limites de la loi. Mais on a l’impression qu’on va vers du libertinage. Or, il faut faire la différence entre la liberté d’expression et le libertinage dans lequel nous nous trouvons en Guinée.

La décision de la HAC intervient à la veille de la campagne électorale. Pourquoi le choix de cette période ?

La décision est bien libellée. « Décision portant règlementation des activités des médias de service public et du secteur privé pendant la période allant du 1er juin 2015 à la veille de l’ouverture de la campagne officielle pour l’élection présidentielle du 11 octobre 2015 ».

Pourquoi ce délai ?

Il n’y a aucun passage de cette décision qui ne soit tirée de la loi. Tout est inspiré de la constitution, du code électoral , de la loi portant fonctionnement de la HAC et de la loi portant sur la liberté de la presse.

Vous ne pouvez pas empêcher une institution constitutionnelle qui est un organe de régulation de prendre des mesures qui s’imposent dans les limites de la loi et selon les attributions qui lui sont dévolues.

Rappelez-nous les articles qui disent que la HAC doit faire ça en cette période !

J’ai l’impression d’être dans un tribunal. On n’est pas à un interrogatoire ici. S’il vous plaît, si vous ne voulez pas être régulé par la HAC, déménagez de la Guinée, mais la loi va être appliquée. On s’en fout des humeurs des gens.

Décryptage d’Aliou BM Diallo, à Conakry

Dernière modification le 09/06/2015
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Dasse Claude

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