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Guinée : au centre de traitement d’Ebola de Conakry, un médecin déroule son quotidien ( Interview) Spécial

AFRIKIPRESSE-Conakry. Agé de 35 ans, marié et père d’un enfant de 5 mois, Mamadou Oury Kolo Baldé est médecin au Centre de Traitement Ebola ( CTE) de Donka (Conakry) depuis septembre 2014. Dans un entretien exclusif accordé à AFRIKIPRESSE, le Dr Mamadou Baldé explique comment le travail s’effectue au CTE de Donka.

AFRIKIPRESSE: Qu’est-ce qui vous motive à travailler dans un centre de traitement Ebola ?

Dr Mamadou Oury Kolo Baldé : Avant tout, je suis médecin. Il y a eu un appel d’offres auquel j’ai soumissionné et j’ai été retenu. J’ai eu la volonté et la chance de travailler dans l’humanitaire , pour venir au secours de mes compatriotes guinéens qui souffraient de cette maladie d’Ebola qui était inconnue et imprévue. Non seulement les structures sanitaires n’étaient pas bien équipées pour recevoir des malades, mais aussi les personnels médicaux n’étaient informés de la maladie. C’est ainsi que j’ai jugé nécessaire de m’investir pour aider à éradiquer ce virus.

Dans le cadre de vos services humanitaires, aviez-vous acquis des formations sur Ebola, sachant que la maladie était peu connue ici ?

Au cours de ma formation académique, je n’avais pas acquis une formation préalable. Mais depuis que je suis introduit dans les structures de MSF, j’ai suivi une formation préalable. Ceci pour ne pas venir s’exposer, parce qu’il y a un protocole à suivre, c’est une zone à haut risque. Pratiquement tout le personnel travaillant dans ce centre a suivi une formation préalable sur Ebola.

Combien de temps travaillez-vous dans le centre de traitement à Ebola par jour ?

On travaille 8 heures de temps par jour.

Vous arrivez à quelle heure au lieu du travail ?

Selon le programme préétabli , c’est de 7h30 à 14h30. Mais nous, nous arrivons avant sept heures, parce que nous quittons un peu loin. Quand on vient, on prépare le staff, car il y a une équipe qui passe la nuit, donc il faut venir à temps pour préparer la passation dans les normes.

A quoi vous occupez-vous une fois entré dans le centre ?

Avant d’entrer dans le centre, il y a d’abord un protocole qui est mis en place : il faut se laver très bien les mains, se faire prendre la température, passer à la pulvérisation, s’inscrire sur la liste. Puis, on rentre dans le centre, on change d’habits en portant de tenues correctes , on part à la tente médicale et on procède à la passation. Une fois la passation terminée, une première équipe rentre dans l’isolation pour faire le tour critique, c’est-à-dire les malades d’urgence. L’équipe va aussi voir les malades qui ne vont pas bien. Il y a un chef d’équipe qui a un planning auquel on se conforme toute la journée.

Vous vous occupez à quoi principalement en tant que médecin traitant des cas d’Ebola?

Au niveau du CTE, il y a plusieurs structures : il y a le corps médical et paramédical, les psychologues, les hygiénistes… moi, en tant que médecin, je m’occupe des actes médicaux. Par exemple, s’il y a un malade qui arrive à la zone de triage, je pars trier les malades. S’il s’agit d’un patient qui nécessite d’être admis, je l’admets et si c’est un malade qui nécessite d’être déféré dans une autre structure, je mets la fiche de transfert et je le transferts (..... )‎. Si l’équipe qui est dans la zone à haut risque nous fait la transmission par radio des défaillances, on les consigne dans le dossier.

Si je suis programmé pour aller à l’intérieur du pays, je pars avec mon équipe pour faire le tour médical afin de m’enquérir ce qui est nécessaire pour les malades ; si c’est des médicaments on les donne, mais aussi, on regarde leur état clinique, on prend les différents paramètres.

S’il y a un traitement symptomatique, parce que les traitements systématiques sont obligatoires, on fait le nécessaire.

Le traitement symptomatique dépendra de l’appréciation du médecin. Et quand on ressort, on est à l’attente et à l’écoute. On suit surtout les consignes du chef de clinique.

Vous utilisez toujours le ‘’on’’. Qu’est-ce que cela veut dire ?

Ça veut dire qu’une seule personne n’entre pas dans la zone à haut risque. Il faut au minimum deux équipes dont le nombre peut varier entre 2 à 5.

Plusieurs personnes pourquoi ?

D’abord, c’est pour votre propre sécurité. Car vous partez dans une zone à haut risque, une zone infestée. Donc, non seulement vous vous surveillez entre vous, mais aussi, s’il arrivait à quelqu’un d’entre vous d’être fatigué ou qu’il soit agressé par un autre malade, ou d'avoir besoin de quelque chose, c’est son second qui pourra l’aider. C’est ce qui est normal.

En travaillant dans une zone aussi risquée, quelle garantie avez-vous ?

La seule garantie, c’est que nous avons signé un contrat qui est bien ficelé avec MSF. Vous savez, avant de signer un contrat il faudra le lire. Et si ça nous convient, avec toutes les procédures qui sont préétablies… toute la garantie que nous avons, c’est parce que nous avons un contrat avec MSF.

Quels rapports existent-ils entre vous, les malades et leurs proches ?

C’est un très bon rapport. Un malade, c’est d’abord un bon accueil. Et ça commence à la zone de triage, parce que quand un malade arrive là, il faut bien s’occuper de lui et le rassurer. Et quand on entre dans la zone à haut risque, on est disponible aux différentes préoccupations des malades.

Si par exemple les malades nous réclament à manger, nous avons déjà des repas préalables. Certains patients peuvent ne pas avoir envie de manger ces repas. S’ils nous réclament d’autres repas, on est tenu de nous soumettre à ces requêtes et leur trouver ce qu’ils désirent. On est disposé à les laver, parce qu’il y a certains malades qui ne peuvent pas se tenir debout, ces malades aussi, on leur vient au secours. On les lave, on les change , etc.

Est-ce que vous entrez chez vous après le travail ?

Oui, je rentre tous les jours.

Vos proches savent-ils que vous travaillez au centre de traitement d’Ebola ?

Bien sûr ! Quand vous travaillez au CTE, il ne faut jamais se cacher aux proches, surtout à la famille. Parce que si quelque chose vous arrive, ça serait un peu difficile s’ils ne savent pas que vous travaillez dans le centre. Mes proches savent que je travaille au niveau du CTE. C’est pourquoi on me dit souvent de m’exhorter à la prudence.

Par contre, beaucoup se méfient de moi. Au début, certains de mes amis me disaient de ne pas prendre ce risque d’aller dans une zone comme ça. Comme je suis médecin, je me suis engagé pour venir au secours de mes compatriotes.

Malgré tout, vos rapports entre vous et vous proches restent toujours les mêmes ?

Oui ! Mais au début, il y avait une certaine méfiance, mais à présent quand je rentre le soir, ce sont eux qui me posent des questions pour savoir où en est la situation du CTE, comment ça se passe ?

Et parfois je leur fais juste un briefing, parce qu’il ne faut pas accepter de dire dans les quartiers tout ce qui se passe dans les CTE. Il y a des choses qu’on ne peut pas leur dire, pour éviter qu'ils aient peur d’envoyer les malades.

Réalisée par Mamadou Aliou BM Diallo

Dernière modification le 28/02/2015

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