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À Labé la capitale des «taxis motos» ou reportage au coeur d'un métier incontournable à risques

Labé, une des régions administratives de la Moyenne-Guinée, située au nord-est de Conakry considérée comme une zone d'élevage, d'agriculture, du commerce, est désormais présentée comme la"capitale des taxis-motos". Reportage !


Cette appellation n'est pas fortuite d'autant que la section syndicale de Labé affirme avoir enregistré plus de 7000 motos-taxis en exercice depuis 5 ans. Des jeunes âgés de 18 à 45 ans, bravent presque "toutes les intempéries" de la nature pour trouver leur gagne pain. Sur les différents coins et recoins de la ville de Labé, du matin au soir, 7 jour sur 7, de jour comme de nuit, ils sont là, à braver le froid et la chaleur, pour trouver de clients.

Nonobstant les nombreux autres secteurs pourvoyeurs d'emploi, pourquoi les taxis-motos ont-ils vite pris le dessus? Comment ce secteur est-il organisé? Quels sont les problèmes auxquels les conducteurs et les clients sont exposés? Quelle est l'importance des taxis-motos la cité de Karamoko ? Quelles sont les perspectives d'avenir? Des questions auxquelles Afrikipresse a tenté de répondre en interrogeant les acteurs du secteur.

Abdoul Karim Sow, 31 ans est un taxi-motard à Labé. Exerçant cette activité depuis 6 ans, il a été désigné par la section syndicale des taxis-motos de Labé comme chef de gare "le Parigo". Animé d'un courage de réussite, Karim travaille dur pour gagner sa vie. Comme ses nombreux amis qui pratiquent la profession, il n'est pas à l’abri des attaques par des bandits. "Nos problèmes c'est surtout avec les bandits qui sont parmi nous. Certains nous déplacent pour conduire à un lieu déterminé, pendant la conduite, ils sortent des couteaux et essayent de nous percer dans le dos pour retirer la moto. Ou parfois s'ils sont nombreux, ils tuent le propriétaire pour récupérer sa moto. Ça nous fatigue énormément. Il y a des heures, quand les gens viennent pour nous déplacer, on refuse pour éviter ces cas de meurtre", a-t-il témoigné.

Cette narration est un cas parmi tant d'autres. La situation préoccupe le syndical local. Dirigée conjointement par deux membres de deux grands mouvement syndicaux (CNTG et USTG) du pays, la section locale a pris des mesures "atténuantes".

Mis en place depuis 2011, le syndicat des taxis-motos de Labé tente de résoudre certains problèmes qui se posent au quotidien dans ce secteur, devenu incontournable dans la ville de Labé.

Plus de 7 000 motos-taxis sont recensés à Labé, selon les statistiques communiquées par des responsables syndicaux de la confédération nationale des travailleurs de Guinée (CNTG) et l’union syndicale des travailleurs de Guinée (USTG). Le syndicat les a répartis en 30 gares au sein de la ville, faisant disparaître les taxis-ville. "Quand on enregistre quelqu'un, on sait à quelle gare il doit s'arrêter, puisque nous avons désigné des chefs de gare qui enregistrent tous ceux s'arrêtent là. En cas deproblèmes et de cas sociaux, c'est ce représentant qui nous remonte les informations afin que nous intervenions", explique Abdoul Salam Sylla, secrétaire général CNTG, taxi-motos de Labé.

Secteur organisé, problèmes multiples!

"Avec les taxis-motos, nous avons d'énormes problèmes: car vu le taux de chômage dans le pays, que ça soit un menuisier, un ferrailleur, un maçon, un étudiant, quiconque a un petit problème dans son métier, vient plonger dans le secteur taxi-moto", déplore Mory Diakité, secrétaire général USTG, taxis-motos Labé.

"Si je prends les cas d'accidents, ça c'est presque quotidien. Mais parmi les conducteurs, il y'en a qui ont bénéficié de formations sur le code de la route, il y' en a parmi eux aussi, les plus nombreux d'ailleurs, qui n'en ont pas bénéficié, et qui font beaucoup d'accidents. Sur la période de l'année 2015, nous estimons avoir eu plus de 30 accidents graves parmi les taxis-motards", renchérit Abdoul Salam Sylla de la CNTG.

En plus des cas d'accidents et de manque de formations, le secteur reste confronté à une recrudescence de l'insécurité.

"Souvent, nous sommes victimes d'attaques par des bandits dans nos rangs. Ils braquent les conducteurs où ils les déplacent, soit pour les blesser, les tuer pour récupérer leur machine", ajoute Sylla.

M. Diakité se souvient d'un cas de vol de moto : "récemment, un monsieur a déplacé un taxi-motard pour juste aller lui retirer la moto. Le propriétaire est venu se plaindre au niveau du syndicat. Nous lui avons demandé de fournir les pièces et après nous avons retrouvé sa moto dans un garage. Ils avaient changé le châssis , et immatriculé la moto. Mais à travers le numéro du moteur, on a reconnu la moto".

D'après lui, même des bandits dans des quartiers viennent exercer la profession, pour juste détourner des bagages, violer des filles, et parfois ils participent eux-mêmes aux attaques.

"Il fut un temps , ce sont des bandits qui infiltraient le secteur pour déplacer leurs camarades des taxis-motos, quand ils à un point où ils ont monté le guet-apens, les autres qui sont déjà là-bas , blessent les taxis-maîtres, ou le tuent pour retirer la moto", regrette-t-il encore.

Souvent des conflits entre sécurité routière et conducteurs, entre conducteurs et conducteurs, entre conducteurs et syndicats, entre conducteurs et passagers naissent, mais sont gérés à divers niveaux.

Enjeux sociaux et économiques des taxis-motos!

En Guinée, aujourd'hui, presque tous profite du secteur des taxis-motos. Le secteur a beaucoup contribué, déclare Mory Diakité. "Après l'État , affirme-t-il , je ne vois pas un secteur qui a embauché plus de personnes en Guinée que le secteur des taxis-motos. Quelqu'un qui a un décès , il déplace un taxi-moto. À 1 heure ou 2 h de l'enterrement, il peut participer. À un baptême, à un mariage, pour transporter un malade, le taxi-moto est toujours là pour servir. Mais il faut avouer que partout il y a taxi-motos, il y a des problèmes".

Mme Halimatou est client des taxis-motos. Venue au marché, elle déplace un taxi-motard pour aller à la maison: "depuis que les taxis-motos ont commencé , je ne monte plus à bord des taxis-villes à Labé. Je préfère les motos parce que ça me permet d'arriver vite à destination. Si c'est les véhicules , on ne m'envoie pas jusqu'à chez toi. Les problèmes avec les taxis-motards, c'est qu’ils roulent vite et ils ne portent pas de casque".

Un autre client des taxis-motos, Abdoulaye Diallo à bord d'un taxi-moto indique qu'il l'a déplacé pour aller à Tata (un quartier de la ville de Labé) pour une affaire familiale : "Ces motos-taxis sont très importants pour nous parce que je dois arriver à destination avant 15 mn. Si je marche ou je me mets à chercher un véhicule , je serais en retard. Avec eux, c'est rapide".

Mamadou Saïdou Diallo, 27 ans a abandonné l'école au profit du taxi-moto. Depuis 2 ans il fait ce métier. "Bien que je gagne ici ma vie et aide ma famille, je rencontre d'énormes difficultés. Ce qui difficile, c'est que j'ai enlevé 6 millions GNF pour acheter ma moto. Maintenant, je m'arrête pour chercher 1500 à 2000 GNF pour un tronçon. Pour ça, un de nos amis a perdu sa moto de 6 millions à cause de 2000 GNF . Quelqu'un l'a déplacé, ils sont partis. À destination, le client qui était mal intentionné lui a tendu un billet de 10 000 GNF. N'ayant pas de monnaie, mon ami est allé cherché à côté, à son retour il trouve que la personne a pris sa moto. Nous pratiquons ce métier parce qu'il n'y a pas de boulot, s'il y' en avait, on aurait pratiqué ça parce que ça ce n'est pas du travail", se désole-t-il.

Côté recettes journalières, Dian Tounkara, taxi-motard à la gare de Tougué souligne : "parfois on s'en sort bien et à certains moments, c'est difficile pour nous. Si l'ouverture des classes arrive, on trouve beaucoup de clandos. Eux ils font payer moins cher qu'au prix normal. Et le client toujours va vers le plus offrant. La recette journalière pour la moto est de 200 000GNF. Comme bénéfice, si ça marche bien, on peut gagner entre 30 à 50 000 GNF".

Contrairement à Conakry la capitale du pays et dans d'autres grandes villes de la Guinée, les taxis-motards ne portent ni gilets, ni casques. Interpellé par Afrikipresse sur cet état de fait, le syndicat promet de prendre le problème à bras-le corps. "On a commandé des gilets que chaque membre va porter, le port des casques sera obligatoire et la formation aussi. Il faut que ça soit professionnel, et quand c'est professionnalisé, il faudra avoir le permis pour exercer l'activité. Ça fait partie de nos priorités pour l'année 2016 ", a assuré Mory Diakité.

Pour mener à bien leur service, ils sollicitent des autorités d'être sécurisés, "parce que sans sécurité, le travail est difficile pour nous". Par rapport à la santé, les travailleurs du secteur souhaitent avoir une mutuelle de santé.

Par Aliou BM Diallo, envoyé spécial à Labé
Dernière modification le 15/04/2016

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