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Denis Sassou-Nguesso opposé aux coups d’État : « Les militaires doivent rester dans les casernes »

Denis Sassou-Nguesso opposé aux coups d’État : « Les militaires doivent rester dans les casernes »
Publié le
Par
JH Koffo
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Denis Sassou N’Guesso est le Président de la République du Congo. Il dit être foncièrement opposé aux coups d’État militaires. Selon lui, les militaires doivent rester dans les casernes.

Dans un entretien accordé au confrère Le Point Afrique, avant l’ouverture du sommet de l’Union africaine tenu à Addis-Abeba en Ethiopie, les 18 et 19 février 2023, le Président de la République du Congo, Denis Sassou N’Guesso, a abordé plusieurs sujets de l’actualité  brûlante sur le continent africain. “Je suis foncièrement opposé aux coups d’État militaires (…), les militaires doivent rester dans les casernes”, a-t-il notamment déclaré. Il s’est également prononcé sur les relations entre la France et les pays du continent. Pour lui, la France doit abandonner la voie qu’il a qualifiée de paternalisme moralisateur.

Relation avec la France….

« La relation de la France avec l’Afrique doit évoluer. Chacun le souhaite, les jeunes, mais aussi les plus anciens, comme les chefs d’État de ma génération. On aurait pu espérer que la France, qui connaît bien l’Afrique, mais aussi l’Europe, qui est le continent le plus proche, arrivent à nouer des relations de partenariat comportant des avantages réciproques et un respect mutuel. Je crois que le paternalisme moralisateur qui teinte encore trop souvent cette relation n’est plus accepté. Je pense qu’il est possible et même souhaitable qu’on arrive à des relations plus équilibrées de ce point de vue là… », a appelé le Chef de l’État congolais. 

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Du haut de ses 39 ans au pouvoir, il avait été interrogé sur le recul de l’influence française sur le continent, notamment, auprès des populations dans certains pays où la France a eu à intervenir militairement ces dernières années. Des pays au nombre desquels la Centrafrique, mais surtout le Mali.  Concernant le cas du Mali, il a déploré la détérioration  d’une coopération qui avait pourtant bien débuté en 2013. Une opération militaire française qui, selon lui, « avait été saluée pour la première fois par les États africains ». 

Regard sur la Russie

Il s’est aussi prononcé sur les opérations du groupe militaire Russe Wagner qui s’installe sur le continent. «Wagner est présent en RCA. J’imagine que c’est le choix des autorités centrafricaines. Je ne sais pas si c’est aussi le cas au Mali et au Burkina Faso. Pour avoir été médiateur dans la crise centrafricaine jusqu’à la tenue des élections et l’arrivée du président Touadéra, j’ai suivi de très près la situation sur place. Jusqu’en 2016, Wagner n’était pas en RCA. Wagner est arrivé après le départ des troupes françaises de l’opération Sangaris. La France avait décidé, pour des raisons souveraines, de retirer ses 2 000 hommes de Sangaris, et c’est seulement après cela que Wagner est arrivé. Je ne tente pas de le justifier, je le constate », a-t-il lancé. 

« Maintenant, nous ne sommes pas naïfs, nous savons que les États n’ont pas d’amis permanents …»

Denis Sassou N’Guesso reconnaît que son pays le Congo a été, avec ses voisins de l’Afrique centrale, des alliés historiques et inconditionnels de la France. « En 2016, le président Hollande devait venir à Kinshasa pour le sommet de la Francophonie.  Avant son arrivée, je lui avais adressé une invitation en lui disant qu’il serait aux portes de Brazzaville, de l’autre côté du fleuve, et que nous serions heureux de l’accueillir chez nous, dans l’ex-capitale de la France libre. Il n’a pas daigné y répondre, même lorsque nous nous sommes vus brièvement à l’occasion de ce sommet. En 1982, j’avais adressé une invitation similaire au président Mitterrand, qui allait déjà à Kinshasa pour un sommet franco-africain. 

Lire aussi » Guinée – Conakry : l’Agré appelle à la moralisation de la vie politique et à la fin des coups d’État.

Il m’avait répondu sans se faire prier, en me disant : « Je ne peux pas être à Kinshasa et regarder Brazzaville par la fenêtre. » Concernant les visites de dirigeants français en Afrique centrale, c’est vrai que ces dernières années il ne s’est pas passé beaucoup de choses, même si le président Macron est venu à N’Djamena, aux obsèques d’Idriss Déby, et qu’il a récemment fait le voyage de Yaoundé. Maintenant, nous ne sommes pas naïfs, nous savons que les États n’ont pas d’amis permanents mais des intérêts permanents. Peut-être que certains intérêts s’opposaient à des relations politiques plus denses », a-t-il fait remarquer.

« Je suis foncièrement opposé aux coups d’État militaires (…), les militaires doivent rester dans les casernes»

Dans la même interview , le Chef de l’État congolais a répondu à la situation des coups de force militaires sur le continent. Il a déploré ces coups de force et s’est dit opposé à cette manière de prise de pouvoir. Pour lui, la place des militaires se trouve dans les casernes. 

«Les militaires doivent rester dans les casernes. Je suis foncièrement opposé aux coups d’État militaires. Ni Marien Ngouabi (son prédécesseur à la tête du Congo, assassiné en 1977) ni moi-même n’avons fait de coup d’État militaire. Nous étions insérés dans le dispositif des luttes politiques et révolutionnaires du Congo. Notre génération était vouée à la libération de nos pays. Tout en étant militaires, nous étions engagés dans le dispositif des luttes politiques au Congo, mais jamais nous n’avons caressé l’idée de coup d’État. En 1968, Marien Ngouabi est arrivé aux affaires dans le cadre des luttes politiques au sein du parti. Il en a été de même lors de ma désignation, en 1979 », a-t-il expliqué.

Denis Sassou N’Guesso s’est également prononcé sur la situation sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo où les forces gouvernementales sont en prises avec les bandes armées qui seraient soutenues par le Rwanda voisin. Il a dit son espoir d’un aboutissement heureux de l’opération de maintien de la paix conduite par le Kénya et l’Ouganda. Il a appelé au désarmement de toutes les milices armées dans la région, pour une paix durable.

J-H Koffo

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