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Compaoré et la guerre de succession en Cote d’Ivoire : proche de l’ex Président, Bamba Alex parle

Compaoré et la guerre de succession en Cote d’Ivoire : proche de l’ex Président, Bamba Alex parle
Publié le
Par
Charles Kouassi
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Dans un article disponible sur le site du journal depuis le 18 août 2017, pour les abonnés à la version électronique du quotidien français L’opinion,  le journaliste français Pascal Airault, citant des confidences anonymes de personnes,selon lui,  proches de l’ex chef de l’État burkinabè, Blaise Compaoré, laisse entendre que l’homme vit mal son exil au bord de la lagune Ébrié, et pourrait même s’exiler pour, entre autres raisons, vivre de loin et à l’abri, les risques réels d’une nouvelle crise liée à la guerre de succession en Côte d’Ivoire.

[ Bamba Alex Souleymane réagit ]

Afrikipresse a joint Bamba Alex Souleymane,  une des rares personnes continuant de fréquenter dans son exil, l’ex Président burkinabè pour avoir sa réaction, au sujet de l’article.  Considéré aussi bien par ses détracteurs que par ses admirateurs, comme le plus burkinabè ou le plus pro-Compaoré des ivoiriens, le journaliste-professionnel, éditeur de presse et consultant en stratégie, qu’il est, livre ses impressions, avec la truculence qui lui est reconnue.

« On ne peut pas empêcher quelqu’un qui a dominé comme ça son pays; qui, lorsqu’il était au summum de son art et de son impérium, a pratiquement géré toute l’Afrique, d’avoir des envies d’être chez soi. Il n’aurait pas de nostalgie, il ne serait pas un être humain. Normal d’avoir des envies d’être chez soi. C’est moins à cause du fait que ce soit la Côte d’Ivoire, que d’être dans un temps climatique qui n’est pas le sien. Personne ne peut lui reprocher cela », commence cet auteur d’ouvrages sur le parcours du « beau Blaise » compagnon des temps de fortune, et toujours présent dans l’amitié fidèle et loyale, en ces temps d’infortune.

Bamba Alex Souleymane qui ne drappe pas des habits de l’anonymat, poursuit : «  Cela dit, je puis attester qu’il est en Côte d’Ivoire dans ce qu’on appelle la dignité du silence,  ou le silence de la dignité. Il connaît très bien les acteurs cités. Je puis le dire et l’affirmer , sans être dans le secret des dieux, sans être avec lui tous les jours de l’année, ni à chaque instant, que par principe doctrinal du militaire-stratège qu’il est , il a un sacro-saint respect pour l’environnement dans lequel il vit, et pour les valeurs qui appartiennent à cet environnement.  Il ne se mêle de rien en Côte d’Ivoire, et il ne se mêlera de rien. (…) ».

Il évoque ensuite l’accord politique de Ouaga «  le fait d’une initiative de la communauté internationale sous sa direction, ça permis aux ivoiriens d’aller aux élections, de créer les conditions de la paix, malheureusement ce qui qui s’est passé est le fait des Ivoiriens; ce n’est pas le fait de la communauté internationale qui en était la gardienne. Maintenant que certaines personnes aient des arrières-pensées, ou des idées plus ou moins sournoises ou masquées ,libre à elles. La destinée n’appartient qu’à Dieu ».

Et de poursuivre : « Le Président Compaoré a d’autres préoccupations, que de vouloir de se mêler de questions, que lui-même par principe et par philosophie, a toujours gardées pour lui, parce qu’il n’aime pas les interférences. Il a trop d’estime et de considération pour le peuple de Côte d’Ivoire, pour son frère le Président Ouattara, pour tous ceux qu’il a aidés, et pour l’amour ce pays, du fait que c’est le pays d’origine de son épouse (qui est désormais son pays adoption, et quasiment celui de tous les Burkinabè), pour se mêler de ce genre d’histoire. Le destin appartient à Dieu. À Dieu il n’y a rien d’impossible. Il est capable de tous les miracles ».

[ Qui a fait ça ]

Interrogé sur l’identité des proches anonymes pouvant être à l’origine des confidences évoquées par le confrère, Bamba Alex n’a pas pu avancer de noms, mais a dit : « Vous savez les Ponce Pilate, ça existe partout. Je ne suis pas un cartomancien, pas plus je ne serais un jeteur des cauris. Je ne puis dire qui a intérêt à cela; mais je coupe court pour qu’il  a beaucoup de considération pour le Président Ouattara, pour la Côte d’Ivoire; et son obsession pour la paix en Côte d’Ivoire n’est pas à démontrer. On ne peut que le chanter et le louer. Pour le reste chacun payera le tribu de ses prétentions. Que ceux qui pensent qu’ils peuvent manipuler, sachent que le monde existe depuis longtemps. Le Président Compaoré est un homme tranquille, qui aime la sérénité, il est dans le silence de la dignité. Toute autre affirmation relève de la pure spéculation. Mais vous savez bien qu’on ne peut pas empêcher les gens de spéculer ».

Charles Kouassi

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[ L’article de Pascal Airault ]

A Abidjan, l’ex-président burkinabè Blaise Compaoré pris dans la guerre de succession ivoirienne

L’ancien président du Burkina Faso a trouvé refuge en Côte d’Ivoire mais le pays est au bord d’une nouvelle crise politique

Au fil du temps, l’exil de Blaise Compaoré devient de plus en plus inconfortable. À Abidjan, l’ex-président burkinabè vit pleinement la guerre de succession entre deux dauphins putatifs du chef de l’État ivoirien, non déclarés publiquement mais qui s’affrontent en coulisses et par médias interposés. Il s’agit d’Amadou Gon Coulilaby, l’actuel Premier ministre et ancien secrétaire général de la présidence, et de Guillaume Soro, le président de l’Assemblée nationale. Les deux hommes rendent régulièrement visite au président déchu qui habite dans une résidence d’État, au quartier de Cocody-Ambassade. Pourtant, Compaoré pensait avoir scellé l’ordre de succession en 2011 après avoir aidé son ami Alassane Ouattara, reclus à l’Hôtel du Golf, à prendre militairement le pouvoir sur les forces restées fidèles à Laurent Gbagbo.

Une de ses armes pour y parvenir était alors Guillaume Soro, l’ancien patron de la rébellion ivoirienne, qu’il considère comme son « fils » spirituel. Il l’a placé à la tête des Forces nouvelles (FN, ex-rébellion) en 2002, alors qu’il n’était qu’un leader estudiantin en exil au Burkina Faso, puis l’a aidé à mûrir politiquement et à tenir tête, comme Premier ministre, à Laurent Gbagbo. Mustapha Chafi, l’un de ses conseillers politiques, et Boureima Badini, alors son représentant en Côte d’Ivoire, l’ont chaperonné à ses débuts. Ils continuent de le conseiller sur les dossiers sensibles. Ils sont souvent à Abidjan au chevet de Compaoré.

Assurance anti-extradition. Pour l’ancien chef de l’État burkinabé, Soro est un pari sur l’avenir. C’est l’assurance qu’il ne sera pas extradé au Burkina si la justice le réclame. Mais le président de l’Assemblée nationale a du vague à l’âme. Ouattara, qui le présentait comme son successeur en 2011, a mis sur orbite son fidèle allié de Korogho, Amadou Gon Coulibaly… Et d’aucuns considèrent qu’il n’hésitera pas à renier ses déclarations publiques pour briguer un nouveau mandat, si l’opportunité se présente.

« Blaise Compaoré est mal à l’aise, explique l’un de ses proches. C’est lui le garant des accords secrets entre Ouattara et Soro. En 2011, ce dernier pouvait prendre militairement le pouvoir mais il a accepté de surseoir à ses ambitions car il était persuadé que le président ivoirien tiendrait sa promesse de lui passer de témoin ».

Avec la plupart de ses visiteurs, le Burkinabè ne souhaite pas aborder le sujet tabou de la succession. « Quand ses interlocuteurs en parlent, il les écoute poliment et leur dit ne pas vouloir s’immiscer dans les affaires intérieures ivoiriennes ». En réalité, Ouattara lui a récemment demandé d’intercéder auprès de Guillaume Soro pour qu’il ne claque pas la porte du Rassemblement des républicains (RDR, parti présidentiel) et se rende au prochain congrès de la formation, en septembre. Ouattara est allé rendre visite à Compaoré avant la 6e conférence du Traité d’amitié et de coopération entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso, le 17 juillet dernier.

«Il a du mal à digérer le lâchage de la France en 2014, surtout quand il voit qu’Ali Bongoet Denis Sassou Nguesso sont passés en force pour rester au pouvoir. Dans ses rêves les plus fous, il doit s’imaginer reprendre ses activités de chef d’Etat»

À Abidjan, Compaoré est parfois gagné par la lassitude. Son pays lui manque. « C’est un mossi, habitué à manger le tô et à vivre dans la savane sahélienne, confie son proche. Le climat d’Abidjan, plus humide et forestier, lui convient moins ». Il s’est bien remis de sa fracture du col du fémur, soignée au Maroc. Fin avril, il s’est envolé pour le royaume afin de faire une visite de contrôle à l’hôpital militaire de Rabat, les frais étant pris en charge par sa majesté. C’était son troisième déplacement dans le pays depuis son départ du Burkina. Il en a profité pour voir ses amis comme le diplomate Abdellatif Bendahane, ancien M. Afrique du royaume qui était devenu son conseiller spécial.

Ex-commando parachutiste, Compaoré fait régulièrement du vélo dans la salle de sport qu’il s’est fait installer dans sa résidence à Abidjan. Il passe de longues heures à la lecture d’ouvrages politiques et accorde des audiences à la classe politique ivoirienne. Outre Soro et Gon Coulibaly, Alain Lobognon, un ex-ministre, et Hamed Bakayoko, le ministre de la Défense, lui rendent visite. Il se rend aussi chez Henri Konan Bédié, l’ancien président, et peut recevoir la visite de chefs d’État de passage à Abidjan comme le Togolais Faure Gnassimbé, qu’il a longtemps couvé.

Il voit aussi régulièrement Salif Kaboré, qui fut son ministre des Mines. Sa femme, Chantal, est à ses côtés. Cette ancienne joueuse de basket est ivoirienne. Elle a toutes ses habitudes à Abidjan. Blaise Compaoré voit aussi son frère, François, dans le collimateur de la justice burkinabè. Ce dernier vit entre le Togo et la France. Parfois, l’ancien président rencontre aussi d’anciens compatriotes, au gré de ses sorties. « Il y a plus d’un an, il nous a surpris au restaurant 37°2 à Abidjan, se rappelle un homme d’affaires burkianabè. Ce soir-là, il a même salué le fils de Roch Kaboré, le président actuel du Burkina ». La métropole ivoirienne est un lieu de passage fréquent pour les officiels burkinabès, les deux pays étant très liés politiquement et économiquement.

Compaoré suit les événements de son pays, de l’Afrique et de l’ancienne métropole. « Il a du mal à digérer le lâchage de la France en 2014, surtout quand il voit qu’Ali Bongo au Gabon et Denis Sassou Nguesso au Congo sont passés en force pour rester au pouvoir, confie un de ses visiteurs. Dans ses rêves les plus fous, il doit s’imaginer reprendre ses activités de chef d’Etat ».

Zoo. En 2014, la France a poussé à son départ mais l’a sauvé in extremis. En liaison avec Abidjan, Jean-Yves Le Drian, alors à la Défense, et Cédric Lewandowski, à l’époque directeur de cabinet du ministre français, ont directement géré l’exfiltration du dirigeant déchu à Yamoussoukro, étape avant son exil abidjanais.

Trois ans plus tard, Compaoré aimerait revenir dans son village natal à Ziniaré, s’occuper des animaux de son zoo, et reprendre ses chasses dans la réserve de Pama. Son ancien représentant spécial, Boureima Badini, a rencontré en février le président du Burkina, Roch Kaboré, et lui a suggéré de le mettre en résidence surveillée. L’ex-dirigeant burkinabè est prêt à jouer sa partition à la faveur d’un processus de réconciliation nationale. D’autres amis lui conseillent plutôt d’aller se mettre à l’abri chez Faure Gnassingbé au Togo ou Mohammed VI, deux protecteurs potentiels, en attendant que l’orage de la succession ivoirienne soit passé…”

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