Économie

Transport aérien : comprendre les enjeux et les initiatives en Côte d’Ivoire

Par Philippe Kouhon9 juillet 2025

Abidjan, le 8 juillet 2025 — Au Plateau, dans la salle du Centre d’Information et de Communication Gouvernementale (CICG), citoyens, journalistes et internautes se sont retrouvés autour d’un sujet qui touche directement à la mobilité et à l’ouverture du pays : le transport aérien en Côte d’Ivoire. L’événement, intitulé « Tout savoir sur le transport aérien », était animé par Ahmed Djibril Coulibaly, Directeur général du Transport aérien (DGTA). Pendant plus d’une heure, il a répondu aux questions du public, exposé les faits, expliqué les choix et reconnu les contraintes.

Des progrès, mais aussi des réalités à affronter

Le responsable du transport aérien a dressé un état des lieux du secteur, sans embellir les chiffres : le trafic aérien reprend après la crise de la COVID-19, les investissements publics ont permis des avancées notables, mais il reste encore du chemin.

Depuis la création d’Air Côte d’Ivoire en 2012 et la mise en place de la DGTA en 2022, l’État a décidé de structurer un secteur qui était resté longtemps en marge. Aujourd’hui, l’idée est de faire du ciel ivoirien un outil de développement économique — que ce soit pour le tourisme, les affaires , le fret ou la mobilité intérieure.

Des acteurs multiples, un objectif commun

Le secteur aérien repose sur une série d’acteurs spécialisés :

  • ANAC, pour la sécurité et la régulation
  • SODEXAM, pour la gestion des aéroports intérieurs et les données météo
  • AERIA, qui gère l’aéroport d’Abidjan
  • Des structures comme ASECNA, Servair, Menzies, Securiport et BEA, pour les services techniques et opérationnels.
  • Air Côte d’Ivoire, la compagnie nationale.
  • La DGTA supervise l’ensemble en aidant le Ministre des Transports à fixer une direction claire : faire en sorte qu’à l’horizon 2030, la Côte d’Ivoire ait un réseau de transport aérien dense, sûr, et compétitif.

Des réponses aux questions que tout le monde se pose

Lors de la session, plusieurs sujets ont été abordés de façon directe :

Pourquoi les billets sont-ils si chers ?

Les prix sont tirés vers le haut par facteurs exogènes à la compagnie et parfois endogènes ainsi la configuration du marché régional notamment. Des discussions sont en cours au niveau de la CEDEAO pour trouver des marges de manœuvre sur le volet fiscalité.

Pourquoi certains aéroports comme Yamoussoukro sont-ils peu desservis ?

La demande y est encore trop faible pour justifier des lignes régulières.

Que faire face aux retards sur les vols intérieurs ?

La compagnie est confrontée depuis la fin du Covid-19 et la vente du constructeur des Q400 à un repreneur créant ainsi des distorsions dans la fourniture de pièces de rechange. Le gouvernement se tient aux côtés de la compagnie pour mettre en place un dispositif rigoureux de maintenance des appareils. D’ici quelques semaines il y’aura de l’amélioration. Cependant, conformément aux standards internationaux les vols retardés ou annulés ne sont pas de nature à mettre en péril la compagnie.

Nous continuerons à améliorer la qualité de service qui est une exigence dans le secteur et qui fait partie des priorités du Ministre Amadou KONÉ.

Les jeunes formés en aéronautique quittent-ils le pays ?

Oui malheureusement, notamment dans le domaine de la maintenance. La reprise après la Covid-19 a engendré une forte demande mondiale dans le secteur. La compagnie a recruté et formé pour ses besoins propres plusieurs dizaines de jeunes ivoiriens, dont certains non pas malheureusement fait preuve de patriotisme.

Un nouveau recrutement sera lancé bientôt et des mesures d’incitation supplémentaires sont entrain d’être identifiées pour les maintenir.

Où en est-on avec la transition écologique ?

L’aéroport d’Abidjan a été certifié à deux reprises aéroport africain le plus performant en matière d’atténuant des émissions carbones. Les nouvelles aérogares de San Pedro et Korhogo ont été construits tenant compte des nouvelles normes en matière d’émissions carbone.

La compagnie nationale air Côte d’Ivoire est engagée depuis sa création dans l’acquisition d’appareils les moins polluants comme les A330 neo qui seront réceptionnés très bientôt.

Pourquoi certaines lignes sont-elles arrêtées rapidement, comme Abidjan–Casablanca ?

Des contraintes exogènes à la compagnie ont obligés la compagnie de suspendre les vols et procéder à un recentrage des opérations. Nous y retournerons dès que ces aléas seront maîtrisés.

Un secteur qui ne touche pas (encore) tout le monde, mais qui structure l’avenir

Le transport aérien n’est pas le moyen de transport le plus utilisé en Côte d’Ivoire. Il reste perçu comme réservé à une minorité. Mais selon le DGTA, ses effets dépassent les passagers : il structure les échanges, renforce la position du pays dans la sous-région, et ouvre de nouvelles perspectives économiques.

Depuis 2020, le trafic à l’aéroport d’Abidjan est passé de 935 130 à plus de 2,5 millions de passagers en 2024, et devrait continuer à croître. La compagnie Air Côte d’Ivoire, de son côté, a transporté environ 7,4 millions de passagers depuis sa création.

Faire le point, expliquer, écouter

Cette prise de parole publique n’avait pas pour but de convaincre à tout prix, mais d’expliquer les choix, de dire où en est le pays et où il veut aller. Sortir la communication institutionnelle des couloirs pour répondre aux préoccupations concrètes est un exercice encore rare, mais utile.

La Côte d’Ivoire ne prétend pas rivaliser avec les grands hubs du monde. Mais elle construit pas à pas son réseau, son savoir-faire, et sa présence sur une carte aérienne de plus en plus disputée. Ce n’est pas spectaculaire, mais c’est du travail de fond.

Philippe Kouhon

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