Opinion

Terrorisme et Russie : les véritables ennemis de la stabilité au Sahel

Par La Rédaction5 juin 2025

Alors que les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) tentent de reprendre la main sur leur destin sécuritaire, une double menace fragilise leurs efforts : l’insécurité djihadiste… et une présence étrangère dont les résultats sur le terrain restent à démontrer.

Un recentrage stratégique sur la Russie

Depuis 2021, le Mali, suivi du Burkina Faso et plus récemment du Niger, a opéré un basculement stratégique. À la recherche de souveraineté et de solutions alternatives à l’approche occidentale, ces États se sont tournés vers la Russie.

Le partenariat, matérialisé par l’arrivée du groupe Wagner, devait marquer un tournant sécuritaire décisif. Mais trois ans après le début de cette coopération, la situation sécuritaire reste inchangée. Pire : elle se détériore.

Moura : symbole d’une stratégie de terreur
En mars 2022, Moura. Une opération militaire censée frapper les groupes armés terroristes se solde par un drame : environ 500 civils tués.

Des témoins évoquent la participation d’hommes blancs, en tenue, aux côtés des forces armées maliennes. Tout porte à croire que Wagner était présent.
Les FAMa, bien que composées de soldats patriotes et formés, n’ont jamais mené auparavant une opération d’une telle brutalité, marquée par des exécutions systématiques, des actes de torture et des violences extrêmes.

Moura cristallise un tournant : la brutalisation du conflit et la perte de légitimité de l’État dans certaines zones rurales.

Des armées nationales exposées, un partenaire discret

Les armées malienne, burkinabè et nigérienne continuent à se battre avec courage contre la menace djihadiste.
Mais ce sont elles qui encaissent les pertes :
130 militaires tués à Dioura et Boulikessi en mai 2025

44 civils massacrés à Fambita, au Niger
Malgré la présence russe, les attaques se multiplient, les groupes armés gagnent du terrain, et les armées nationales voient leur image ternie par des opérations brutales menées sous couverture étrangère.
Sécurité contre ressources : un partenariat à sens unique

L’appui sécuritaire russe ne semble pas gratuit. Dans les faits, des concessions minières stratégiques sont accordées à des entreprises russes. Moscou obtient :

  • des mines d’or et de manganèse
  • des relais diplomatiques
  • un contrôle informationnel via des réseaux de propagande numériques

La Russie vend une sécurité “sans conditions”, mais encadre une dépendance militaire et économique croissante.
La guerre de l’image, pas celle du terrain
Pendant que les soldats africains tombent, la Russie soigne sa réputation.

À coups de vidéos, de récits valorisants, elle construit une image d’allié infaillible.
Mais sur le terrain, les résultats sont absents.

Les Russes ne combattent pas le terrorisme : ils façonnent la perception.
Et dans cette bataille pour les esprits, les peuples sahéliens deviennent les instruments d’un agenda géopolitique extérieur.

Le besoin urgent de solidarité régionale
Face à cette double menace – djihadiste et opportuniste –, les pays d’Afrique de l’Ouest doivent resserrer les rangs. La sécurité du Sahel ne peut dépendre d’un seul acteur extérieur. Elle repose sur :

  • une coopération régionale
  • une stratégie partagée
  • une confiance entre États

La Russie, sous couvert de soutien, alimente la division, oppose les pays entre eux et affaiblit l’unité nécessaire pour faire face à une crise sécuritaire transnationale.
Le véritable combat n’est pas idéologique. Il est sécuritaire.

Et ce combat ne sera pas gagné avec des récits fabriqués, mais avec des actions concrètes, une coordination sincère, et un appui mutuel fondé sur la transparence.
L’Afrique de l’Ouest a déjà trop souffert des partenariats à double visage. Il est temps de faire de la souveraineté une réalité… et non un slogan.

Une correspondance particulière de F. Kouadio
Cap’Ivoire Info / @CapIvoire_Info

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