Économie

Taxes américaines : un expert prévient la Côte d’Ivoire après le revirement de Trump

Par Charles Kouassi10 avril 2025

Le report, par l’administration américaine, de l’application des tarifs douaniers de 21 % à 10 % pour une période de 90 jours offre un court répit à la Côte d’Ivoire. C’est ce qu’indique un expert des relations ivoiro-américaines, qui invite cependant à la prudence dans toute initiative de négociation avec les autorités américaines.

« Il n’y a, en réalité, personne avec qui négocier », prévient-il. Selon lui, l’administration Trump, en sous-effectif, concentre ses efforts diplomatiques sur des partenaires jugés stratégiques comme le Japon, l’Inde ou encore le Vietnam. Et même lorsque des interlocuteurs sont disponibles, « ils ne disposent pas de la latitude nécessaire pour conclure des accords. Toute décision devra être validée directement par le président américain, car ni l’USTR (Bureau du représentant américain au commerce), ni le Département du Commerce, ni le Département d’État n’ont le pouvoir de décision final ».

Pour cet expert, si la Côte d’Ivoire souhaite malgré tout entamer des pourparlers, il serait judicieux de ne pas se focaliser sur la seule question des réductions tarifaires. « Plusieurs propositions d’élimination des droits de douane ont déjà été jugées insuffisantes. Il faut désormais cibler les barrières non tarifaires », recommande-t-il.

Il attire notamment l’attention sur les critiques du chapitre consacré à la Côte d’Ivoire dans « le Rapport sur les obstacles au commerce », parmi lesquelles figurent :
• l’inspection préalable à l’expédition pour toutes les importations ;
• l’absence de réponse aux exigences de l’OMC concernant l’évaluation en douane ;
• le défaut de notification régulière aux comités de l’OMC sur les normes techniques et sanitaires ;
• le manque de transparence du système réglementaire ;
• l’opacité des marchés publics ;
• la protection insuffisante de la propriété intellectuelle (point jugé critique dans le rapport) ;
• la persistance de la corruption.

En conclusion, l’expert recommande à la Côte d’Ivoire de ne pas se positionner seule, car les effets de cette mesure ne se limitent pas à elle, même si les échanges commerciaux avec les États-Unis ne représentent que 4 % de son PIB ou de ses recettes d’exportation.

« Pendant ces 90 jours, les importateurs continueront à s’acquitter du tarif supplémentaire de 10 %. Il serait donc stratégique de mobiliser des alliés économiques et politiques, notamment des entreprises comme Hershey et Mars – principaux acheteurs de cacao –, ainsi que des sénateurs influents comme ceux de Pennsylvanie, pour infléchir les décisions à venir », conclut-il.

Charles Kouassi


Lire ci dessous la version en anglais

U.S. Cocoa Tariffs: Expert Offers Recommendations for Côte d’Ivoire After Trump’s Policy Reversal

The U.S. administration’s decision to delay the implementation of the 21% cocoa tariff—reducing it to 10% for a 90-day period—offers a brief reprieve for Côte d’Ivoire. This is the assessment of an expert on U.S.–Côte d’Ivoire relations, who nonetheless urges caution in any attempt to negotiate with the American authorities.

“There’s practically no one to negotiate with,” the expert warns. He explains that the Trump administration is understaffed, and its focus is primarily on strategic partners such as Japan, India, and Vietnam. Even when interlocutors are available, “they don’t have the authority to finalize deals. Any agreement must be approved directly by the U.S. President, since neither the USTR (Office of the United States Trade Representative), nor the Department of Commerce, nor the State Department has final decision-making power.”

If Côte d’Ivoire still wishes to pursue negotiations, the expert advises against focusing solely on tariff reductions. “Many proposals for tariff eliminations have already been deemed insufficient. The priority should now shift to addressing non-tariff barriers,” he suggests.

He points to several concerns highlighted in the National Trade Estimate Report on Foreign Trade Barriers, specifically in the section on Côte d’Ivoire:
• Pre-shipment inspection requirements for all imports;
• Failure to comply with WTO rules on customs valuation;
• Lack of regular notifications to WTO committees on technical and sanitary standards;
• Lack of regulatory transparency;
• Non-transparent public procurement processes;
• Inadequate protection of intellectual property rights (a major criticism in the report);
• Corruption.

In conclusion, the expert argues that Côte d’Ivoire should not act in isolation, as the impact of these tariffs goes beyond its borders—even though trade with the U.S. represents only 4% of its GDP or export revenues.

“During these 90 days, importers will still have to pay the additional 10% tariff. In this context, it would be strategic to seek the support of key stakeholders—such as companies like Hershey and Mars, the leading cocoa buyers, and influential senators from Pennsylvania—to help sway future decisions,” he concludes.

Charles Kouassi

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