Afrique

Sommet extraordinaire de la CEDEAO à Abuja : les raisons humanitaires et économiques de la levée des sanctions contre le Niger 

Par Joel Touré25 février 2024

Quelles sont les vraies raisons de la levée des sanctions de la Cedeao (communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest) contre le Niger et les autres pays de la sous-région ouest africaine ayant connu un coup d’État ?

L’information principale qui est à retenir au terme du Sommet extraordinaire de la CEDEAO tenu à Abuja le samedi 24 février 2024, est la levée des sanctions économiques et financières contre le Niger, avec effet immédiat, par l’Organisation commune sous-régionale. 

Les chefs d’État qui ont pris part dans la capitale fédérale du Nigeria à cette rencontre au sommet, ont ensuite justifié leur décision. Selon eux, c’est pour des raisons humanitaires qu’ils ont décidé de lever ces sanctions qu’ils avaient imposées au Niger à la suite du coup d’État qui a renversé le Président élu du Niger, Mohamed Bazoum en Juillet 2023.

Si ce revirement de situation de la part de la CEDEAO a surpris beaucoup d’observateurs de la scène politique ouest-africaine, il a plutôt été salué par les populations nigériennes majoritairement musulmanes. Car en cette veille de Ramadan, une telle décision ne pouvait qu’être que bien accueillie.

C’est LA CEDEAO des peuples qui a primé 

À quelques jours donc du début du jeûne musulman, les populations nigériennes étaient angoissées de constater que les frontières restaient toujours fermées, et que les transactions commerciales et financières surtout avec les pays comme le Nigeria, et le Bénin étaient encore gelées.

Alors pour soulager le peuple nigérien et pour lui témoigner sa solidarité, les chefs d’État ont levé ces sanctions. Il s’agit, à travers cette décision, de montrer que le CEDEAO n’était pas contre les populations nigériennes en prenant les sanctions, mais elle a voulu sanctionner des hors-la-loi qui ont tenté d’assassiner la démocratie en reversant un Président élu. 

Il faut ici saluer la hauteur d’esprit et le sens de responsabilité des chefs d’État qui ont privilégié l’intérêt du peuple au détriment des putschistes qui sont engagés dans un bras de fer inutile et lourd de conséquences avec l’organisation.

Selon un diplomate ouest-africain habitué de ce genre de sommets, il ne pouvait en être autrement. « Regardez bien la photo de famille des chefs d’État à la fin du sommet, vous comprendrez. Il y a les Présidents Macky Sall, Alassane Ouattara, Bola Tinubu pour ne citer que ceux-là. Ils sont tous musulmans. Alors comment voulez-vous qu’à quelques jours du Ramadan, qu’ils maintiennent les frontières fermées et que les transactions commerciales et financières soient toujours gelées. Ce qui empêchera les produits de première nécessité d’entrer au Niger via les frontières du Nigéria et du Bénin. Les populations seraient donc impactées avec la flambée des prix des denrées alimentaires sur les marchés de Niamey. Non, je ne pense pas donc que ces 3 chefs d’État allaient laisser le peuple nigérien dans cette angoisse. Il faut les féliciter et les saluer pour ce sens élevé de la responsabilité », a argumenté le diplomate.

La 2ème raison de la levée des sanctions contre le Niger 

Cependant, il y a une deuxième raison qui a fait fléchir la CEDEAO. Mais celle-ci est plutôt économique. Selon nos sources, ce sont les présidents Patrice Talon et Faure Gnassingbé qui ont mis sur la table le volet économique.

En effet, les opérations commerciales entre le Bénin, le Togo et le Niger ont été fortement perturbées depuis l’entrée en vigueur des sanctions de la CEDEAO après le coup d’Etat du général Tchiani.

Alors que l’on sait par exemple pour le Bénin, que les travaux concernant le projet de pipeline entre le pays de Patrice Talon et le Niger sont achevés. Il ne reste plus que la phase de lancement pour faire passer le fioul dans les tuyaux.

Pour le Togo, la situation commerciale avec le Niger est plus complexe. Le port de Lomé est le principal port des opérateurs économiques nigériens. L’on sait que l’économie togolaise repose principalement sur ses activités portuaires.

Ce sont donc des raisons humanitaires mais aussi économiques qui ont influencé la décision prise le samedi 24 février 2024 à Abuja par les chefs d’État de la CEDEAO de lever les sanctions contre le Niger, avec effet immédiat.

Joël Touré

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