Présenté comme un tournant historique pour l’économie guinéenne, le lancement de l’exploitation du gisement de fer de Simandou suscite autant d’espoirs que d’inquiétudes. Derrière le discours officiel, la montée en puissance du projet met en lumière des tensions profondes autour de la gestion du port autonome de Conakry, de la place des partenaires étrangers et du partage des retombées économiques.
Le terminal conventionnel connaît une hausse marquée du trafic maritime.
Depuis l’arrivée du groupe turc Albayrak, via sa filiale Alport Conakry, le terminal conventionnel connaît une hausse marquée du trafic maritime. Une progression qui atteint 35 % en six mois, principalement portée par l’afflux de rails, de bulldozers et de camions destinés à la construction des infrastructures ferroviaires du projet Simandou. Cette augmentation, loin de dynamiser les activités commerciales nationales, monopolise les quais et ralentit l’arrivée de produits de première nécessité. Riz, sucre, huile : plusieurs denrées essentielles peinent à être déchargées, tandis qu’au large, le nombre de navires en attente a atteint un pic de 34 bâtiments fin octobre.
Les engagements initiaux d’Alport, notamment la construction de nouveaux quais pour absorber la croissance annoncée du trafic, tardent à se concrétiser. Dans le même temps, la priorité accordée à Simandou pousse les autorités portuaires à envisager une expansion de près de 45 % du trafic d’ici 2026. Une orientation qui nourrit la crainte d’un port tourné quasi exclusivement vers les besoins logistiques d’un projet d’exportation, au détriment des opérateurs nationaux.
Sur le plan social, le climat est également tendu. Les syndicats dénoncent des méthodes de gestion brutales, une entrave à l’organisation du travail et plusieurs licenciements jugés arbitraires. Sept employés ont ainsi été remerciés fin septembre après avoir réclamé le respect du Code du travail. Des tensions qui alimentent le sentiment que les intérêts locaux passent au second plan face à ceux des investisseurs étrangers.
Premier producteur d’or du continent, le pays fait face depuis plusieurs années à la prolifération du « galamsey »
Ces difficultés contrastent avec le cas du Ghana, engagé dans une réforme profonde de son secteur aurifère. Premier producteur d’or du continent, le pays fait face depuis plusieurs années à la prolifération du « galamsey », l’exploitation illégale de l’or, souvent accompagnée de pollution des cours d’eau, de déforestation et d’accidents meurtriers. Face à ces dérives, Accra a durci sa réglementation : interdiction pour les acteurs étrangers d’intervenir dans l’achat et l’exportation de l’or artisanal, sanctions renforcées et mise en place d’un organisme dédié à la traçabilité et à la régulation.
Ces mesures visent à protéger les ressources nationales, à réduire l’impact environnemental et à garantir que les revenus issus du secteur profitent réellement aux communautés. Malgré des défis persistants, cette approche met en avant une volonté politique de reprendre le contrôle d’un secteur stratégique, en conciliant développement économique et préservation environnementale.
La comparaison entre les deux pays souligne l’enjeu central : la capacité des États africains à maîtriser les conditions d’exploitation de leurs ressources naturelles. Alors que la Guinée mise sur la valorisation d’un gisement majeur, le risque est de voir les bénéfices immédiats se transformer en dépendance structurelle si les infrastructures stratégiques, comme le port de Conakry, ne sont pas renforcées pour répondre aux besoins de la population.
Simandou peut devenir un moteur de croissance, mais seulement si les intérêts locaux sont replacés au cœur de sa mise en œuvre. Économiquele projet pourrait illustrer une nouvelle forme de vulnérabilité économique, dans un contexte régional où les débats sur la souveraineté minière prennent une place croissante.
Une correspondance particulire de F. Kouadio
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