Le scandale sanitaire impliquant l’entreprise Softcare au Sénégal dépasse largement le cadre d’un simple manquement industriel. Il met en lumière une problématique structurelle qui concerne l’ensemble du continent africain : la circulation de produits d’hygiène de qualité douteuse, issus de chaînes de production étrangères, et destinés à des populations vulnérables.
Depuis plusieurs semaines, les autorités sénégalaises sont confrontées à une affaire grave. Le 8 décembre 2025, l’Agence sénégalaise de Réglementation Pharmaceutique (ARP) a ordonné le retrait immédiat des couches pour bébés et des serviettes hygiéniques fabriquées par Softcare, filiale du groupe chinois Sunda International. Cette décision fait suite à la découverte de matières premières périmées utilisées dans l’usine de production de Sindia, dans la région de Thiès, où plus de 1 300 kilogrammes de produits non conformes ont été identifiés¹.
Des couches chinoises dangereuses pour la santé
Les risques sanitaires évoqués par les autorités sont sérieux : irritations cutanées, infections, réactions allergiques. Des risques d’autant plus préoccupants que les produits incriminés étaient destinés à des populations particulièrement vulnérables, notamment les nourrissons, les jeunes enfants et les femmes. L’affaire a profondément choqué l’opinion publique sénégalaise, mais elle dépasse désormais les frontières du pays.
Car la Côte d’Ivoire, à l’instar du Sénégal, importe massivement des produits d’hygiène et de consommation courante en provenance de Chine. Si la coopération économique sino-africaine est régulièrement présentée comme un partenariat mutuellement bénéfique, le scandale Softcare rappelle qu’en l’absence de contrôles rigoureux, cette relation peut se transformer en menace pour la santé publique.
La Chine applique pourtant des normes sanitaires strictes sur son propre marché intérieur. La question se pose alors : pourquoi des produits jugés inacceptables ailleurs se retrouvent-ils sur les étals africains ? Cette situation alimente un sentiment croissant de méfiance et renforce l’idée que certains marchés africains servent de débouchés pour des produits que d’autres régions du monde refuseraient.
Un meilleur contrôle des importations
Pour les pays d’Afrique de l’Ouest, cette affaire doit servir de leçon. En Côte d’Ivoire, où les autorités sanitaires ont engagé des efforts notables en matière de régulation et de contrôle, le cas sénégalais souligne l’urgence de renforcer davantage la surveillance des chaînes d’importation, la traçabilité des produits et la protection effective des consommateurs.
Accepter des produits que d’autres marchés rejettent, c’est accepter une hiérarchisation implicite de la valeur des vies humaines. À l’inverse, une réponse ferme, coordonnée et transparente des États africains pourrait marquer un tournant décisif dans les relations commerciales avec les partenaires étrangers. L’Afrique n’est pas une zone de déversement. Elle est un partenaire qui exige respect, responsabilité et équité.
Une correspondance particulire de F. Kouadio
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