L’évolution des conflits au Sahel prend un tournant technologique préoccupant. Ces derniers mois, plusieurs rapports sécuritaires indiquent une utilisation croissante de drones par les groupes armés terroristes dans les zones instables du Mali, du Burkina Faso et du Niger. Ce phénomène, encore marginal il y a quelques années, s’impose désormais comme une nouvelle réalité sur le terrain, modifiant les rapports de force et complexifiant la riposte des armées nationales.
Des drones bon marché pour des usages militaires
Les drones utilisés par les groupes djihadistes ne sont pas de fabrication militaire. Il s’agit principalement de modèles commerciaux, accessibles en ligne ou sur les marchés parallèles, notamment en provenance de Chine ou de Turquie. D’apparence inoffensive, ces appareils sont pourtant devenus des outils redoutables pour le repérage, la surveillance et la coordination d’attaques.
Dans plusieurs incidents documentés, notamment au nord du Burkina Faso et dans la zone des trois frontières, des drones ont permis aux groupes terroristes de cartographier les positions des forces armées, d’observer leurs mouvements, voire de guider des embuscades avec une précision redoutable.
Une adaptation stratégique des groupes armés
Face à la montée en puissance des moyens aériens des États sahéliens – notamment grâce à l’appui de partenaires internationaux – les groupes terroristes adaptent leur stratégie. L’usage du drone leur permet de compenser leur infériorité technologique en développant une capacité de renseignement à bas coût.
Des sources sécuritaires rapportent également que certains groupes affiliés à Al-Qaïda ou à l’État islamique ont commencé à filmer leurs opérations à l’aide de drones, à des fins de propagande, mais aussi pour analyser leurs propres performances tactiques. Ce recours à l’auto-évaluation militaire marque une évolution dans leur organisation, vers une forme de professionnalisation.
Des drones armés : un risque désormais réel
Si l’utilisation des drones pour l’observation est déjà une réalité, celle des drones armés commence à faire surface. Des cas isolés de drones modifiés pour transporter des charges explosives ont été signalés, notamment au Mali et dans certaines zones rurales du Burkina Faso.
Ces engins explosifs improvisés (EEI), largués depuis des drones, ne sont pas encore massivement utilisés, mais ils ouvrent la voie à une guerre asymétrique plus meurtrière. Une évolution inspirée par les pratiques observées au Moyen-Orient, notamment en Syrie et en Irak.
Des armées nationales peu préparées à cette menace
La plupart des armées sahéliennes ne disposent pas, à ce jour, de systèmes anti-drones efficaces. Le brouillage électronique, les radars spécifiques ou encore les filets anti-drones restent rares et coûteux. Cette faiblesse structurelle rend les bases militaires et les convois terrestres particulièrement vulnérables.
Dans ce contexte, les experts sécuritaires appellent à une mutualisation régionale des moyens de défense anti-drone et à une montée en compétence des forces armées dans le domaine de la guerre électronique.
Quel impact pour la Côte d’Ivoire ?
Bien que le territoire ivoirien n’ait pas été directement touché par cette menace jusqu’ici, le risque n’est pas à négliger. Située à la lisière de la zone sahélienne, la Côte d’Ivoire partage une frontière de plus de 500 kilomètres avec le Burkina Faso, où l’utilisation des drones par les terroristes est désormais avérée.
Les forces ivoiriennes, déjà engagées dans plusieurs opérations de sécurisation dans le nord du pays, doivent intégrer cette dimension technologique à leurs plans de riposte. Des efforts sont déjà en cours pour renforcer la surveillance aérienne et former les unités spécialisées à cette nouvelle forme de menace.
Une guerre de plus en plus technologique
Le recours aux drones par les groupes djihadistes au Sahel marque un tournant dans la nature des conflits en Afrique de l’Ouest. Cette innovation, à la fois simple d’accès et tactiquement puissante, montre que la guerre asymétrique se modernise rapidement.
Pour y faire face, les États sahéliens – et leurs partenaires – devront anticiper, s’équiper et surtout renforcer la coopération régionale. Car dans cette nouvelle phase du conflit, l’information et la maîtrise du ciel pourraient bien faire la différence.
F. Kouadio
Cap’Ivoire Info / @CapIvoire_Info