Opinion

Sahel: le convoi d’uranium nigérien destiné à la Russie suscite de fortes inquiétudes

Par La Rédaction3 décembre 2025


Un important chargement de yellowcake, estimé à 1 000 tonnes, circule actuellement à travers le Sahel selon les informations fournies. Parti d’Arlit le 27 novembre, il doit rejoindre le port de Lomé avant d’être acheminé vers la Russie dans le cadre d’un accord conclu en 2025 entre Niamey et Rosatom. Ce transfert, décrit comme illégal par plusieurs analyses, repose sur des conditions qui interrogent.

Après le coup d’État de 2023, la junte du général Tiani a nationalisé la SOMAÏR, qui produit environ 1 130 tonnes d’uranium par an. On peut souligner l’intérêt croissant de Moscou: négociations dès 2024, démarches publiques en 2024 puis signature d’un protocole d’accord en juillet 2025. Le tout aurait débouché sur un contrat secret de 170 millions de dollars pour 1 000 tonnes.

Les modalités évoquées (paiement en or, règlement à l’arrivée, absence de cadre légal) traduisent un rapport de force déséquilibré. Mais surtout, ce transfert violerait une décision du CIRDI, qui avait interdit toute cession de l’uranium disputé avec Orano. Ce point constitue le cœur des critiques: Niamey passerait outre une injonction internationale, exposant le pays à des pénalités financières considérables.

Le convoi filmé à Agadez comprend des camions transportant chacun deux containers radioactifs KC20. Les informations indiquent qu’un total de 54 véhicules, ainsi que des équipes mécaniques, assurent la logistique. La route traverse des zones particulièrement instables: Arlit, Agadez, Niamey, Dori, Ouagadougou, Koupéla, Tenkodogo, puis le Togo. Un tel convoi, lent et massivement chargé, devient une cible évidente.

L’aspect économique est également central. Les chiffres fournis montrent un écart notable par rapport aux prix du marché. En 2023, la France aurait payé près de 196 500 dollars par tonne. L’accord russo-nigérien ramènerait la valeur à 170 000 dollars par tonne, soit 13 % de moins, malgré une hausse mondiale du prix de l’uranium. Selon ces éléments, Niamey vendrait donc son uranium en deçà de sa valeur réelle.

Les conséquences judiciaires pourraient être durables. Le spécialiste Hervé Mahicka, estime que le Niger pourrait devoir payer jusqu’à 250 millions de dollars pour non-respect de la décision arbitrale, voire davantage si la procédure s’étire.

Pour les pays de transit, les implications sont tout aussi sensibles. Le Togo, en autorisant le passage vers Lomé, pourrait être accusé de faciliter une opération décrite comme illégale. Sur le plan sécuritaire, un incident sur le convoi aurait des conséquences régionales majeures.

Les éléments fournis dessinent un tableau préoccupant: un Niger en quête de liquidités vend une ressource clé à un prix inférieur à sa valeur, tout en s’exposant à un contentieux juridique et à un risque sécuritaire considérable. À court terme, le pays gagne 170 millions; à long terme, il pourrait perdre bien davantage.

Une correspondance particulière de F. Kouadio
Cap’Ivoire Info / @CapIvoire_Info

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