Derrière le retrait officiel de Wagner, le Kremlin a mis en place un pilotage centralisé de son influence en Afrique, mêlant contrôle politique, opérations militaires et guerre informationnelle.
Le Kremlin pilote désormais une large part de l’influence de la Russie en Afrique. Derrière le retrait officiel de Wagner, l’administration russe a mis en place un système centralisé mêlant contrôle politique, influence informationnelle et présence militaire. Une stratégie aux conséquences directes pour la sécurité et la stabilité du continent, y compris en Afrique de l’Ouest.
Une influence décidée à Moscou, loin du terrain africain
Depuis 2022, la Russie a profondément transformé sa présence en Afrique1. Ce changement ne s’est pas limité au remplacement du groupe Wagner par Africa Corps, structure directement liée au ministère russe de la Défense. Il s’est surtout opéré au sommet de l’État russe, au sein de l’Administration présidentielle, désormais au cœur du dispositif africain.
Sous l’autorité de Sergueï Kirienko, premier vice-chef de l’Administration présidentielle depuis 2016, Moscou applique à certains pays africains des méthodes initialement conçues pour contrôler la vie politique intérieure russe. Kirienko supervise aujourd’hui l’analyse politique de pays comme le Mali, la République centrafricaine ou la Libye, et a validé la création d’une direction spécifiquement dédiée à l’Afrique.
Un pilotage politique assumé
À ses côtés, Andreï Yarin, chef de la Direction de la politique intérieure, joue un rôle clé. Peu médiatisé mais central, il est chargé d’exporter les techniques de verrouillage politique : gestion des élites, influence électorale, contrôle de l’information et construction de récits anti-occidentaux. Selon plusieurs sources concordantes, des agents d’influence liés à l’Administration présidentielle russe ont été déployés auprès de certaines présidences africaines afin d’orienter les décisions stratégiques.
Une architecture intégrée : militaire, renseignement et politique
La nouvelle stratégie russe repose sur une structure à trois niveaux. Le volet militaire est assuré par Africa Corps, les opérations d’influence et de renseignement par le GRU et le SVR, tandis que la coordination politique relève directement du Kremlin. Ce modèle, inspiré du fonctionnement de Wagner, a été institutionnalisé après la mort d’Evgueni Prigojine.
Des résultats contestés sur le terrain africain
Dans les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES), le bilan reste préoccupant. Les attaques djihadistes se poursuivent, les promesses de stabilisation ne sont pas tenues et les accusations d’exactions contre des civils persistent, notamment en République centrafricaine. En reprenant le contrôle direct de ces opérations, Moscou engage désormais sa responsabilité étatique.
Un enjeu stratégique pour l’Afrique de l’Ouest
Pour la Côte d’Ivoire et ses partenaires, cette évolution confirme la nécessité d’une lecture lucide des ambitions russes en Afrique. Derrière le discours anticolonial, la priorité du Kremlin reste la sécurisation de ressources et le soutien à son effort de guerre, au prix d’une instabilité durable pour les États africains¹.
Une correspondance particulière de F. Kouadio
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