Opinion

Rosatom : un rêve nucléaire russe au cœur du Sahel ?

Par La Rédaction30 octobre 2025

Créée en 2007, la société publique russe Rosatom n’est pas un acteur énergétique comme les autres. Sous son apparence d’entreprise dédiée à la production d’électricité nucléaire, elle concentre en réalité une double mission: civile et militaire. Elle incarne l’un des instruments privilégiés du Kremlin pour étendre son influence économique et stratégique à l’étranger. Présente dans plus de cinquante pays et regroupant quelque 350 entreprises et instituts de recherche, Rosatom est devenue un pilier de la diplomatie énergétique russe, de l’Égypte à la Turquie, en passant par la Chine, l’Inde ou le Kazakhstan.

Depuis peu, Moscou étend cette stratégie au Sahel. Au Niger, un accord a été signé pour la construction de deux réacteurs nucléaires d’une puissance totale de 2 000 mégawatts. Officiellement, il s’agit d’un projet civil encadré par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Dans les faits, peu de détails ont été rendus publics : ni calendrier précis, ni budget défini, ni mécanisme clair de financement. Ce flou entretient le scepticisme autour d’un projet qui semble davantage répondre à une logique géopolitique qu’à un besoin énergétique réaliste.

Le Niger toujours vulnérable malgré ses ressources naturelles

Le Niger, pays producteur d’uranium mais à la capacité industrielle limitée, ne dispose pas encore des infrastructures nécessaires à la mise en œuvre d’un programme nucléaire civil. Routes, réseau électrique, gestion de l’eau : autant de maillons essentiels encore insuffisamment développés pour accueillir un réacteur de cette taille. La dépendance technologique vis-à-vis de Moscou serait donc totale (ingénierie, maintenance, formation du personnel) ce qui replacerait Niamey dans une relation d’assistanat, loin de l’objectif affiché d’indépendance énergétique.

Les risques environnementaux et humains sont à craindre. L’installation d’une centrale au bord du fleuve Niger, dans une région déjà marquée par le stress hydrique, interroge. Une centrale nucléaire nécessite d’importantes quantités d’eau pour son refroidissement, alors que le pays fait face à des pénuries chroniques. À cela s’ajoutent la gestion complexe des déchets radioactifs et la crainte d’un accident, même mineur, dans un contexte d’instabilité politique. Les souvenirs de Tchernobyl (1986) ou de Fukushima (2011) rappellent qu’aucune technologie n’est exempte de danger.

Rosatom assure pourtant que ses réacteurs de nouvelle génération respectent les plus hauts standards de sûreté, très éloignés des anciens modèles soviétiques. L’entreprise affirme travailler en toute transparence avec l’AIEA et vante ses projets “clés en main” censés offrir aux pays partenaires une autonomie énergétique rapide. Mais la promesse reste à vérifier. Car au-delà de la technique, la question centrale demeure politique : à qui profite réellement ce partenariat ?

Le “rêve nucléaire” nigérien ressemble pour l’instant à une promesse suspendue.

Pour Moscou, le nucléaire est un levier d’influence. Chaque contrat signé dans un pays du Sud renforce sa présence diplomatique et économique, tout en concurrençant les puissances occidentales. Pour Niamey, c’est une vitrine : celle d’un État qui veut se montrer moderne et tourné vers l’avenir. Mais entre ambitions et réalités, l’écart est grand. Sans expertise locale, sans cadre réglementaire solide et sans financement assuré, le “rêve nucléaire” nigérien ressemble pour l’instant à une promesse suspendue.

Sur le papier, deux réacteurs de 1000 mégawatts chacun pourraient transformer la production d’électricité au Niger. En pratique, le projet reste à l’état de déclaration d’intention. Ni le coût global, ni les échéances, ni les conditions de mise en œuvre n’ont été rendus publics. Une situation qui alimente les doutes quant à la faisabilité réelle du programme.

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En définitive, l’initiative nucléaire du Niger illustre la manière dont la Russie conjugue puissance technologique et influence politique. Rosatom y joue un rôle central, entre coopération énergétique et diplomatie stratégique. Mais tant que les bases techniques et institutionnelles ne seront pas réunies, ce partenariat restera davantage un symbole qu’une réalité. Dans un Sahel en quête de stabilité et de souveraineté, le pari du nucléaire russe apparaît pour l’heure comme une utopie à haut risque.

Une correspondance particulière de F. Kouadio
Cap’Ivoire Info / @CapIvoire_Info

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