Politique

RHDP en Côte d’Ivoire : parti‑État ou stabilité politique assumée ? (par Philippe Kouhon)

Par Philippe Kouhon27 janvier 2026

RHDP COTE D’IVOIRE : DU PARTI-ETAT VERS LE PARTI-ETAT HEGEMONIQUE

PAR AHOUA DON-MELLO

Le Vendredi 23 Janvier 2026, la Côte d’Ivoire s’est dotée d’un nouveau gouvernement. Cette nouvelle équipe gouvernementale, loin d’incarner une rupture, s’inscrit clairement dans une logique de continuité, avec une perspective d’hégémonie du parti-Etat et d’une relève annoncée mais organisée dans la confusion institutionnelle et politique.

Au commencement était le RDR et le RDR engendra le RHDP, lequel, à son tour, engendra le parti-État, c’est-à-dire en un système où le pouvoir est exercé par le RHDP pour le RHDP et au profit exclusif du RHDP. Cette évolution traduit la volonté du régime d’absorber l’État dans le parti et le parti dans l’État.
Le départ du PDCI du RHDP a laissé des transfuges dont la greffe au RDR porte des fleurs tandis que les fruits sont encore au goût RDR.

Au regard de la composition du gouvernement, il s’agit d’un gouvernement dirigé par un Vice-Premier Ministre et un Premier Ministre dont l’un gouvernera sans régner et l’autre règnera sans gouverner. L’un sera Chef de Gouvernement et l’autre, Roi du Gouvernement ; en somme deux capitaines dans un bateau dont l’un est en contact permanent avec la tour de contrôle et l’autre en contact périodique avec un risque potentiel de décisions contradictoires.

Dès lors, une question fondamentale se pose : Quid de la relève annoncée par le Président de la République, Président du RHDP ? Deux voies se dessinent clairement :

  • Soit le RDHP décidera par voie démocratique et ouvrira le chemin de la Côte d’Ivoire vers la démocratie,
  • soit l’article 8 contextualisé de la Charte de KURUKAN FUGA s’appliquera au grand désarroi des démocrates de tous bords qui rêvent d’un passage du multipartisme à la démocratie.

Dans un contexte géopolitique mondial ou le monde hégémonique se métastase dans le sud global et renforce ses bastions traditionnels, seule l’émergence d’une Gauche plurielle, structurée, consciente des enjeux mondiaux et de ses responsabilités historiques, peut permettre d’éviter ce cauchemar de rétropédalage du multipartisme au parti-Etat hégémonique, à défaut d’un parti unique, dont l’objectif stratégique est d’absorber ou d’anesthésier l’opposition.

Abidjan, le 27 janvier 2026

Facsimilé. © DR

Le texte de M. Don-Mello repose sur trois piliers rhétoriques :

  1. L’institutionnalisation : Il suggère que le parti (RHDP) a “avalé” l’État.
  2. La confusion au sommet : Il présente le tandem Premier Ministre / Vice-Premier ministre comme un duo conflictuel (“deux capitaines dans un bateau”).
  3. Le dilemme historique : Il oppose la démocratie à une vision ancienne (la Charte de Kurukan Fuga) pour suggérer un retour en arrière.

Ma réponse ou contribution

Monsieur Don-Mello,
J’ai lu votre analyse. Elle est bien écrite, mais permettez-moi de vous dire qu’elle ressemble plus à un scénario de fiction qu’à la réalité que vivent les Ivoiriens sur le terrain. Voici pourquoi votre lecture me semble déconnectée du quotidien :

1.La stabilité n’est pas une “hégémonie”

Vous parlez de “parti-État” comme s’il s’agissait d’un gros mot. Pourtant, ce que les Ivoiriens voient, c’est une équipe qui travaille. Est-ce un crime de gouverner avec des gens qui partagent la même vision ? Dans toutes les grandes démocraties, un président s’entoure de sa famille politique pour avancer vite et bien. Ce que vous appelez “absorption de l’État”, nous l’appelons efficacité et cohérence.

2.Deux leaders, une seule direction

Vous comparez le gouvernement à un bateau avec deux capitaines qui risquent de se contredire. C’est oublier que dans une entreprise qui gagne, il y a un Président et un Directeur Général. L’un fixe le cap, l’autre gère le moteur. Ce “tandem” n’est pas une source de confusion, c’est une garantie de contrôle et de suivi pour que les projets (routes, écoles, hôpitaux) sortent de terre rapidement.

3.Le multipartisme ne doit pas rimer avec chaos

Vous semblez nostalgique d’une époque de débats sans fin. Mais rappelez-vous : le multipartisme “agressif” des années 2000 nous a menés droit dans le mur. Les Ivoiriens préfèrent aujourd’hui une paix durable et des chantiers visibles à des querelles de partis qui n’apportent rien dans l’assiette. Le vrai recul, ce n’est pas d’avoir un parti fort, c’est d’avoir un pays divisé.

4.Quelle souveraineté proposez-vous vraiment ?

Vous invoquez la “Gauche plurielle” et regardez vers d’autres horizons (comme la Russie). C’est votre droit. Mais est-ce vraiment cela la souveraineté ? La vraie souveraineté, c’est quand un pays peut financer ses propres routes et nourrir son peuple grâce à une économie solide, comme le fait le Président Alassane Ouattara.

En somme, votre analyse est un exercice intellectuel de haut vol, mais la politique, c’est avant tout la vie des gens. Et aujourd’hui, les faits parlent plus fort que les théories : la Côte d’Ivoire avance, elle est stable, et elle est respectée.

Respectueusement.

Philippe Kouhon
Journaliste et analyste politique

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