Société

Restitution du tambour Djidji Ayôkwé : la Côte d’Ivoire retrouve une part de son patrimoine historique

Par La Rédaction10 juillet 2025

Adoptée à l’unanimité par l’Assemblée nationale française le 2 juillet 2025, la loi autorisant la restitution du tambour parleur Djidji Ayôkwé à la Côte d’Ivoire marque une étape importante dans le dialogue mémoriel engagé entre Paris et Abidjan. Objet patrimonial majeur, ce tambour sacré, saisi en 1916 par l’administration coloniale, incarne une mémoire ivoirienne longtemps mise entre parenthèses. Son retour, annoncé pour les prochaines semaines, s’inscrit dans un cadre politique et diplomatique favorable à une meilleure reconnaissance des cultures africaines.

Un instrument au rôle politique central

Le Djidji Ayôkwé n’est pas un simple tambour rituel. Il s’agit d’un tambour parleur, utilisé historiquement par les chefs du peuple Atchan, dans la région d’Abidjan. Conçu pour transmettre des messages à distance grâce à un langage codé mimant les tonalités de la langue Atchan, cet instrument servait à convoquer des réunions, annoncer des décès, alerter en cas de conflit ou transmettre les décisions politiques.

Seuls des initiés, nommés par l’autorité traditionnelle, étaient autorisés à en faire usage. Cette maîtrise du « langage tambouriné » donnait au Djidji Ayôkwé une fonction essentielle dans la régulation de la vie communautaire. Il constituait un canal de communication, mais aussi un outil d’exercice du pouvoir. À ce titre, il représentait une forme d’autorité locale difficilement compatible avec l’ordre colonial.

Un objet saisi et transféré en métropole

En 1916, dans le contexte de la consolidation de l’autorité coloniale française en Côte d’Ivoire, le tambour est confisqué et expédié en métropole. Il sera ensuite exposé au musée de l’Homme, puis transféré au musée du quai Branly – Jacques Chirac à Paris. Longtemps présenté comme un « objet d’art africain », il était en réalité porteur d’une charge politique et symbolique ignorée du grand public européen.

Avec le rapport Savoy-Sarr commandé par la présidence française en 2018, la question des restitutions culturelles prend une dimension nouvelle. La Côte d’Ivoire, par l’intermédiaire de ses institutions culturelles et de ses diplomates, s’inscrit dans ce mouvement. La demande officielle de restitution du tambour Ayôkwé est formulée dès 2019. Elle aboutit, six ans plus tard, au vote de la loi spéciale qui permet aujourd’hui son retour.

Un symbole de coopération renouvelée

La restitution de cet objet hautement symbolique s’inscrit dans une volonté partagée de rééquilibrer les relations culturelles entre la France et la Côte d’Ivoire. Le président Alassane Ouattara, tout en saluant l’initiative, a insisté sur le caractère exemplaire de cette coopération. Du côté français, les autorités ont souligné que cette restitution s’inscrivait dans une politique plus large d’ouverture et de dialogue avec les pays africains.

Ce retour soulève également des enjeux locaux. Le tambour Djidji Ayôkwé rejoindra le Musée des Civilisations d’Abidjan, où il sera présenté au public dans un cadre muséographique rénové. Pour autant, des discussions sont en cours concernant son usage : faut-il le maintenir dans un espace muséal, ou envisager une forme de réintégration rituelle, respectueuse de ses fonctions traditionnelles ? Le débat, encore ouvert, révèle la complexité des restitutions : elles posent la question non seulement de la conservation, mais aussi de la transmission.

Une opportunité pour la valorisation des cultures locales

Ce retour offre à la Côte d’Ivoire une occasion unique de valoriser les savoirs et patrimoines issus des sociétés autochtones. Le cas du tambour parleur relance l’intérêt pour les langages traditionnels, la communication orale et les formes d’organisation précoloniales. Il interroge aussi le rôle des institutions culturelles dans la promotion des identités locales.

À travers cette restitution, la Côte d’Ivoire retrouve un élément structurant de sa mémoire. Le tambour Djidji Ayôkwé est porteur d’une histoire, d’une voix, d’un pouvoir. Son retour sur le sol ivoirien est une réparation symbolique, mais aussi un signal fort : celui d’un pays qui entend préserver et valoriser son patrimoine, dans un esprit de dialogue, de responsabilité et de réconciliation avec son histoire.

F. Kouadio
Cap’Ivoire Info / @CapIvoire_Info

📱 Version mobile accélérée (AMP)

Voir la version complète avec commentaires