Société

Recherche : Ebola, pourquoi les géants de l’industrie pharmaceutique ne se pressent pas

Par Charles Kouassi15 septembre 2014

A Bâle, on ne s’excite pas sur la recherche d’un vaccin ou d’un médicament contre l’Ebola. Car pour les géants, ce n’est tout simplement pas rentable. 

 

C’était en 1976, près du fleuve Ebola dans l’ex-Zaïre: le virus meurtrier frappait pour la première fois. Quarante ans plus tard, on dénombre 2300 morts en Afrique de l’Ouest, et toujours aucun remède ni vaccin. Pourtant, dans l’intervalle, 1500 nouveaux médicaments ont vu le jour. Dont 1% seulement concerne les maladies tropicales, grandes déshéritées de la recherche pharmaceutique.

De l’assistance scientifique

Chez Roche, on botte en touche: «Nous n’avons pas de programme de vaccins, explique Ulrike Engels-Lange, porte-parole. Quant aux médicaments, il est compliqué de démarrer une nouvelle recherche. L’Ebola ne fait pas partie de nos priorités.» Chez Novartis, on est plus prolixe mais pas plus productif: «Nous fournissons une assistance scientifique qui vise à porter un coup d’arrêt à l’épidémie, répond le porte-parole Patrick Barth. Nous travaillons avec l’Institut national américain de l’allergie et des maladies infectieuses. Et les chercheurs de Novartis Vaccins collaborent avec les scientifiques de l’Institut de recherche médicale sur les maladies infectieuses de l’armée américaine.» Voilà qui sonne bien. Mais lorsqu’on demande combien de scientifiques sont mobilisés sur ces opérations, Novartis invoque un laps de temps trop court pour répondre.

Dommage, car on aurait certainement eu la preuve que l’Ebola n’enthousiasme pas les foules du côté de Bâle. Et pour cause: «Ce n’est pas attractif du point de vue de la rentabilité, explique le Dr Christian Lach, gestionnaire pour la société d’investissements biomédicaux Adamant Biotechnical investments. Un médicament qui générerait entre 50 et 100 millions de francs de revenus ne serait attractif que pour les petites sociétés. Les géants de la pharma, eux, cherchent plutôt des blockbusters pour lesquels les clients paieront un bon prix.» Or les maladies tropicales frappent les plus pauvres. Ancien professionnel de la santé, Maurice Wagner défend les pharmas: «Il faut examiner 10 000 molécules pour arriver à un médicament. Et cela coûte entre un et deux milliards de francs. C’est logique que les grands groupes se focalisent sur la recherche thérapeutique dans un domaine d’activité bien précis.»

Les petites sociétés s’y mettent

Il ressort de ce pragmatisme que le salut ne viendra probablement pas des géants de la pharma, même si Sanofi-Aventis ou GlaxoSmithKline sont outillés pour la recherche vaccinale. Non, les candidats potentiels sont les petites sociétés biotechnologiques. Comme l’américaine Mapp biopharmaceutical par exemple, qui produit déjà un sérum efficace sur les singes et qui a été testé avec succès sur des humains contaminés. Mapp s’est vu offrir 42,3 millions de dollars du gouvernement américain pour poursuivre. Ou NewLink Genetics, qui en est à la première phase de développement clinique d’un vaccin. Sans oublier l’Institut Pasteur, qui transpose ses observations sur le terrain (32 instituts dans 25 pays) à la recherche fondamentale et thérapeutique.

Hier, la Suisse débloquait deux millions de francs supplémentaires pour l’aide directe sur le terrain. Mais les espoirs thérapeutiques, eux, ne viendront ni de Berne ni de Bâle.

afrikipresse avec lematin.ch

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