À première vue, le front fraîchement créé entre le PPACI de Laurent Gbagbo et le PDCI-RDA de Tidjane Thiam– ou plutôt ce qu’il en reste – pourrait sembler être un front de « réconciliation » et de « restauration démocratique ». En réalité, il ressemble davantage à un mariage de raison – ou plutôt d’illusion – bâti sur un seul objectif : « chasser le RHDP du pouvoir ». Voilà tout. Aucune vision commune, aucune ambition partagée pour le peuple, rien qu’un désir égoïste de revanche politique. Une alliance de façade, contre nature, et surtout sans avenir.
Le poids de l’histoire, le choc des ambitions
Comment croire aujourd’hui que Gbagbo et le PDCI, qui se sont livrés à une guerre froide pendant des décennies, puissent bâtir un projet commun cohérent ? Entre l’« ivoirité » du PDCI des années 90 et le discours anti-système de Gbagbo, les contradictions idéologiques et stratégiques sont flagrantes. Il ne s’agit pas d’un pacte pour la Côte d’Ivoire, mais d’un pacte contre Ouattara. Un pacte de vengeance politique.
Et d’ailleurs, où était la loyauté lorsque le PDCI soutenait Ouattara en 2010 contre Gbagbo ? Où était la cohérence quand Gbagbo appelait ses partisans à boycotter la CEI que le PDCI soutenait ? Ces deux formations se sont toujours tolérées du bout des lèvres. Aujourd’hui, elles se retrouvent, non par conviction, mais parce qu’elles n’ont plus rien à perdre.
Gbagbo, l’homme qui refuse de se reposer
En vérité, cette alliance a un nom : le retour obsessionnel de Laurent Gbagbo sur la scène politique. L’homme refuse de passer le flambeau. Après la CPI, après les échecs successifs du FPI, il revient avec un nouveau parti mais les mêmes recettes. L’éternelle volonté de revanche, le ressentiment érigé en programme. C’est cette posture rigide qui ravive des tensions, crispe le climat politique et oblige, malgré lui, le Président Ouattara à rester en sentinelle.
Souvenons-nous de ce qu’a dit le Président Alassane Ouattara en 2019 à Katiola :
« Si les gens de ma génération veulent continuer, je continuerai. »
Il ne l’a jamais caché : il est prêt à passer la main, à céder à une nouvelle génération, à condition que ses anciens rivaux en fassent de même. Mais non. Gbagbo, de retour d’un long exil judiciaire, réclame une revanche historique. Il n’est pas revenu pour écrire ses mémoires, mais pour reprendre le fauteuil.
Préserver la stabilité contre les aventures hasardeuses
Depuis 2011, la Côte d’Ivoire a avancé. La croissance économique, les infrastructures, l’éducation, la couverture maladie universelle, les réformes sociales : tout cela n’est pas sorti du chapeau d’un régime d’apparat. C’est le fruit de la stabilité. Ce que propose aujourd’hui cette alliance PDCI-PPACI, c’est un retour à l’incertitude, aux tensions d’antan, aux arrière-goûts de 1999, 2000, 2010.
Ouattara ne s’accroche pas au pouvoir par goût du pouvoir. Il s’y maintient par responsabilité historique, parce qu’il ne veut pas voir s’effondrer ce qu’il a patiemment construit. Son départ prématuré, face à l’activisme de Gbagbo, aurait ouvert la voie à une campagne basée sur le ressentiment, et non sur la vision.
Des faits, rien que des faits
En 2020, c’est le vide laissé par la disparition du Premier Ministre Gon Coulibaly – et l’absence de leadership alternatif fort – qui a conduit Ouattara à reprendre le flambeau.
En 2021, c’est la provocation du PPACI, son discours d’exclusion et son refus de reconnaître la légitimité des institutions qui a ravivé les tensions.
En 2025, c’est encore ce même duo PDCI-PPACI qui veut faire croire que leur alliance a pour but la démocratie, alors qu’ils n’ont jamais réussi à se la garantir l’un l’autre.
Conclusion : la Côte d’Ivoire mérite mieux
Ce que veulent les Ivoiriens, ce n’est pas un duel d’anciens combattants. Ce ne sont pas des alliances opportunistes faites sur le dos de la République. Ce qu’ils veulent, c’est la paix, le progrès, la modernité.
Le Président Ouattara incarne aujourd’hui la stabilité et la continuité, face à un binôme désespéré par le temps qui passe. Et tant que ceux de sa génération persisteront à courir après les fantômes du passé, il aura raison de poursuivre la marche, pour que la Côte d’Ivoire ne recule jamais. Point.
Une correspondance particulière de Jacob Koné Katina
Chroniqueur, Consultant en communication