L’expansion territoriale des groupes djihadistes en Afrique de l’Ouest a franchi un nouveau palier ces dernières années. Après avoir pris racine au Mali, au Burkina Faso et au Niger, les factions armées affiliées à l’État islamique et à Al-Qaïda multiplient désormais les incursions vers les pays du littoral, notamment la Côte d’Ivoire. Face à cette dynamique, les autorités ivoiriennes ont engagé un vaste renforcement de leur dispositif sécuritaire, tout en intensifiant leur coopération avec leurs voisins et leurs partenaires internationaux.
Le Golfe de Guinée : un objectif stratégique
Depuis 2016, plusieurs groupes armés djihadistes, ont entrepris une poussée vers le sud, en direction du Golfe de Guinée. L’objectif est clair : ouvrir un accès stratégique à l’Atlantique, au-delà de la zone sahélienne, afin d’y établir de nouveaux sanctuaires, diversifier les routes logistiques et accéder à des ressources économiques plus importantes.
Dans cette perspective, la Côte d’Ivoire, comme le Bénin, le Ghana et le Togo, représente un maillon crucial de ce corridor d’expansion. Les régions frontalières du nord, notamment celles de la Bagoué et du Bounkani, offrent un relief accidenté, une couverture forestière et parfois un maillage administratif limité, qui peuvent faciliter l’infiltration ou l’implantation de cellules dormantes.
Une réponse sécuritaire à la mesure de la menace
Les autorités ivoiriennes ont été parmi les premières, dans la région, à adapter leur stratégie sécuritaire face à cette menace évolutive. Depuis les attaques meurtrières de Kafolo en 2020, la Côte d’Ivoire a renforcé la présence de ses forces dans les zones à risque.
Des bases militaires avancées, dotées de moyens de surveillance et d’intervention rapide, ont été installées à Kafolo, Téhini, Tougbo et dans d’autres localités sensibles proches de la frontière burkinabè. Ces positions sont occupées par des unités spéciales formées à la lutte anti-insurrectionnelle, capables d’intervenir en terrain difficile.
En parallèle, le pays s’est doté d’un outil stratégique de long terme avec la création de l’Académie internationale de lutte contre le terrorisme (AILCT) à Jacqueville. Cette structure, fruit d’un partenariat entre la Côte d’Ivoire et la France, accueille des stagiaires venus de toute l’Afrique de l’Ouest et dispense des formations en renseignement, gestion de crise, déradicalisation et sécurité intérieure.
Une coopération régionale en renforcement
Consciente que la menace dépasse les frontières nationales, la Côte d’Ivoire s’est inscrite dans l’Initiative d’Accra, qui réunit plusieurs pays côtiers, Ghana, Togo, Bénin, autour d’objectifs communs : échange d’informations, opérations conjointes de surveillance, coordination des ripostes transfrontalières.
À l’échelle continentale, les mécanismes de sécurité portés par la CEDEAO et la Commission du Golfe de Guinée peinent encore à se structurer pleinement, mais les efforts d’harmonisation se poursuivent. L’un des axes majeurs reste le renforcement de la sécurité maritime, pour éviter que les routes logistiques des groupes armés ne s’étendent aux couloirs côtiers.
Un appui international maintenu malgré les mutations géopolitiques
Sur le plan international, la Côte d’Ivoire a su préserver ses relations stratégiques avec ses partenaires occidentaux, en particulier la France et les États-Unis. Depuis le nouveau dispositif de l’armée française en Afrique, la coopération s’est recentrée autour de la Direction de la coopération de sécurité et de défense (DCSD), toujours active dans l’accompagnement des forces locales.
De leur côté, les États-Unis, après leur retrait du Niger en 2025, ont entamé un redéploiement de leurs moyens vers la Côte d’Ivoire, avec l’ambition d’implanter des unités de renseignement et de surveillance dans le nord-ouest, notamment autour d’Odienné, identifié comme zone vulnérable. Le pays accueille également l’exercice militaire multinational Flintlock, organisé par l’Africom, qui réunit chaque année des contingents africains et occidentaux pour simuler des opérations antiterroristes.
Une posture crédible face à une menace mouvante
Aujourd’hui, la Côte d’Ivoire fait figure d’exemple dans la sous-région. Sa stratégie allie capacité de réaction rapide, ancrage régional, et coopération structurée avec les puissances alliées. Le pays investit également dans la prévention de la radicalisation, en renforçant la présence de l’État dans les zones les plus éloignées et en soutenant des projets communautaires à vocation sociale et éducative.
Mais les groupes djihadistes ont prouvé, dans d’autres contextes, leur résilience et leur capacité d’adaptation. La vigilance reste donc de mise, notamment à l’approche d’échéances électorales ou dans les périodes de fragilité sociale.
Une stabilité à préserver collectivement
La sécurité des pays du Golfe de Guinée est désormais intimement liée à la stabilité du Sahel. La Côte d’Ivoire l’a compris très tôt. En misant sur l’anticipation, la coopération et la fermeté, elle s’efforce de préserver un équilibre régional menacé par la porosité des frontières et les alliances mouvantes des groupes armés.
Dans un contexte géopolitique en recomposition, où les rapports entre puissances extérieures et États africains évoluent rapidement, la construction d’une souveraineté sécuritaire durable passe aussi par l’unité des pays de la région. C’est sur ce socle, à la fois national et régional, que la Côte d’Ivoire entend bâtir sa défense, et préserver la paix sur son territoire comme dans son voisinage.
F. Kouadio
Cap’Ivoire Info / @CapIvoire_Info