Opinion

Pourquoi la Côte d’Ivoire se tient à distance du groupe des BRICS

Par La Rédaction16 juillet 2025

Alors que plusieurs pays du continent africain manifestent un intérêt croissant pour le groupe des BRICS, la Côte d’Ivoire, elle, adopte une position de prudente réserve. Dans un contexte international marqué par le retour des blocs et la montée des puissances émergentes, ce choix s’inscrit dans une stratégie diplomatique cohérente, fondée sur la préservation des équilibres, la diversification des partenariats et la défense de la souveraineté économique.

Une alliance encore instable et peu structurée

Depuis sa création, le groupe des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) revendique la volonté de rééquilibrer la gouvernance mondiale en offrant une alternative à l’ordre dominé par les puissances occidentales. Toutefois, malgré leur poids économique cumulé, les BRICS peinent à se structurer comme un bloc homogène. Leurs divergences internes, qu’il s’agisse des rivalités géopolitiques entre la Chine et l’Inde, ou des approches économiques distinctes, limitent leur capacité à proposer un agenda commun clair.

Pour des États africains soucieux de stabilité et d’efficacité, ces incertitudes freinent l’adhésion. À l’instar de la Côte d’Ivoire, plusieurs gouvernements préfèrent attendre des gages concrets d’organisation, de gouvernance partagée et d’impact réel avant de s’engager dans une telle alliance.

La Chine, moteur économique et diplomatique du groupe

Dans le fonctionnement actuel des BRICS, la Chine occupe une place prépondérante. Première puissance économique du groupe, Pékin y joue un rôle moteur, aussi bien sur le plan financier qu’institutionnel. Cette dynamique, si elle peut être perçue comme une opportunité par certains, suscite également des interrogations sur les véritables équilibres au sein du groupe.

En Afrique, la Chine est un acteur central, partenaire économique de premier plan dans de nombreux pays, dont la Côte d’Ivoire. Mais Abidjan a toujours veillé à inscrire cette relation dans un cadre bilatéral maîtrisé, reposant sur des projets d’infrastructure, d’énergie et de coopération technique encadrés. Rejoindre les BRICS reviendrait à intégrer un cadre plus large, potentiellement influencé par les priorités stratégiques chinoises, au risque d’une perte de marge de manœuvre diplomatique.

Une diplomatie ivoirienne tournée vers la diversification et la rigueur

La politique étrangère de la Côte d’Ivoire repose sur une logique de diversification des partenariats, articulée autour de principes de transparence, de performance économique et de stabilité politique. Ce positionnement a permis au pays d’attirer des investissements variés, aussi bien d’Europe, d’Amérique du Nord que d’Asie, tout en renforçant son ancrage dans les institutions multilatérales.

Abidjan privilégie les cadres de coopération qui offrent des garanties sur la gouvernance, les mécanismes de financement et le respect de la souveraineté des États. Or, les BRICS ne répondent pas encore pleinement à ces exigences. L’absence de cadre économique harmonisé, de système financier opérationnel et d’objectifs clairs en matière de développement freine toute ambition d’adhésion immédiate.
Préserver la souveraineté dans un monde multipolaire

En choisissant de ne pas rejoindre pour l’instant le groupe des BRICS, la Côte d’Ivoire ne rejette pas l’idée d’un monde multipolaire. Au contraire, elle affirme son attachement à une gouvernance internationale plus équilibrée, mais dans un cadre où les intérêts nationaux restent préservés.
Face aux recompositions géopolitiques en cours, ce positionnement traduit une diplomatie de la maîtrise, fondée sur la souveraineté, la rigueur économique et la cohérence stratégique. Il ne s’agit pas d’un repli, mais d’un choix réfléchi, guidé par les priorités nationales de développement, de sécurité et de rayonnement régional.

Une correspondance particulière de F. Kouadio
Cap’Ivoire Info / @CapIvoire_Info

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