Afrique

Pharmacies : la Côte d’Ivoire assume une ouverture déjà en marche dans l’espace UEMOA

Par Charles Kouassi8 juin 2025

L’adoption récente par le Sénat de trois projets de lois relatifs à l’exercice de la médecine et de la pharmacie, à l’initiative du ministre Pierre Dimba au nom du gouvernement ivoirien , marque un tournant stratégique dans le renforcement du système de santé ivoirien. Parmi ces textes, la réforme de l’accès à la profession pharmaceutique dans l’espace UEMOA attire particulièrement l’attention. Loin d’une rupture ou d’un danger pour la souveraineté nationale, il s’agit d’une mise à jour légale d’une réalité déjà existante depuis 2015, qui se révèle favorable au rayonnement de la Côte d’Ivoire dans la sous-région.

Depuis près de dix ans, des groupes pharmaceutiques ivoiriens se sont installés dans plusieurs pays voisins, avec succès. De même, cinq pharmaciens issus d’autres États membres de l’UEMOA exercent déjà sur le territoire ivoirien, sans que cela ait suscité de tensions ou de déséquilibres. L’ouverture régulée de la profession dans l’espace communautaire est une réalité de terrain, que la nouvelle loi ne fait que consacrer juridiquement.

Une réforme encadrée et favorable à l’intégration

La levée des restrictions de nationalité pour les pharmaciens de l’UEMOA n’est pas une dérégulation. Elle est encadrée par des conditions strictes : respect des règles déontologiques, inscription à l’Ordre national des pharmaciens, principe de réciprocité pour les pays hors UEMOA. Ce n’est donc ni une libéralisation sauvage ni une brèche contre l’intérêt national, mais une adaptation raisonnée aux engagements communautaires.

La modification de l’article 18 de la loi de 2015 pour permettre l’intégration des ressortissants de l’UEMOA à l’Ordre national des pharmaciens est, elle aussi, un levier d’harmonisation professionnelle et de coopération régionale. La Côte d’Ivoire, moteur de l’UEMOA, ne peut pas réclamer le leadership régional tout en se montrant frileuse sur des principes qu’elle applique déjà.

Un faux débat sur le souverainisme

Opposer cette réforme à une prétendue défense souverainiste de la pharmacie est un contresens. Aucun droit fondamental n’est bradé, aucune compétence locale n’est menacée. Bien au contraire, cette réforme permet de renforcer la compétitivité des pharmaciens ivoiriens en leur garantissant un cadre régional d’exercice déjà utilisé par plusieurs d’entre eux. Elle élargit également les possibilités de formation, d’échanges professionnels et de mutualisation des savoirs.

Un signal de cohérence juridique

Enfin, il faut rappeler que la Côte d’Ivoire était interpellée depuis plusieurs années pour ne pas avoir transposé dans sa législation nationale des règles communautaires qu’elle appliquait pourtant dans la pratique. L’adoption de ces lois vient donc corriger une incohérence juridique, tout en confirmant la volonté de l’État de respecter ses engagements régionaux.

La réforme de l’exercice de la profession de pharmacien dans l’espace UEMOA est nécessaire, mesurée et bénéfique. Elle ne remet pas en cause la souveraineté de la Côte d’Ivoire, ni les capacités des professionnels locaux. Elle confirme plutôt son rôle de pays leader dans l’intégration régionale. La Côte d’Ivoire fait le choix de la clarté, de la coopération et de la performance, qui mérite d’être mieux comprise , loin des procès d’intention et des amalgames avec le contexte socio politique déjà fragile. 

Charles Kouassi 

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