Économie

Pêche : un nouvel accord UE-Côte d’Ivoire gagnant-gagnant pour le port et l’économie ivoirienne

Par Charles Kouassi13 juin 2025

Le 11 juin 2025, la Côte d’Ivoire et l’Union européenne (UE) ont signé à Bruxelles un nouveau protocole d’accord de partenariat de pêche durable. Ce texte, d’une durée de cinq ans, ne se limite pas à une simple contribution financière de 3 millions d’euros. Il marque une avancée stratégique importante pour le développement du secteur halieutique ivoirien et la modernisation du port d’Abidjan.

Le nouveau protocole de pêche signé entre l’UE et la Côte d’Ivoire va bien au-delà de la compensation financière : il renforce la position du port d’Abidjan, deuxième port thonier au monde après le Japon, soutient la pêche durable et renforce la coopération bilatérale.

Un cadre renouvelé, des ambitions renforcées

Conclu dans le cadre de l’Accord de partenariat de pêche durable (APPD), ce protocole permettra à 31 navires européens – majoritairement espagnols, portugais et français – d’exploiter des espèces de thon et des espèces apparentées dans la zone économique exclusive (ZEE) de la Côte d’Ivoire. En contrepartie, l’Union européenne versera une compensation annuelle de 600 000 euros, soit 3 millions d’euros sur l’ensemble de la durée du protocole. Toutefois, cet aspect financier n’est que la partie visible d’un accord beaucoup plus large.

En effet, le texte intègre un volet essentiel de coopération sectorielle, à travers une dotation de 250 000 euros par an destinée à soutenir le développement durable de la pêche artisanale, la recherche scientifique, la surveillance maritime et le renforcement des capacités des acteurs locaux.

Modernisation et retombées économiques pour le port d’Abidjan

Le protocole vise à maximiser les retombées économiques pour la Côte d’Ivoire, en valorisant les activités de débarquement, de transformation et de commercialisation du poisson au niveau local. Le port d’Abidjan, déjà reconnu comme une plateforme thonière régionale majeure, bénéficiera directement de l’augmentation du volume de débarquement, des investissements en infrastructures frigorifiques, ainsi que du renforcement des contrôles sanitaires et de la traçabilité.

La modernisation des installations portuaires, le recours accru à la main-d’œuvre locale et la croissance de l’industrie de la pêche sont autant de moteurs de création d’emplois durables. Ce nouveau protocole s’inscrit donc dans une logique de co-développement et de soutien à l’économie bleue ivoirienne.

Une approche durable et responsable

À la différence de certains accords critiqués dans le passé, ce protocole met l’accent sur la durabilité des ressources halieutiques. L’Union européenne et la Côte d’Ivoire s’engagent à collaborer étroitement pour assurer un suivi rigoureux des captures, lutter contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN), et améliorer la gouvernance maritime.

Le Centre de recherche océanologique d’Abidjan (CRO) et les structures de surveillance de la Direction des pêches seront directement impliqués dans la collecte de données et l’évaluation scientifique des stocks, afin de garantir une exploitation rationnelle et équitable des ressources.

Un levier diplomatique et stratégique

Au-delà des aspects économiques et environnementaux, le nouvel accord reflète aussi une volonté politique de renforcer les relations entre la Côte d’Ivoire et l’Union européenne. Il témoigne d’un partenariat fondé sur la transparence, le respect mutuel et la recherche d’un équilibre entre intérêts économiques et exigences écologiques.

En consolidant son rôle de hub halieutique en Afrique de l’Ouest, la Côte d’Ivoire affirme sa position stratégique dans les politiques de pêche régionale, tout en attirant des investissements structurants pour son économie.

Le protocole de pêche signé entre la Côte d’Ivoire et l’Union européenne ne doit pas être réduit à une simple enveloppe de 3 millions d’euros. Il représente un outil de développement intégré, alliant retombées portuaires, emploi local, durabilité environnementale et diplomatie économique. Il traduit une vision partagée d’un avenir maritime plus juste, plus productif et plus durable pour la Côte d’Ivoire.

Charles Kouassi

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