Afrique

Nord Bénin : une percée djihadiste révélatrice de l’isolement sécuritaire régional

Par La Rédaction30 avril 2025

Le 17 avril 2025, le Bénin a subi l’une des attaques les plus meurtrières de son histoire récente. Deux postes militaires situés dans la région frontalière nord, à proximité du Burkina Faso et du Niger, ont été simultanément attaqués par des groupes armés à moto. L’opération, revendiquée par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, a coûté la vie à 54 soldats béninois. C’est, à ce jour, l’attaque la plus sanglante enregistrée dans cette zone.

Cette escalade fait suite à d’autres incidents violents dans le nord du pays. En janvier, une embuscade similaire avait déjà fait 28 morts parmi les forces béninoises. Le rythme et l’intensité des attaques témoignent d’une capacité offensive accrue des groupes djihadistes, désormais bien implantés à la lisière du golfe de Guinée.

Depuis plusieurs années, les parcs transfrontaliers de la Pendjari et du W, partagés entre le Bénin, le Burkina Faso et le Niger, sont utilisés par ces groupes comme zones de refuge. Ces vastes étendues boisées, difficilement contrôlables, constituent des bases arrière idéales pour lancer des incursions dans les pays côtiers.

Mais le problème dépasse la géographie. Selon les autorités béninoises, la rupture de la coopération militaire avec les pays sahéliens voisins est l’un des principaux facteurs expliquant la détérioration sécuritaire. Le porte-parole du gouvernement, Wilfried Léandre Houngbédji, a lui-même souligné que la situation aurait pu être différente si des mécanismes de collaboration étaient toujours en place.

Or, depuis la prise de pouvoir par les juntes au Burkina Faso et au Niger, les relations diplomatiques se sont considérablement tendues. Ces régimes militaires accusent le Bénin de connivence avec des acteurs extérieurs qu’ils jugent hostiles, ce qui a entraîné la suspension des efforts conjoints de sécurisation des frontières.
Dans le même temps, les chiffres confirment l’aggravation du contexte régional. En 2024, le Sahel a concentré plus de 50 % des morts liées au terrorisme dans le monde. Le Burkina Faso, en particulier, est devenu le pays le plus touché au niveau mondial.

Les groupes djihadistes, en profitant du vide laissé par les États fragilisés et le repli des alliances sécuritaires, étendent désormais leur influence vers le sud. Ils s’ancrent dans les zones délaissées, établissent des connexions avec les communautés locales, et sapent l’action des forces régulières par la peur et la propagande.

Jusqu’à récemment, des opérations militaires conjointes comme Taanli ou Sama permettaient encore une coordination entre les armées sahéliennes et côtières. Mais ces efforts ont été interrompus. L’Alliance des États du Sahel (AES), dans une logique d’autonomisation, agit désormais seule, laissant les pays du littoral, comme le Bénin, exposés et sans soutien opérationnel.

Ce retrait stratégique, justifié au nom de la souveraineté, se traduit aujourd’hui par un isolement dangereux. Alors que la CEDEAO célèbre ses 50 ans, ses anciens membres du nord, devenus des zones de transit pour les groupes terroristes, fragilisent l’ensemble de la sous-région.

Seul face à une menace transnationale, le Bénin tente de contenir l’avancée des groupes djihadistes. Mais sans coordination régionale, la tâche s’annonce titanesque.

F. Kouadio – Cap’Ivoire Info
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