Opinion

Niger: l’AES peine à démontrer sa solidarité

Par La Rédaction2 novembre 2025

Deux ans après le renversement du président Mohamed Bazoum, le Niger demeure confronté à une crise sécuritaire persistante. Malgré les annonces répétées du général Abdourahamane Tiani, les violences continuent de s’intensifier dans la région de Tillabéri, au cœur de la zone dite des « trois frontières » avec le Mali et le Burkina Faso. Les promesses d’une nouvelle ère sécuritaire portée par l’Alliance des États du Sahel (AES) tardent à se concrétiser.

Une insécurité toujours plus meurtrière

À son arrivée au pouvoir, le 1ᵉʳ août 2023, le général Tiani avait remplacé les gouverneurs civils des huit régions du pays par des officiers de l’armée, affirmant vouloir mieux coordonner la lutte contre les groupes armés. Deux ans plus tard, les attaques demeurent fréquentes. Selon les données de l’ONG Armed Conflict Location & Event Data (ACLED), environ 1 800 personnes ont été tuées depuis octobre 2024, principalement dans la région de Tillabéri. Les groupes affiliés à l’État islamique au Sahel ont étendu leurs opérations vers Tahoua et Dosso, jusque-là épargnées.

Dans un rapport publié le 10 septembre 2025, Human Rights Watch a documenté cinq attaques majeures perpétrées depuis mars 2025, ayant causé la mort d’au moins 127 civils. L’ONG souligne le manque de réaction des forces nigériennes, malgré les alertes émises par les habitants. Le 10 septembre, 27 soldats ont également été tués dans une embuscade dans l’ouest du pays. Cinq jours plus tard, 22 civils ont trouvé la mort lors d’une cérémonie de baptême dans la région de Tillabéri, selon le média local El Maestro TV.

Début octobre, l’assassinat du maire d’Ayorou, Aliou Oumarou, par des combattants de l’État islamique au Sahel, a symbolisé la vulnérabilité des représentants locaux face à l’insécurité.

Les forces gouvernementales mises en cause

Si les attaques djihadistes restent la principale cause des pertes civiles, l’armée nigérienne est également accusée de bavures. Le 22 septembre 2025, une frappe aérienne dans le département de Kourfeye, dans la région de Tillabéri, a provoqué la mort d’une quarantaine de villageois. Entre juillet 2023 et novembre 2024, plus de 600 civils auraient été tués lors d’opérations militaires, selon des données reprises par plusieurs médias citant ACLED.

Cette situation alimente la lassitude d’une partie de la population et même de figures proches du pouvoir. Le militant Maïkoul Zodi, habituellement favorable à la junte, s’est publiquement interrogé sur « l’efficacité réelle » de la politique sécuritaire du régime.

Une solidarité sahélienne en question

Confronté à la dégradation de la situation, le général Tiani a multiplié les déplacements à Bamako et Ouagadougou pour relancer la coopération militaire avec ses alliés de l’AES. Le 30 septembre, il a annoncé la mise en place d’un commandement unifié basé à Niamey, censé coordonner une force conjointe de 5 000 soldats issus du Niger, du Mali et du Burkina Faso.

Mais sur le terrain, la coopération reste limitée. Chacun des trois États se concentre sur ses priorités internes : au Mali, le général Assimi Goïta fait face à la poussée des groupes armés dans le centre ; au Burkina Faso, les forces gouvernementales peinent à contenir les attaques dans l’est et le nord du pays. Les ambitions d’une force sahélienne intégrée demeurent donc largement déclaratives.

Lors du Forum de Lomé sur la sécurité en Afrique (11–12 octobre 2025), le ministre nigérien des Affaires étrangères a évoqué la nécessité d’un soutien international, signe des limites de la solidarité interne au bloc sahélien.

Tensions au sein du pouvoir

Alors que la situation sécuritaire se détériore, le général Tiani fait face à des tensions croissantes au sein de son gouvernement. Selon plusieurs sources, une partie des officiers plaide pour un calendrier de transition politique, tandis que d’autres refusent toute ouverture. Début octobre, lors d’un déplacement à Tillabéri, le chef de l’État aurait sévèrement critiqué certains ministres, dont Salifou Mody, ministre de la Défense et ancien ambassadeur à Moscou, réputé proche des cercles sécuritaires russes.

Un pouvoir isolé

Malgré le discours sur la « souveraineté retrouvée », le régime du général Tiani apparaît de plus en plus isolé. Sur le plan intérieur, la défiance grandit ; sur le plan régional, l’AES peine à démontrer une solidarité concrète. Deux ans après le coup d’État, la promesse d’un Sahel uni face au terrorisme reste lettre morte, tandis que les populations du Niger continuent d’en payer le prix.

Une correspondance de F. Kouadio
Cap’Ivoire Info / @CapIvoire_Info

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