Économie

Niger – Chine : bras de fer autour du pétrole, la souveraineté économique à quel prix ?

Par La Rédaction26 mai 2025

Depuis le coup d’État de juillet 2023, les autorités nigériennes, désormais membres de l’Alliance des États du Sahel (AES), ont engagé une vaste révision de leurs partenariats stratégiques. Parmi les secteurs concernés, celui du pétrole cristallise une tension grandissante avec la Chine, acteur historique et majeur de l’exploitation des ressources nigériennes.

CNPC dans la tourmente : vers une rupture énergétique ?

La China National Petroleum Corporation (CNPC), via sa filiale CNPC Niger Petroleum SA, est au cœur de cette crise diplomatique et économique. Présente dans le pays depuis plus d’une décennie, l’entreprise a financé et construit le pipeline géant Niger-Bénin, long de 2 000 km, achevé en 2023. Cette infrastructure, essentielle pour l’exportation du brut nigérien vers le port béninois de Sèmè, symbolisait alors l’intégration du Niger dans le marché pétrolier mondial. Mais aujourd’hui, ce partenariat semble s’effriter.

Expulsions, contentieux et exigences de souveraineté

En mars 2025, Niamey a expulsé trois cadres chinois de la CNPC, invoquant des manquements graves aux règles de contenu local, notamment des inégalités salariales persistantes entre expatriés et travailleurs nationaux.

Nouveau rebondissement : le 23 mai 2025, les autorités nigériennes ont exigé le départ de tous les expatriés présents depuis plus de quatre ans dans le secteur pétrolier, y compris chez les sous-traitants. Cette décision s’appuie sur une ordonnance d’août 2024, imposant la nationalisation progressive des emplois dans les secteurs stratégiques.

Dans une note officielle adressée au Directeur général de la CNPC Niger, le gouvernement précise que les contrats des expatriés concernés seront résiliés à compter du 8 mai 2025, et que ces derniers devront quitter le territoire nigérien au plus tard le 31 mai. Le Ministre du Pétrole a dénoncé le « mépris » de l’entreprise chinoise à l’égard des lois locales et de la souveraineté nationale.

Une stratégie risquée aux conséquences incertaines

Si la rhétorique patriotique séduit une partie de l’opinion publique, ces décisions soulèvent plusieurs inquiétudes. En s’attaquant frontalement à un partenaire comme la Chine – pilier de l’infrastructure pétrolière nigérienne – le Niger s’expose à de sérieuses représailles économiques, voire à des ruptures d’approvisionnement logistique.

Le pipeline Niger-Bénin, exploité par la CNPC, reste la principale voie d’exportation du brut nigérien. Le saboter indirectement par des tensions prolongées pourrait isoler davantage le pays et fragiliser ses ambitions de développement, dans une région sahélienne déjà minée par l’insécurité et les sanctions.

Souveraineté ou isolement ?

Le Niger se dit en quête de souveraineté économique. Mais cette souveraineté est-elle viable si elle passe par la rupture brutale avec ses partenaires industriels ? Le bras de fer engagé avec Pékin pourrait bien redessiner l’équilibre géoéconomique du Sahel – avec un coût potentiellement lourd pour Niamey.

Une correspondance particulière de F. KOUADIO Cap’Ivoire Info / @CapIvoire_Info

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