Opinion

Mali: un pays sous blocus, entre villages abandonnés et capitale préservée

Par La Rédaction25 novembre 2025

Le blocus imposé sur le carburant par le JNIM plonge le Mali dans une crise profonde dont les effets se font sentir bien au-delà des zones de conflit. Tandis que Bamako demeure relativement protégée par la junte, une grande partie du territoire s’enfonce dans l’isolement, la pénurie et l’insécurité. La fracture entre capitale et régions rurales n’a jamais été aussi visible.

Depuis quatre mois, les attaques se multiplient dans le sud, notamment autour de Loulouni, à une cinquantaine de kilomètres de la frontière ivoirienne. Dans cette localité et ses villages voisins, les habitants vivent au rythme des incursions jihadistes. Faute de présence des Forces armées maliennes et de leurs alliés russes, des groupes de chasseurs dozos tentent de faire barrage, sans moyens adaptés face à une organisation désormais installée. Le JNIM y a établi des postes, contrôle les mouvements et diffuse des images de ses combattants paradant dans les rues, symbole d’une implantation désormais assumée.

Dans plusieurs localités du centre et du sud, les témoignages se multiplient. Des habitants évoquent des conditions de vie intenables, entre absence d’électricité, stations-service vides et impossibilité de se ravitailler. À Mopti, un imam devenu malgré lui porte-voix de la population dénonce “une ville abandonnée”, implorant les autorités de rétablir au moins l’accès au carburant. Des voix plus inattendues, comme celle de Miss Mali 2024, rappellent que la crise se joue loin de Bamako, dans des régions privées de services essentiels depuis des semaines.

Plusieurs zones impactées par la crise

La situation est tout aussi critique dans le village de Saye, sous blocus total depuis près de deux mois. Les circuits d’approvisionnement y sont coupés, plongeant les habitants dans une détresse humanitaire sévère. Dans de nombreuses zones rurales, écoles, centres de santé et marchés fonctionnent au ralenti, voire plus du tout.

Cette pression s’accentue depuis que le JNIM a décidé de considérer les chauffeurs routiers, maliens ou étrangers, comme des “cibles militaires”. Plusieurs chauffeurs ivoiriens et sénégalais ont déjà été tués ou enlevés. Les camions citernes circulent encore par endroits sous escorte, mais ces mouvements restent rares et ne suffisent pas à alimenter un pays entièrement dépendant de ses importations.

Le soutien du contingent russe, désormais regroupé sous l’appellation Africa Corps, se fait discret sur le terrain

Face à cette escalade, les limites de la réponse sécuritaire apparaissent clairement. Alors que le gouvernement affirmait récemment que le pays faisait face à de simples “perturbations”, le manque de carburant est désormais généralisé dès que l’on quitte Bamako. Dans certaines villes du sud, comme Koutiala, toutes les stations sont à sec. Dans d’autres, seules les autorités militaires parviennent à être ravitaillées.

Très attendu, le soutien du contingent russe, désormais regroupé sous l’appellation Africa Corps, se fait discret sur le terrain. Présenté comme le remplaçant de Wagner, il concentre l’essentiel de ses moyens autour du site minier d’Intahaka, où une activité renforcée est observée depuis plusieurs semaines. Cette priorité accordée à la sécurisation de l’or interroge, alors même que les convois civils continuent de tomber sous les attaques jihadistes.

Lire aussi : Pénurie de carburant au Mali : où est passé l’allié stratégique russe face à une crise qui s’éternise ?

Pour de nombreux observateurs, le constat s’impose: la progression du JNIM est facilitée par l’absence d’opérations conjointes d’envergure entre les FAMa et leurs partenaires étrangers. Pendant que Bamako reste relativement épargnée, les régions rurales se vident, les routes se ferment et les populations, livrées à elles-mêmes, tentent de survivre dans un pays fragmenté par le blocus, la violence et l’effondrement des services essentiels.

Une correspondance particulière de F. Kouadio
Cap’Ivoire Info / @CapIvoire_Info

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