Opinion

Mali : trois chauffeurs ivoiriens tués dans une attaque entre Sikasso et Bougouni

Par La Rédaction23 septembre 2025


Trois conducteurs ivoiriens employés par la société de transport Civotech ont trouvé la mort dimanche 21 septembre 2025 sur l’axe routier reliant Sikasso à Bougouni, au sud du Mali. Leurs camions-citernes, chargés de bitume, ont été interceptés puis incendiés par des assaillants armés identifiés comme membres de groupes jihadistes. Cet acte s’inscrit dans une stratégie plus large du JNIM, qui cherche à affaiblir l’économie malienne en frappant les corridors vitaux reliant Bamako à ses partenaires régionaux.

Une embuscade meurtrière sur un axe fréquenté

Selon des sources locales, les camions de Civotech avaient quitté la frontière ivoirienne pour approvisionner des chantiers maliens en bitume. À une cinquantaine de kilomètres de Sikasso, ils ont été contraints de s’arrêter par des hommes armés circulant à moto et dans des véhicules tout-terrain. Les assaillants ont ouvert le feu pour immobiliser le convoi, puis incendié trois citernes. Les conducteurs ivoiriens, pris au piège, n’ont pas survécu.

Des témoins affirment que certains membres du convoi ont pu s’échapper et alerter les autorités locales. Les victimes, toutes de nationalité ivoirienne, étaient des chauffeurs routiers expérimentés, habitués de cette route commerciale considérée jusqu’ici comme relativement sécurisée par rapport aux zones plus au nord.

La stratégie du JNIM : étouffer Bamako par l’économie

Le choix de l’axe Sikasso–Bougouni n’est pas anodin. Cette route constitue un passage clé vers la capitale malienne, par où transitent chaque jour des cargaisons de carburant, de matériaux de construction et de denrées alimentaires. En frappant des convois civils sur cet itinéraire, le JNIM confirme une stratégie désormais bien identifiée : affaiblir économiquement Bamako.

Affilié à Al-Qaïda, le JNIM a longtemps concentré ses attaques sur le centre et le nord du Mali. Mais depuis 2023, le mouvement a étendu son champ d’action vers le sud. Son objectif est double : démontrer que l’État malien reste impuissant à protéger ses grands axes, et accentuer la pression économique sur une capitale enclavée, dépendante des importations acheminées par ses voisins.
Dans ce cadre, les convois de marchandises deviennent des cibles privilégiées. Le sabotage de camions-citernes chargés de bitume s’inscrit dans cette logique : en détruisant un produit stratégique pour les travaux d’infrastructures, les jihadistes cherchent à ralentir la modernisation du pays et à saper la confiance des investisseurs.

Une économie déjà fragilisée

Le Mali traverse une situation économique complexe. Les sanctions régionales imposées par la CEDEAO en 2022, bien que levées par la suite, ont pesé lourdement sur ses finances et ses circuits commerciaux. Le pays reste très dépendant du port d’Abidjan et, dans une moindre mesure, de celui de Dakar pour ses importations.

Chaque perturbation du trafic routier accroît la vulnérabilité de Bamako. Les denrées alimentaires, le carburant et les matériaux de construction sont directement concernés. Les attaques contre des convois de transporteurs comme Civotech ne se limitent donc pas à des pertes humaines ou matérielles : elles participent à une stratégie d’asphyxie économique qui touche au quotidien des millions de Maliens.

Des répercussions pour la Côte d’Ivoire
Pour la Côte d’Ivoire, cette attaque meurtrière est un signal d’alarme. Le corridor Abidjan–Bamako est l’un des plus importants de la sous-région. Des milliers de camions l’empruntent chaque année, transportant des produits de consommation, des intrants agricoles et des matériaux essentiels au fonctionnement de l’économie malienne.

La mort de trois chauffeurs ivoiriens rappelle la vulnérabilité de ces travailleurs, souvent en première ligne dans les zones d’insécurité. Elle pose aussi la question de la sécurisation des corridors commerciaux. Abidjan, qui joue un rôle de hub régional, ne peut ignorer que l’instabilité malienne a désormais des répercussions directes sur ses ressortissants et sur la fluidité des échanges.

Silence officiel et inquiétude sur le terrain

Au lendemain de l’attaque, ni les autorités maliennes ni les autorités ivoiriennes n’avaient encore communiqué officiellement sur le drame. Mais dans les régions frontalières, la crainte est palpable. Des transporteurs interrogés redoutent que les violences, autrefois concentrées dans le nord, ne gagnent durablement le sud du Mali, mettant en péril la principale artère économique reliant Bamako à ses voisins.
Les familles des victimes attendent le rapatriement des corps. À Abidjan comme à Sikasso, le choc est profond. Pour beaucoup, cette tragédie symbolise l’élargissement du champ d’action des groupes armés et l’incapacité des dispositifs sécuritaires actuels à contenir la menace.

L’attaque du 21 septembre entre Sikasso et Bougouni n’est pas un acte isolé. Elle s’inscrit dans une stratégie délibérée du JNIM visant à faire des routes commerciales des zones d’insécurité, et à étouffer Bamako par l’économie. En ciblant des convois civils, les jihadistes montrent qu’ils entendent frapper non seulement l’État malien, mais aussi ses partenaires régionaux.

Pour la Côte d’Ivoire, la mort de trois de ses ressortissants rappelle l’urgence de renforcer la coopération sécuritaire et de protéger les corridors vitaux pour les échanges. Pour le Mali, elle souligne une réalité : la guerre ne se joue pas seulement sur le terrain militaire, mais aussi sur la capacité de l’État à garantir la sécurité de ses routes et de ses approvisionnements.

Une correspondance particulière de Fleur Kouadio
Rédactrice en chef – Cap Ivoire Info

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