En ce début d’année 2026, le Mali reste confronté à une pénurie persistante de carburant, devenue structurelle. Plus d’un an après l’instauration officielle du rationnement, la situation ne montre aucun signe d’amélioration durable. Au contraire, les difficultés d’approvisionnement s’aggravent, dans un contexte sécuritaire toujours dégradé sur les principaux axes logistiques du pays. Vue depuis Abidjan, cette crise prolongée constitue un signal d’alerte sérieux pour la stabilité régionale.
Un rationnement permanent depuis 1 an
Mis en place en janvier 2025, le rationnement du carburant, présenté à l’époque comme une mesure temporaire, s’est imposé dans le quotidien des Maliens. Les restrictions à l’achat demeurent en vigueur dans plusieurs localités, notamment à Bamako et dans les grandes villes de l’intérieur. Le dispositif de contrôle numérique des plaques d’immatriculation, censé réguler la distribution, n’a pas permis de résorber les pénuries récurrentes, accentuant les tensions sur les prix et les activités économiques.
Une insécurité persistante sur les axes d’approvisionnement
La cause principale de cette crise reste inchangée : l’insécurité chronique sur les corridors d’approvisionnement, en particulier sur l’axe Côte d’Ivoire–Mali, vital pour l’économie malienne. Depuis plus d’un an, les attaques attribuées aux Groupes armés terroristes (GAT), notamment le JNIM, continuent de cibler les convois logistiques, rendant les trajets imprévisibles et dangereux.
Dernier signal inquiétant en date : plusieurs chauffeurs de camions-citernes opérant entre la Côte d’Ivoire et le Mali ont récemment refusé d’assurer les rotations vers le territoire malien. En cause, la crainte d’attaques, d’enlèvements ou de destructions de véhicules sur des tronçons devenus particulièrement à risque. Ce refus, inédit par son ampleur, aggrave mécaniquement les difficultés d’approvisionnement et renforce la vulnérabilité énergétique du pays.
Des choix sécuritaires aux résultats limités
Malgré les partenariats sécuritaires engagés depuis 2022, notamment avec la Russie ,d’abord via Wagner, puis Africa Corps , et dans le cadre de l’Alliance des États du Sahel (AES), la sécurisation des routes stratégiques reste insuffisante. Plus de trois ans après la rupture avec les partenaires traditionnels, les convois continuent d’être attaqués, et les flux commerciaux demeurent fortement perturbés, au prix d’un coût financier et humain élevé.
Une inquiétude régionale croissante
Pour la Côte d’Ivoire, principal débouché portuaire du Mali, cette crise prolongée dépasse le cadre strictement national. Elle illustre les effets de contagion de l’instabilité sahélienne sur l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest. Tant que les conditions sécuritaires ne permettront pas une reprise fluide et sûre du transport routier, la pénurie de carburant au Mali risque de s’installer durablement, avec des conséquences économiques, sociales et humanitaires majeures pour la région.
Une correspondance particulière de F. Kouadio
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