Le chef de la transition malienne, le général Assimi Goïta, traverse une période de fortes turbulences. Depuis le début du mois d’octobre, plusieurs officiers supérieurs ont été limogés ou arrêtés, officiellement pour des raisons de sécurité nationale. Ces décisions traduisent un durcissement du pouvoir et une méfiance croissante au sein des forces armées, dans un contexte où la situation sécuritaire du pays demeure critique.
Des limogeages justifiés par la “protection des institutions”
Selon AfricaNews, onze officiers, dont deux généraux, ont été démis de leurs fonctions à Bamako. Le gouvernement évoque une tentative de déstabilisation, sans donner plus de détails. Quelques semaines plus tôt, plusieurs militaires, parmi lesquels des proches du ministre de la Défense, Sadio Camara, avaient déjà été arrêtés pour des faits similaires.
Les tensions entre le président de la transition et son ancien allié se sont accentuées au fil des mois. D’après Financial Afrik, Sadio Camara, longtemps considéré comme l’un des hommes forts du régime, serait désormais perçu comme un rival potentiel. Ce climat de méfiance aurait conduit à une série de mutations et de mises à l’écart au sein de l’état-major, afin de resserrer le contrôle du pouvoir autour du chef de la junte.
Un pouvoir de plus en plus centralisé
Depuis le dialogue national d’avril 2025, qui a recommandé de prolonger son mandat pour cinq années supplémentaires, Assimi Goïta a renforcé son emprise sur l’appareil d’État. Les autorités ont dissous plusieurs partis politiques et restreint les libertés publiques, justifiant ces mesures par la nécessité de préserver la stabilité.
Mais pour de nombreux observateurs, cette centralisation du pouvoir traduit surtout une volonté de neutraliser toute opposition interne. Le média américain Responsible Statecraft évoque un régime “obsédé par la loyauté”, où le général Goïta s’entoure désormais d’un cercle restreint d’officiers de confiance.
Cette stratégie permet au président de maintenir son autorité, mais elle alimente également les soupçons de divisions au sein de la junte. “La peur du complot remplace progressivement la cohésion initiale”, estime un chercheur cité par Africa Intelligence.
Une situation sécuritaire toujours préoccupante
Sur le terrain, la réalité reste alarmante. Les attaques jihadistes se sont multipliées dans le nord et le centre du Mali. D’après le Washington Post, des groupes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique contrôlent plusieurs axes routiers, entravant les approvisionnements et accentuant la vulnérabilité des populations.
Malgré la présence de conseillers militaires russes et de nouveaux équipements livrés ces derniers mois, les forces maliennes peinent à reprendre le contrôle. Ces difficultés opérationnelles fragilisent davantage un régime déjà confronté à l’isolement diplomatique après le retrait du Mali de la CEDEAO et la dégradation de ses relations avec plusieurs partenaires africains et occidentaux.
Un équilibre fragile
Les récents remaniements militaires illustrent un pouvoir à la fois fort et vulnérable. En multipliant les purges, Assimi Goïta cherche à prévenir toute menace interne, mais prend le risque d’affaiblir la cohésion d’une armée essentielle à la survie du régime.
Le général-président, qui se voulait le symbole du renouveau malien après les coups d’État de 2020 et 2021, doit désormais composer avec une armée divisée, une économie fragile et une population lassée des promesses de redressement.
Le Mali entre ainsi dans une phase incertaine, où la centralisation du pouvoir et la méfiance généralisée pourraient devenir les principaux obstacles à la stabilité recherchée par la transition.
Une correspondance particulière de F. Kouadio
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