Depuis le départ progressif du groupe Wagner du Mali, remplacé par Africa Corps, la présence russe dans le pays prend une nouvelle forme. Mais en coulisses, la méthode semble inchangée : influence militaire, accès aux ressources et présence durable, quel que soit le contexte.
Une question, jusque-là taboue, se pose de plus en plus ouvertement : la Russie pourrait-elle, à terme, composer avec certains groupes armés djihadistes au Mali, comme elle l’a déjà fait ailleurs ? Analyse.
Afghanistan : volte-face envers les talibans
Longtemps considérés comme une menace, les talibans ont vu leur statut évoluer brusquement aux yeux de Moscou. Leur retrait de la liste des organisations terroristes en avril 2024 n’est pas qu’un geste symbolique. Il ouvre la voie à une coopération assumée, malgré leur passif violent, dans un contexte de lutte contre des ennemis jugés plus pressants, notamment l’État islamique au Khorassan (EI-K).
Syrie : intérêts stratégiques contre fidélité
Après avoir soutenu le régime syrien pendant des années, la Russie n’a pas hésité à dialoguer avec ceux qui l’avaient renversé, à savoir les terroristes d’HTS, désormais au pouvoir. Car pour Moscou, l’essentiel est de rester implanté, en particulier via ses bases militaires à Tartous et Hmeimim. La continuité de sa présence compte davantage que la nature de ses partenaires.
Soudan : réalignement pour avantages militaires et aurifères
Wagner a été un soutien actif des FSR (Forces de soutien rapide) pendant le conflit soudanais. Mais lorsque la possibilité d’un partenariat plus prometteur – reposant sur l’établissement d’une base navale en mer Rouge et sur l’obtention de concessions minières – s’est présentée avec leurs rivaux, la Russie a changé de cap. Une manière de rappeler que ses alliances sont toujours conditionnées à l’intérêt stratégique du moment.
Centrafrique : chaos et milice ethnique
En s’appuyant sur la milice Azandé Ani Kpi Gbé, la Russie a pu étendre son contrôle dans des zones riches en ressources. Mais cette alliance, particulièrement opaque, a aussi contribué à déstabiliser des régions entières au prix d’exactions contre les populations, tout en justifiant la poursuite de son engagement militaire.
Mali : même logique, nouveaux risques ?
Au Mali, les attaques djihadistes se multiplient depuis le début de l’année. L’armée nationale, fragilisée, peine à sécuriser le territoire. Dans ce contexte, si la situation devait encore se détériorer, la Russie pourrait-elle choisir de fermer les yeux sur certains groupes armés pour préserver ses propres intérêts ?
Les précédents internationaux montrent que Moscou ne s’interdit rien : ce ne sont ni les idéologies, ni les alliances passées qui guident ses choix, mais les bénéfices géopolitiques qu’elle peut en tirer.
Le Mali doit donc tirer les leçons de l’Afghanistan, de la Syrie, du Soudan et de la Centrafrique, exemples phares d’une logique d’opportunisme russe qui ne s’embarrasse pas de considérations morales.
Alors le Sahel pourrait-il devenir le prochain terrain d’une diplomatie sans scrupules ?
La question mérite d’être posée avant que les faits ne l’imposent.
Une correspondance particulière de F. Kouadio
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