Opinion

Mali : Le JNIM passe à la vitesse supérieure et menace l’équilibre russo-chinois en Afrique de l’Ouest

Par La Rédaction12 septembre 2025

Une nouvelle guerre, une nouvelle cible

Depuis plusieurs années, le Mali est en première ligne face à la menace jihadiste. Mais depuis quelques mois, le JNIM, affilié à Al-Qaïda, a changé de braquet. Finies les seules embuscades et les attentats spectaculaires : place désormais au « jihad économique ». Un concept qui, selon le dernier rapport du Timbuktu Institute, redéfinit la donne sécuritaire et géopolitique non seulement pour Bamako, mais pour toute l’Afrique de l’Ouest. En ciblant les axes routiers, les chaînes d’approvisionnement, les marchés et les infrastructures logistiques, le JNIM ne cherche plus seulement à déstabiliser l’État malien. Il s’attaque désormais aux fondements mêmes de son économie, et par ricochet, aux intérêts russes et chinois dans la région.

Comment le Mali, déjà fragilisé par des années de crise, peut-il faire face à une menace qui ne se contente plus de frapper les militaires, mais s’en prend désormais au quotidien des populations et aux partenariats économiques internationaux ? Entre l’intervention militaire russe, incarnée par l’Africa Corps, et les investissements massifs de la Chine, le pays se retrouve au cœur d’une situation difficile où les solutions purement sécuritaires montrent leurs limites.

Quand le JNIM asphyxie le Mali

Jusqu’à présent, le JNIM était surtout connu pour ses attaques ciblées contre les forces armées maliennes et de l’Africa Corps. Mais depuis le début de l’année 2025, le groupe a diversifié ses méthodes. Dans la région de Kayes, les jihadistes multiplient les blocus routiers, les incendies de camions, les enlèvements de passagers et les sabotages d’infrastructures. Leur objectif ? « Asphyxier l’État malien en coupant ses ressources logistiques, en perturbant les échanges commerciaux et en faisant pression sur les partenaires économiques étrangers.

Les conséquences sont immédiates : les routes secondaires, les marchés locaux et les axes de transport deviennent des zones de non-droit. Les camions de marchandises sont incendiés ou détournés, les voyageurs enlevés, les recettes fiscales s’effondrent. Résultat : les prix flambent dans les zones isolées, les chaînes d’approvisionnement se grippent, et les populations locales paient le prix fort d’une insécurité qui ne se contente plus de frapper les symboles de l’État, mais s’attaque à leur survie quotidienne.

Un État malien sous pression

Pour Bamako, la situation est d’autant plus critique que le JNIM ne se contente pas de frapper : il impose sa loi. « Les jihadistes parviennent à contrôler des portions entières de territoire, à y instaurer des taxes, à y réguler les échanges. C’est une forme de gouvernance parallèle qui se met en place. Face à cette menace, l’État malien, déjà affaibli par des années de crise politique et institutionnelle, peine à réagir. Les forces de sécurité, soutenues par l’Africa Corps russe, sont souvent en retard d’une bataille, incapables de couvrir l’ensemble des axes vulnérables.

Les conséquences économiques sont lourdes : perte de recettes douanières, affaiblissement des infrastructures, montée des prix, rupture des approvisionnements. Si rien n’est fait, c’est tout le tissu économique du pays qui risque de s’effondrer et dans un pays où l’État peine déjà à assurer les services de base, cette nouvelle forme de guerre pourrait bien être la goutte d’eau qui fait déborder le vase.

L’Africa Corps russe : une réponse militaire à bout de souffle ?

Depuis son déploiement officiel au Mali, l’Africa Corps, cette force paramilitaire russe présentée comme la solution miracle à l’insécurité, est sous le feu des critiques. Sur le papier, son mandat est clair : combler le vide sécuritaire laissé par le départ des forces françaises, et aider Bamako à reprendre le contrôle de son territoire. Mais sur le terrain, les résultats sont mitigés.

À Kayes, comme dans d’autres régions, les jihadistes du JNIM parviennent à imposer des blocus, à brûler des véhicules, à enlever des voyageurs, souvent sans rencontrer de résistance efficace. Les forces maliennes et russes contrôlent les grands axes, mais les routes secondaires, les marchés, les zones rurales restent vulnérables, pire, le JNIM a adapté ses tactiques, privilégiant le harcèlement économique à la confrontation directe, ce qui complique les ripostes.

Une logique de réaction, pas de prévention

Le problème, l’Africa Corps reste prisonnier d’une logique purement militaire. Résultat : les axes de transport, les marchés, les zones de production agricole restent à la merci des jihadistes. Les effets collatéraux pour l’État malien sont dramatiques : perte de recettes fiscales, affaiblissement des infrastructures, montée des prix, rupture des chaînes d’approvisionnement.

Un partenariat russe en question

Pour Moscou, l’enjeu est aussi géopolitique. En s’implantant au Mali, la Russie cherche à étendre son influence en Afrique de l’Ouest, face à une France en retrait et une Chine omniprésente. Mais si l’Africa Corps ne parvient pas à endiguer la menace jihadiste, c’est toute la crédibilité de la Russie qui est en jeu. Si le Mali s’enfonce dans le chaos, Moscou aura du mal à justifier sa présence. D’autant que les méthodes russes, opacité, mercenaire et le peu de coordination avec les forces locales suscitent de plus en plus de méfiance.

La Chine face au dilemme sécuritaire : investir ou se retirer ?

Pour la Chine, le Mali et l’Afrique de l’Ouest représentent un enjeu majeur. Pékin a investi des milliards dans les infrastructures, les mines, l’énergie, le BTP. Mais ces investissements reposent sur un postulat : la stabilité. Or, le « jihad économique » du JNIM remet en cause cet équilibre.

Les routes et corridors logistiques, essentiels au commerce et à l’exploitation des ressources, deviennent des zones à haut risque. Les entreprises chinoises voient leurs chaînes d’approvisionnement perturbées, leurs équipements vandalisés, leurs employés menacés. « Si les axes logistiques sont compromis, les engagements financiers chinois deviennent risqués », explique un économiste.

Les conséquences sont immédiates : les coûts de sécurité, d’assurance, de protection des biens s’envolent. « Certains projets, autrefois rentables, deviennent déficitaires », note un responsable d’entreprise chinoise. Pire : si la situation se dégrade, Pékin pourrait être contraint de revoir ses engagements, voire de suspendre certains projets.

La Chine n’a pas l’habitude de travailler dans des environnements aussi instables. Si le Mali bascule dans le chaos, elle pourrait opter pour un retrait discret.

Un signal fort aux investisseurs internationaux

Au-delà de la Chine, c’est tout l’attractivité de l’Afrique de l’Ouest qui est en jeu. « Les attaques du JNIM envoient un message clair : investir dans des régions déstabilisées coûte non seulement en capital, mais en sécurité », explique un expert. Résultat : les investisseurs pourraient se montrer plus réticents, exigeant des garanties plus fortes, ou tout simplement se tourner vers d’autres régions.

Pour les États de l’Afrique de l’Ouest, le défi est immense : comment concilier attractivité économique et sécurité, dans un contexte où la menace jihadiste ne cesse de muter ?

Quelles solutions pour le Mali et l’Afrique de l’Ouest ?

Face à cette menace hybride, les réponses purement militaires ne suffisent plus. « Il faut allier intervention crédible, surveillance des axes économiques, protection des investissements, et implication des communautés locales », souligne un expert en sécurité.

Cela passe par une meilleure coordination entre les forces maliennes, russes et éventuellement régionales, mais aussi par un renforcement des capacités locales de renseignement et de réaction rapide.

Il est aussi urgent de sécuriser les infrastructures critiques, de diversifier les routes d’approvisionnement, et de soutenir les acteurs économiques locaux. Sans une économie résiliente, le Mali ne pourra pas résister à la pression du JNIM.

Enfin, la lutte contre le jihadisme ne pourra être gagnée sans l’adhésion des populations. « Il faut des politiques publiques inclusives, une gouvernance transparente, et une véritable lutte contre la corruption », insiste un responsable associatif.

Le Mali à la croisée des chemins

Le Mali se trouve aujourd’hui face à un choix cornélien : continuer à miser sur des alliances extérieures à l’Afrique, russes ou chinoises, qui peinent à garantir la sécurité, ou reprendre en main son destin, en articulant sécurité, développement et gouvernance.

Pour le peuple malien, l’enjeu est simple : la survie. Tant que la cohérence entre sécurité et économie ne sera pas trouvée, c’est tout le pays qui risque de s’effondrer. Et avec lui, peut-être, l’équilibre déjà fragile de toute l’Afrique de l’Ouest.

Une correspondance particulière de F. Kouadio
Cap’Ivoire Info / @CapIvoire_Info

📱 Version mobile accélérée (AMP)

Voir la version complète avec commentaires