Depuis l’arrivée au pouvoir des juntes militaires au Mali, au Burkina Faso et au Niger, la communication officielle sur la lutte contre les groupes armés terroristes (GAT) a profondément évolué. Les pertes humaines au sein des armées nationales sont de moins en moins reconnues, au point de disparaître presque totalement des bilans publics. Une dérive suivie avec inquiétude depuis la Côte d’Ivoire, directement concernée par la stabilité sécuritaire régionale.
Des bilans militaires volontairement opaques
Depuis 2022, la guerre au Sahel s’est intensifiée. Pourtant, les communiqués officiels des pays dirigés par des juntes mettent quasi exclusivement en avant les « terroristes neutralisés » et les « opérations réussies ». Les pertes dans les rangs nationaux sont rarement mentionnées, quand elles ne sont pas totalement occultées, rendant impossible toute évaluation indépendante du coût humain du conflit.
L’attaque de l’aéroport de Niamey, symbole des bilans contradictoires
L’attaque contre l’aéroport de Niamey illustre cette bataille des chiffres. Les autorités nigériennes ont affirmé qu’aucun militaire n’avait été tué, évoquant une attaque « contenue ». Une version contredite par l’État islamique au Grand Sahara[1] (EIGS), qui revendique la mort de 24 soldats nigériens et de trois ressortissants russes présents sur le site. Si les chiffres avancés par un groupe armé doivent être pris avec prudence, l’écart extrême entre les bilans, sans démenti étayé des autorités, alimente les interrogations.
Une stratégie politique assumée
Pour les juntes, reconnaître des pertes militaires fragilise le discours central de reconquête sécuritaire. Au Burkina Faso, le capitaine Ibrahim Traoré a estimé que communiquer sur les morts de l’armée ferait le jeu de la propagande djihadiste. Résultat : les soldats tombés deviennent un sujet tabou. À terme, cette opacité fragilise la crédibilité de l’État et nourrit la défiance, au Niger comme dans l’ensemble de l’espace sahélien.
Une correspondance particulière de F. Kouadio
Cap’Ivoire Info / @CapIvoire_Info
[1]https://adf-magazine.com/fr/2024/11/letat-islamique-dans-le-grand-sahara-accroit-son-influence-alors-quil-gagne-du-terrain/