“Reine Pokou” Sacrifice pour un Concerto revisite un mythe fondateur de l’histoire akan et baoulé à travers une écriture poétique et plurielle. Véronique Tadjo s’inspire de la légende de la reine Pokou, femme de pouvoir confrontée à un choix tragique : sacrifier son fils unique pour sauver son peuple menacé par la guerre.
Fuyant un conflit de succession, la reine Pokou conduit son peuple vers un fleuve infranchissable. Les devins annoncent que seule l’offrande de ce qu’elle a de plus précieux permettra la traversée. Après une lutte intérieure déchirante, Pokou accepte de donner son fils. Le sacrifice ouvre le passage et fonde symboliquement le peuple baoulé, dont le nom signifie « l’enfant est mort ».
L’originalité de l’œuvre réside dans sa structure. L’autrice ne propose pas une version unique du mythe, mais plusieurs variations possibles. Certaines racontent le sacrifice, d’autres l’évitement ou la contestation de cet acte. Cette multiplicité de voix montre que l’histoire est une construction mouvante, nourrie par la mémoire collective et les interrogations du présent.
La reine Pokou est présentée comme une figure complexe : cheffe politique, femme forte, mais aussi mère meurtrie. Le texte interroge le poids du pouvoir et la solitude du dirigeant face aux décisions irréversibles. Le sacrifice devient une métaphore des souffrances imposées aux peuples au nom de causes supérieures.
À travers ce mythe ancien, Véronique Tadjo établit un lien avec l’Afrique contemporaine marquée par les guerres, l’exil et les violences politiques. Le « concerto » du titre évoque une œuvre polyphonique, où se mêlent douleur, silence et espoir. L’écriture, mêlant prose et poésie, confère au récit une dimension universelle.
“Reine Pokou”, Sacrifice pour un Concerto, Véronique Tadjo. Actes Sud. 2005. Avec la contribution de Djemory Aziz Camara (Lu et résumé).