« Une fois encore, écrivait Jacques Hawlett, son préfacier, Nokan affronte l’Afrique problématique, l’Afrique, à faire, à remettre au mains de ceux qui en constituent la force vive : le peuple silencieux. Son propos est révolutionnaire ». L’œuvre combine deux textes : “La traversée de la nuit dense”, ou les Travailleurs africains en France (théâtre) suivi de “Cris rouges”. Le thème central de la première pièce est celui de l’émigration, du déracinement, des espoirs et des obstacles que vivent les travailleurs africains quand ils quittent leur terre pour la France, à la recherche d’une vie meilleure.
Ici, le personnage collectif, le terme « les travailleurs », porte une dimension à la fois symbolique et concrète, confronté à la distance, au racisme, à l’exploitation et à la solitude. La traversée de la nuit dense présente les conditions difficiles du travail en France pour des Africains : isolement, sentiment d’invisibilité, difficultés sociales. Les personnages expriment une souffrance psychologique (la nuit dense) mais aussi une volonté d’espérance : malgré l’adversité, ils ressentent qu’il y a une lumière à atteindre, un matin rouge, comme une sorte de renaissance.
“Cris rouges” prolonge ce cri existentiel, une dénonciation, un appel à la dignité. Le langage est chargé, lyrique, souvent poétique, parfois acerbe. Le rouge évoque la colère, le sang, la passion, le sacrifice. Les thèmes principaux ne sont moins :
- Le travail & exploitation : Comment le migrant africain, même quand il est en métropole, continue souvent à être exploité, à subir précarité et marginalité.
- L’identité & Aliénation : La distance géographique devient métaphore de la distance intérieure, entre ce qu’ils étaient et ce qu’ils deviennent, entre leur culture d’origine et le monde d’accueil.
- Espoir & résistance : Même dans la nuit la plus dense, il y a une aspiration à la lumière, la justice, la reconnaissance. Le cri, le chant deviennent des armes de survie.
- Solidarité & conscience collective : Ce n’est pas seulement le récit d’un individu isolé, mais une communauté de travailleurs qui partagent les mêmes maux, les mêmes rêves.
Le style est dramatique, poétique, parfois même visionnaire. L’écriture se nourrit de métaphores fortes, de symbolisme (« nuit dense », « matin rouge »). Le pouvoir du langage : ce n’est pas seulement ce que disent les personnages, mais comment ils le disent, le ton, l’intensité, la charge émotionnelle. Bien que le cadre soit africain et français, les thèmes sont multiples et résonnent avec d’autres situations de migration, d’exil, de lutte pour la dignité.
L’œuvre de Zègoua Nokan reste une critique sociale puissante : elle interroge les inégalités structurelles (racisme, colonialisme tardif, exploitation) mais elle ne se contente pas de dénoncer : elle rappelle la dignité, l’espoir, la nécessité de résister. Le silence n’est pas possible, le « cri rouge » devient nécessaire.
“La traversée de la nuit dense ou les travailleurs africains en France” de Charles Nokan., les Editions PJ Oswald. 1972. Avec la contribution de Camara Aziz Mory William Drissa (Lu et résumé).