La dernière sortie de Tidjane Thiam, dans laquelle il se compare au président Alassane Ouattara en évoquant leurs revenus respectifs, est non seulement malvenue, mais aussi symptomatique d’un profond malentendu sur les exigences de la politique en Côte d’Ivoire.
« Ouattara et moi n’avons pas le même profil. Il a été un fonctionnaire international au FMI, et moi patron du CEO. Un fonctionnaire international gagne entre 400.000 et 500.000 dollars par an, alors que le patron du CEO, c’est au moins 10.000.000 de dollars par an. Je gagnais dix fois plus que lui. Donc ce n’est pas la même chose. »
Cette déclaration désinvolte, teintée d’arrogance, trahit un manque de connexion avec les réalités sociales du pays et les attentes des Ivoiriens. À l’heure où le peuple attend du PDCI-RDA un programme de société cohérent, ambitieux et tourné vers l’avenir, son président choisit de parler de salaires et de statuts professionnels, comme s’il était en conférence d’affaires à Davos.
TIDIANE THIAM est-il vraiment crédible ?
On comprend mieux pourquoi Crédit Suisse a fait faillite quand ses dirigeants s’octroient des bonus faramineux sur le dos des actionnaires.
Enfin, beaucoup sont les Ivoiriens qui se demandent ce que le petro dollar Tidjane Thiam a pu faire concrètement au plan social pour Yamoussoukro, la ville de naissance de son grand père dont la lignée semble lui donner une certaine légitimité qui lui manque. Pendant ces 11 ans où il a gagné autant d’argent, qu’elle impôt a-t-il payé en Côte-d’Ivoire ?
Mais de quoi parle-t-on ?
Le combat politique en Côte d’Ivoire n’est pas une compétition de fiches de paie ou de CV internationaux. Il s’agit d’empathie, de proximité, de capacité à comprendre les souffrances des populations et à proposer des solutions concrètes. Ce genre de comparaison déplacée entre un président de la République reconnu pour son sérieux et ses réformes, et un ancien patron de multinationale, sonne comme une insulte à l’intelligence collective des électeurs.
L’on comprend, hélas, pourquoi certains au sein de l’opinion pensent que le président Ouattara aurait dû maintenir une ligne de fermeté en interdisant purement et simplement la candidature de personnes dont l’attachement aux valeurs républicaines est questionnable. Nous étions nombreux à croire qu’une ordonnance exceptionnelle du Chef de l’État, au nom de la réconciliation et de la paix sociale, pouvait ouvrir la voie à toutes les ambitions. Mais force est de constater que cette ouverture se heurte aujourd’hui à une déception retentissante.
Tidjane Thiam, pourtant perçu par une frange du PDCI-RDA comme l’espoir du renouveau, semble chaque jour un peu plus déconnecté des enjeux nationaux. Par ses propos, il donne raison à ceux qui voyaient en lui une erreur de casting, un homme de la finance mondiale parachuté dans une arène politique qu’il ne comprend ni ne respecte.
La politique n’est pas une salle de marché, et les Ivoiriens ne sont pas des actionnaires. Ils attendent un leader, pas un tableau de performances.
Tidjane Thiam aura été, à ce jour, l’une des plus grandes déceptions politiques de cette dernière décennie. Une erreur de casting. Une erreur de cantine politique.
Philippe Kouhon
Journaliste et observateur de la vie politique africaine