Opinion

Le Mali, un terrain d’expérimentation pour la stratégie russe en Afrique

Par La Rédaction19 novembre 2025

Le Mali traverse une phase décisive dans la gestion de ses richesses naturelles. Sous la direction d’Assimi Goïta, le discours officiel met en avant une souveraineté minière retrouvée. Pourtant, l’implantation grandissante de la Russie révèle une réalité plus complexe où la marge d’autonomie du pays s’amenuise.

Moscou a d’abord avancé sur le terrain sécuritaire. Les structures issues de Wagner, aujourd’hui regroupées dans l’Africa Corps, se sont installées comme partenaires militaires privilégiés. Mais cette présence ouvre surtout la voie à un repositionnement économique. Selon le Lansing Institute, l’engagement russe dans le raffinage de l’or dépasse largement la coopération annoncée : il s’agit d’un instrument politique permettant à la Russie d’échapper aux sanctions internationales en s’appuyant sur des ressources africaines.

L’enjeu du partenariat

Le partenariat signé avec Yadran Group en 2024–2025 en est l’exemple le plus frappant. Une raffinerie doit être construite à proximité de Bamako, avec une capacité annuelle de 200 tonnes, soit près de quatre fois la production malienne actuelle. L’infrastructure offrira au Mali une vitrine valorisant son or, mais elle permettra surtout à Moscou de centraliser un volume considérable de métal provenant de toute la région sahélienne.

Les ports d’Afrique de l’Ouest, les routes commerciales régionales et les chaînes logistiques deviennent des éléments essentiels de la stratégie russe.

Cette implantation s’inscrit dans une ambition plus vaste : bâtir un axe reliant le Sahel aux rives de l’Atlantique. Les ports d’Afrique de l’Ouest, les routes commerciales régionales et les chaînes logistiques deviennent des éléments essentiels de la stratégie russe. En s’assurant un passage vers l’océan, Moscou renforcerait ses capacités d’exportation, sécuriserait ses approvisionnements et s’imposerait comme un acteur incontournable dans une zone traversée par les rivalités internationales.

Pour le Mali, ce partenariat comporte des avantages immédiats, mais également de fortes contraintes. L’État détient officiellement la majorité du capital de la future raffinerie, mais les savoir-faire techniques, la maintenance et la logistique restent entre les mains des entreprises russes. Cette configuration limite considérablement la capacité de Bamako à peser sur les décisions stratégiques.

Le modèle “sécurité contre ressources” voulu par Moscou expose aussi le pays à une dépendance profonde. La Russie maîtrise l’essentiel des technologies, contrôle les flux, et impose sa cadence. Ce déséquilibre suscite l’inquiétude de plusieurs partenaires internationaux, qui pointent un manque de transparence et un risque accru pour l’environnement comme pour les communautés locales autour des sites d’extraction.

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Dans ce contexte, l’installation d’un corridor d’influence vers l’Atlantique pourrait restreindre l’espace de manœuvre du Mali face à d’autres puissances déjà présentes, comme la Chine ou certains États européens. Le pays se retrouve au cœur d’une recomposition géopolitique où son sous-sol devient un enjeu stratégique dépassant largement ses frontières.

Le Mali apparaît ainsi comme un laboratoire de la stratégie russe en Afrique : une présence militaire utilisée comme passerelle vers la prise de contrôle de secteurs industriels clés. Les infrastructures se développent et les discours se veulent rassurants, mais la souveraineté réelle reste fragile. À Bamako, l’heure est désormais aux choix : accompagner cette dynamique en espérant en tirer profit ou tenter de rééquilibrer les partenariats pour préserver le contrôle de ses richesses.

Dans une région où les influences se croisent et s’affrontent, la question centrale demeure : le Mali saura-t-il éviter que l’exploitation de ses ressources ne devienne un mécanisme de dépendance durable ?

Une correspondance particulière de F. Kouadio
Cap’Ivoire Info / @CapIvoire_Info

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