Longtemps perçue comme un simple relais régional, la Côte d’Ivoire s’impose désormais comme l’un des pôles majeurs de la création contemporaine en Afrique de l’Ouest. Peinture, photographie, design : à Abidjan comme à Grand-Bassam, une génération d’artistes et de professionnels fait émerger une dynamique culturelle qui conjugue mémoire, modernité et ouverture sur le monde.
Une nouvelle génération d’artistes à l’avant-scène
Dans les galeries du Plateau ou de Cocody, les noms de Joana Choumali, Armand Boua, Ouattara Watts ou François-Xavier Gbré symbolisent cette vitalité. Lauréate du prestigieux Prix Pictet 2019 pour sa série Ça va aller, Joana Choumali mêle photographie et broderie pour traduire les blessures et la résilience de la société ivoirienne. Armand Boua, lui, peint sur carton avec du goudron et de l’acrylique, donnant visage aux enfants des rues d’Abidjan. Ouattara Watts, figure de la diaspora installée à New York, poursuit une œuvre foisonnante entre spiritualité africaine et cosmopolitisme. Quant à François-Xavier Gbré, il explore les architectures abandonnées d’Abidjan et du continent, interrogeant la mémoire urbaine et postcoloniale.
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À leurs côtés, la jeune génération composée d’artistes comme Valérie Oka (disparue en 2023), Macliné Hien, ou encore les peintres émergents exposés par la Galerie Houkami Guyzagn, participe à un mouvement collectif qui redéfinit les contours de la création ivoirienne.
Des galeries et institutions qui structurent la scène
L’ouverture, en 2012, de la Galerie Cécile Fakhoury à Abidjan a marqué un tournant. En misant sur des artistes ivoiriens et ouest-africains, cette structure a positionné la capitale économique parmi les nouvelles places fortes de l’art contemporain, aux côtés de Lagos et Dakar. D’autres espaces, comme La Rotonde des Arts, la Louise Gallery ou l’Espace Kiyi, contribuent à la professionnalisation du secteur et à la rencontre entre artistes et collectionneurs.
la réouverture de la Maison de l’Art, à Grand-Bassam, entièrement réhabilitée avec le soutien de la Société Générale Côte d’Ivoire, offre un nouvel espace d’expression à proximité du patrimoine historique classé de la ville
L’action publique accompagne ce mouvement. L’inauguration en 2021 du Musée des Cultures Contemporaines Adama Toungara (MACCAT) à Abobo illustre la volonté de décentraliser la culture hors des circuits traditionnels. Et tout récemment, la réouverture de la Maison de l’Art, à Grand-Bassam, entièrement réhabilitée avec le soutien de la Société Générale Côte d’Ivoire, offre un nouvel espace d’expression à proximité du patrimoine historique classé de la ville. Ce projet, salué par le ministère de la Culture, s’inscrit dans la politique de valorisation du tourisme culturel et de soutien à la création locale.
Des événements qui renforcent la visibilité
Abidjan accueille désormais plusieurs rendez-vous majeurs: ARTXAbidjan,foire d’art contemporain inspirée du modèle nigérian ART X Lagos ; Abidjan Art Week ; et les Rencontres du Film Photographique, qui mettent en lumière la photographie ivoirienne. Ces événements favorisent l’échange entre artistes, galeristes et collectionneurs africains et internationaux. Même le MASA (Marché des Arts du Spectacle Africain), historiquement tourné vers les arts vivants, intègre depuis peu une section dédiée aux arts visuels.
Un ancrage local, une ouverture mondiale
L’essor d’Abidjan comme capitale artistique s’appuie aussi sur la qualité de sa formation. L’École des Beaux-Arts de l’INSAAC continue de former une grande partie des talents nationaux dans les domaines de la peinture, de la sculpture, de la photographie et du design. De plus en plus d’artistes formés localement exposent aujourd’hui à l’étranger, dans les grandes foires internationales, de Paris à New York.
En 2023, Art Basel a classé Abidjan parmi les nouveaux « hubs culturels » du continent africain, au même titre que Lagos et Accra. Une reconnaissance internationale qui confirme la montée en puissance d’un écosystème équilibré, fondé sur trois piliers : la créativité des artistes, l’engagement des galeries et l’émergence d’un public ivoirien curieux et cultivé.
Une effervescence porteuse d’identité
Dans un contexte de stabilité politique et de développement économique, la Côte d’Ivoire fait de la culture un levier d’influence et d’identité. À Abidjan, les vernissages attirent un public de plus en plus large ; à Grand-Bassam, les initiatives privées réhabilitent le patrimoine pour lui redonner vie.
L’art contemporain ivoirien ne se limite plus à l’imitation des modèles étrangers : il invente désormais son propre langage, enraciné dans la mémoire du pays et tourné vers le monde.
Une correspondance particulière de F. Kouadio
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