Opinion

Kemi Seba, Nathalie Yamb, Bénin : ces “nouveaux Robespierre” se trompent

Par La Rédaction9 décembre 2025

Coups d’État, discours radicaux et promesses de rupture, confusion entre force et transformation : voilà ce que Kemi Seba, Nathalie Yamb, Bénin et ces “nouveaux Robespierre” qui se trompent eux-mêmes, veulent nous tromper à notre tour.

Tandis que certains leaders d’opinion africains justifient les putschs militaires au nom d’un idéal panafricaniste ou démocratiques, comme cette vidéo honteuse des Kemi Seba, l’histoire rappelle qu’aucune nation ne s’est durablement construite sur l’exception permanente. Le parallèle avec Maximilien Robespierre éclaire les dérives d’une radicalité qui refuse la contradiction et sacralise la force au détriment de la loi.

La multiplication des discours favorables aux coups d’État au Sahel remet en lumière une tentation ancienne : croire que la force serait un raccourci vers la justice. Robespierre, figure centrale de la Révolution française, pensait déjà qu’il fallait suspendre la liberté pour “sauver” la République. Aujourd’hui, certains acteurs panafricanistes – notamment Nathalie Yamb, Kémi Seba et d’autres personnalités médiatiques reproduisent ce schéma. Ils opposent des régimes militaires prétendument “vertueux” à des gouvernements civils caricaturés en “dictatures”, sans jamais démontrer en quoi la rupture militaire constituerait une solution.

La logique est séduisante mais trompeuse. La rhétorique des putschs est bien rodée : sauver la Nation, assainir la classe politique, corriger les injustices. Pourtant, les transitions militaires se heurtent rapidement aux mêmes défis : gouvernance difficile, insécurité persistante, fragilisation économique et isolement diplomatique. Les faits montrent que les pays africains ayant misé sur la stabilité institutionnelle et les réformes graduelles enregistrent, eux, des avancées plus solides.

Comme Robespierre en son temps, les nouveaux partisans des régimes d’exception entretiennent un rapport compliqué avec la contradiction. Ils affirment détenir la vérité et réduisent toute nuance à une trahison. Le doute, pourtant essentiel à la réflexion intellectuelle, est perçu comme une faiblesse. Ce positionnement radical tient moins de l’analyse que de l’opportunisme : se ranger du côté du pouvoir dès lors qu’il épouse un récit anti-système.

Cette dynamique est renforcée par un écosystème numérique puissant. Les soutiens des putschs ne se limitent plus aux discours publics : ils s’appuient sur des cyberactivistes, micro-influenceurs, comptes anonymes et “patriotes 2.0” capables d’amplifier instantanément n’importe quel message. À chaque coup d’État, les réseaux sociaux deviennent des chambres d’écho où circulent vidéos anciennes présentées comme récentes, images manipulées, citations inventées et chiffres fantaisistes. Ces fake news ont un objectif : créer un choc émotionnel favorable aux militaires.

Dans ce paysage numérique, l’émotion prime sur les faits. Les contenus les plus extrêmes circulent davantage, non parce qu’ils sont vrais, mais parce qu’ils indignent ou flattent les frustrations. Le résultat est une perception déformée de la réalité où la rupture militaire semble non seulement acceptable, mais nécessaire. Cette mécanique s’accompagne d’une attaque systématique contre les médias professionnels, accusés d’être “vendus” dès qu’ils apportent nuance ou vérification.

Pourtant, l’histoire est claire. Robespierre fut emporté par la logique d’exception qu’il avait lui-même installée. Les putschs africains, eux aussi, promettent la restauration mais débouchent fréquemment sur de nouvelles incertitudes. Une nation moderne ne se construit pas sur l’arbitraire, mais sur la continuité, la prévisibilité et la force des institutions.

Face aux narratifs radicaux, une autre réalité s’impose : l’Afrique progresse lorsqu’elle choisit la légalité, l’innovation et l’inclusion. Les cyberactivistes peuvent faire du bruit, mais ils ne bâtissent pas d’institutions. Les fake news peuvent impressionner les foules, mais elles ne construisent aucune nation.

Les “nouveaux Robespierre” se trompent de bataille. Comme on vient de le voir au Bénin.

Laurent Oupoh

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