Société

Journées mondiales de l’Habitat et de l’Architecture 2025 : Bruno Koné appelle à bâtir des villes résilientes

Par Yaya Kanté10 octobre 2025

À l’occasion des Journées mondiales de l’Habitat et de l’Architecture 2025, le ministre ivoirien de la Construction, du logement et de l’urbanisme, Bruno Nabagné Koné souligne l’urgence de répondre à la crise urbaine par une urbanisation planifiée et résiliente. Quatre piliers guident cette vision : planification durable, sécurité foncière, promotion de logements accessibles et résilience architecturale. Selon le ministre, dans le message ci-dessous, à travers des réformes ambitieuss, des projets structurants et une gouvernance modernisée, le gouvernement vise à bâtir des villes équilibrées, inclusives et porteuses d’avenir.


Message du ministre de la Construction, du logement et de l’urbanisme à l’occasion de la journée mondiale de l’habitat et de la journée mondiale de l’architecture, le 06 octobre 2025.

Thèmes :

  • Journée mondiale de l’Habitant : “Réponse à la crise urbaine”
  • Journée mondiale de l’Architecture : “Concevoir la résilience”

Mesdames et Messieurs,

Chaque premier lundi du mois d’octobre, le monde entier célèbre deux journées étroitement liées :
la Journée mondiale de l’Habitat, instituée par les Nations Unies pour promouvoir le droit universel à un logement décent et durable ; et la Journée mondiale de l’Architecture, créée par l’Union Internationale des Architectes pour rappeler le rôle de la conception architecturale et urbaine dans la construction d’un monde plus résilient, plus humain et plus solidaire.

Cette année, ces deux célébrations se rejoignent autour d’un même appel : celui de la responsabilité et de l’action, pour répondre à la crise urbaine en concevant la résilience.

Notre monde traverse une période de bouleversements profonds, marquée par la montée de crises multiples : conflits, instabilités politiques, catastrophes naturelles et chocs climatiques. Ces crises ont un impact direct sur nos villes, qui deviennent à la fois des refuges et des espaces d’expression de la vulnérabilité humaine.

Selon les Nations Unies, plus de 122 millions de personnes sont aujourd’hui déplacées de force à travers le monde, et plus de 60% d’entre elles cherchent refuge dans les milieux urbains. Le déplacement humain devient ainsi un phénomène profondément urbain, transformant la physionomie des villes et accentuant la pression sur leurs ressources. Jadis symboles d’opportunité et de progrès, les villes se retrouvent confrontées à des défis inédits : pression démographique, rareté du foncier, fragilité des infrastructures, processus d’urbanisation non planifié et non encadré, et inégalités sociales croissantes.

Dans ce contexte, la question urbaine devient donc centrale. Il ne s’agit plus seulement de gérer la croissance des villes, mais d’apprendre à accueillir, protéger et reconstruire, tout en préservant la cohésion sociale et la dignité des populations. L’urbanisation n’est plus un simple phénomène de croissance démographique ; elle est désormais un enjeu stratégique de stabilité, de paix et de développement durable.

C’est à ces enjeux que nous invite la Journée mondiale de l’Habitat 2025, placée sous le thème de la réponse aux crises urbaines. Elle appelle à penser la ville comme un espace de résilience, capable d’abriter, de protéger et de reconstruire face aux chocs de notre époque. En parallèle, la Journée mondiale de l’Architecture nous invite à concevoir la résilience, à imaginer et bâtir des espaces capables de résister, de s’adapter et de se réinventer, en plaçant l’humain et la mémoire au cœur de la création.

Les villes doivent devenir des espaces d’équilibre entre mémoire et modernité, entre densité et durabilité, entre humanité et innovation. Elles sont le théâtre où se joue notre avenir collectif : leur transformation doit s’appuyer sur la planification, la solidarité et la créativité pour faire de la ville non pas un lieu de crise, mais un espace d’espoir.
Mesdames et Messieurs,

En Côte d’Ivoire, la dynamique d’urbanisation s’accélère à un rythme soutenu, ce qui transforme profondément le visage du territoire national. Plus de la moitié de la population (53,5%) vit désormais en milieu urbain, selon le dernier Recensement Général de la Population et de l’Habitat, élaboré en 2021. Cette évolution traduit une vitalité économique et une aspiration légitime à de meilleures conditions de vie. Toutefois, elle s’accompagne de nouveaux déséquilibres : l’extension non planifiée des villes, la prolifération d’habitats précaires et la pression accrue sur les infrastructures de base compromettent la qualité de vie urbaine.

Dans les grands centres urbains comme Abidjan, qui concentre à lui seul près de 40% de la population urbaine, mais aussi dans les villes secondaires du pays, la croissance démographique s’accompagne d’une demande toujours plus forte en logements, en mobilité, en services de base et en équipements collectifs. Cette dynamique, signe d’un développement soutenu, exerce cependant une pression considérable sur les capacités locales de planification et de financement.

L’expansion urbaine, souvent plus rapide que les outils de planification, se manifeste par un étalement non maîtrisé du tissu urbain, la multiplication des lotissements non approuvés, la fragilité des réseaux d’assainissement et d’accès à l’eau, ainsi qu’une dépendance accrue aux moyens de transports dits informels. Dans plusieurs localités, les ménages sont contraints d’occuper des terrains non viabilisés ou situés en zones à risques, notamment dans des zones inondables, aux pentes instables, aux emprises d’équipements publics, ce qui expose des milliers de familles à des conditions de vie précaires.

Parallèlement, les contraintes du marché du logement poussent de nombreux ménages vers l’auto-construction, souvent réalisée sans encadrement technique ni respect des normes de sécurité. Cette situation accentue les risques d’effondrement, d’insalubrité et de marginalisation urbaine, non seulement à Abidjan, mais également dans les villes de l’intérieur du pays, longtemps perçues comme moins exposées, mais qui connaissent aujourd’hui une urbanisation rapide encore insuffisamment structurée.

Face à cette situation, il devient impératif de repenser la ville ivoirienne pour qu’elle soit mieux préparée, mieux équipée et plus inclusive. L’urbanisation ne doit plus être subie, mais planifiée, maîtrisée et centrée sur l’humain. Nos villes doivent être conçues comme des espaces de dignité, de sécurité et d’appartenance, où l’architecture et la planification urbaine s’allient pour répondre aux besoins fondamentaux des populations tout en préservant la mémoire et l’identité des lieux.

C’est dans cet esprit de responsabilité et de vision que, sous la haute autorité de Son Excellence Monsieur Alassane OUATTARA, Président de la République, le Gouvernement s’est résolument engagé à transformer ces défis en leviers de développement. Le Ministère de la Construction, du Logement et de l’Urbanisme, que j’ai l’honneur de conduire, s’attache à bâtir un cadre de vie urbain durable à travers des réformes ambitieuses, des programmes structurants et une gouvernance foncière rénovée, au service de toutes les villes du pays.

Les efforts déployés par le Gouvernement s’articulent autour de quatre (04) piliers complémentaires, qui traduisent la vision intégrée du Gouvernement pour un développement urbain maîtrisé, équitable et durable.

Le premier pilier est celui de la planification durable de nos villes.

La planification constitue le socle de toute politique urbaine cohérente. Elle permet d’anticiper la croissance démographique, de répartir équitablement les équipements et d’assurer une organisation rationnelle de l’espace. Dans cette optique, mon Département ministériel a conduit l’élaboration et la révision des principaux outils de planification urbaine, notamment : le Schéma Directeur d’Urbanisme du Grand Abidjan (SDUGA), en cours d’approbation pour l’horizon 2040, qui intègre à la fois la planification urbaine et celle des transports dans la capitale économique ; le Schéma Directeur d’Urbanisme de Yamoussoukro, incluant la localité d’Attiégouakro, qui a été révisé ; et les Plans d’Urbanisme Directeurs (PUD) des 31 chefs-lieux de région, désormais en vigueur pour guider l’urbanisation de nos villes.

Cette dynamique se poursuit avec l’élaboration des PUD des 80 chefs-lieux de département et la réalisation de Plans d’Urbanisme de Détail (PUd) des villes. En parallèle, la délimitation des territoires villageois, initié dans le Grand Abidjan, se poursuivra dans les autres villes, afin de prévenir les conflits fonciers et de garantir une expansion urbaine harmonieuse.
Ces instruments de planification incarnent une vision partagée du territoire, intégrant les enjeux de mobilité, de durabilité environnementale, de gestion des risques et de cohésion sociale.

Dans le même esprit, la question de l’adressage urbain constitue un levier de modernisation et d’efficacité dans la gestion des villes. Le Projet d’Adressage du District d’Abidjan (PADA) est bien avancé et permettra une identification précise des rues et des unités d’occupation. Pour l’intérieur du pays, des projets similaires ont débuté à Bouaké et San Pedro, ainsi qu’à Yamoussoukro, Daloa et Korhogo. L’adressage est un instrument de gouvernance, de fiscalité locale, de sécurité et d’inclusion.

Le deuxième pilier porte sur la sécurité foncière et la reconnaissance des droits des communautés.

La stabilité des villes et la confiance dans les investissements reposent sur la clarté et la traçabilité du foncier. À travers la réforme engagée, notre pays se dote d’un Système Intégré de Gestion du Foncier Urbain (SIGFU), instrument numérique centralisant les données cadastrales, les transactions et les titres de propriété. Ce dispositif modernise la gestion du foncier urbain et renforce la transparence du secteur. Parallèlement, l’instauration de l’Attestation de Droit d’Usage coutumier (ADU) constitue une innovation majeure : elle garantit la reconnaissance légale des droits des communautés et favorise la paix sociale, tout en préparant le passage progressif à l’Arrêté de Concession Définitive, ultime titre de propriété.

Grâce à ces outils, l’État pose les bases d’une gouvernance foncière sécurisée, condition indispensable à la promotion d’un habitat stable, à la lutte contre les occupations illicites et à la prévention des litiges urbains.

Le troisième pilier concerne la promotion d’un habitat digne, accessible et résilient.

Parce que le logement est un droit fondamental, le Gouvernement a fait du Programme Présidentiel de Logements Sociaux et Économiques (PPLSE) un axe central de sa politique urbaine. Des milliers de logements sont en cours de construction à Akoupé-Zeudji PK24, Bouaké, San Pedro, Grand-Bassam et Yamoussoukro. Ces opérations traduisent la volonté de l’État d’offrir à chaque citoyen un logement décent, à coût abordable, connecté aux services essentiels et adapté aux réalités climatiques locales.

Cette politique marque le passage d’une logique du logement isolé à une politique globale de la ville, intégrant la mixité sociale, l’accès aux infrastructures et la création d’espaces publics de qualité. Elle s’accompagne d’un appui aux promoteurs, d’un encadrement des projets immobiliers et d’une fiscalité repensée pour encourager la production de logements à forte valeur sociale.

Le quatrième pilier est celui de la résilience urbaine et architecturale.

Concevoir la résilience, c’est apprendre à bâtir autrement, en intégrant les risques et les changements. C’est refuser la destruction comme mode de renouvellement pour privilégier la transformation intelligente du bâti existant. La résilience urbaine suppose la préservation du patrimoine architectural, la prévention des effondrements, la maîtrise des matériaux et la promotion d’une architecture respectueuse du climat et des savoir-faire locaux.

À travers des projets tels que le Projet d’Aménagement des Quartiers Restructurés d’Abidjan (PAQRA) ou le Projet d’Aménagement du Quartier Bardot à San Pedro (AQABA), le Ministère démontre que l’urbanisme peut être un instrument de justice sociale : améliorer les conditions de vie dans les quartiers précaires, sécuriser le foncier, renforcer les réseaux d’assainissement et d’éclairage, tout en maintenant les populations dans leur environnement social d’origine.

Ainsi, la résilience urbaine n’est pas un concept théorique : elle se traduit sur le terrain par des projets concrets qui protègent les habitants, valorisent la mémoire urbaine et donnent corps à l’espérance d’une ville plus juste.

L’ensemble de ces actions, inscrites dans la durée, converge vers un même objectif : faire de nos villes des espaces de développement humain durable, capables d’affronter les défis du siècle tout en préservant leur identité.

Mais si les politiques, les documents d’urbanisme et les programmes et projets traduisent la volonté du Gouvernement d’ordonner et de structurer l’espace urbain, la véritable transformation de nos villes ne se résume pas à la construction d’infrastructures ou à la mise en œuvre de projets.

Elle repose sur une vision plus profonde : celle d’une ville pensée comme un lieu de vie, de mémoire et de culture, où chaque bâtiment, chaque quartier, chaque rue contribue à forger un sentiment d’appartenance et de fierté collective.

C’est pourquoi, au-delà des briques et du béton, il s’agit de penser la ville comme un équilibre entre mémoire et modernité, entre fonctionnalité et humanité.
L’architecture, dans sa dimension culturelle et symbolique, joue un rôle fondamental dans cette transformation.

Elle incarne la résilience, relie les générations et inscrit la modernité dans la continuité du patrimoine. Préserver ce qui a été bâti, tout en innovant pour répondre aux besoins contemporains, c’est affirmer la force d’une nation consciente de son identité et confiante dans son avenir.

Dans cet esprit, la Côte d’Ivoire s’inscrit pleinement dans la philosophie portée par l’Union Internationale des Architectes (UIA), qui rappelle que l’architecture n’est pas un simple art de bâtir, mais un acte de reconstruction de l’humanité.

L’architecture crée des ponts entre les communautés, elle redonne confiance après les crises et elle porte la mémoire collective.

Notre pays réaffirme ainsi son attachement à une architecture responsable, qui protège la vie et la dignité ; inclusive, qui valorise le génie des territoires et des artisans locaux ; résiliente, capable d’affronter les chocs du climat et du temps ; et symbolique, gardienne de notre identité nationale.

Les architectes, urbanistes et bâtisseurs ivoiriens ne sont pas de simples techniciens : ils sont les auteurs du visage de nos villes, les garants de la mémoire collective et les vecteurs de la réconciliation entre l’homme, la nature et la cité.

Mais cette ambition ne saurait se réaliser sans une mobilisation collective.

La transformation urbaine de notre pays exige la contribution de tous : collectivités territoriales, professionnels du cadre bâti, universités, partenaires techniques et financiers, organisations de la société civile et citoyens.

Construire des villes résilientes, c’est bâtir la paix. Concevoir des architectures fortes, c’est affirmer notre confiance dans l’avenir. Répondre à la crise urbaine, c’est refuser la marginalisation et promouvoir la cohésion nationale.

Le Ministère de la Construction, du Logement et de l’Urbanisme invite chacun à s’approprier cette double célébration comme un engagement collectif : celui de bâtir ensemble une Côte d’Ivoire urbaine, créative, solidaire et durable, où l’habitat et l’architecture deviennent les piliers de la dignité humaine.

Vive la Journée mondiale de l’Habitat !
Vive la Journée mondiale de l’Architecture !
Vive la Côte d’Ivoire urbaine, forte et solidaire !

Je vous remercie.

Bruno Nabagné KONÉ

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