Opinion

Journée mondiale de la justice sociale : Le cas des mineurs ouest-africains

Par La Rédaction20 février 2025

À l’occasion de la journée mondiale de la justice sociale ce 20 février 2025, retour sur les conditions de travail des mineurs ouest-africains au sein des exploitations aurifères.

L’or est un produit largement et historiquement disputé dans la région. Son extraction et son marché constituent un important revenu présent et à venir des pays d’Afrique de l’Ouest, comme le Ghana, le Mali, le Burkina Faso ou encore la Côte d’Ivoire. Selon des estimations, pour 2024, le Ghana a produit 128 tonnes. Au Mali, la production industrielle est estimée à 57,3 tonnes pour l’année. Au Burkina Faso, elle l’est à 48 tonnes.

L’impact financier du secteur ne se répercute pas auprès des primo-travailleurs. Aussi, l’absence d’encadrement légal clair rend les conditions de travail particulièrement préoccupantes. Cela concerne les mines artisanales (orpaillage), comme industrielles. De manière générale, les travailleurs sont souvent issus de régions rurales et pauvres. Main-d’œuvre bon marché, ils font face à des environnements dangereux, sans protection ni droits sociaux assurés. Début janvier au Mali, l’effondrement du site d’orpaillage de Koulikoro a pris au piège des dizaines de personnes, majoritairement des femmes.

« Malgré tous les avantages qu’on peut tirer des ressources, l’exploitation des mines impacte négativement le bien-être des populations. Ils sont exposés à des problèmes de santé, de précarité des emplois, de l’utilisation abusive de la main-d’œuvre. Une situation aggravée du fait que la responsabilité sociétale des entreprises du secteur n’est pas souvent respectée. », alertait déjà le secrétaire général de la Confédération nationale des travailleurs du Sénégal (Cnts), Mody Guiro, en 2021.

Une guerre d’exploitation, au détriment des travailleurs

Depuis 2024, plusieurs États entreprennent ainsi des actions significatives. En août, le Burkina Faso nationalise les mines de Boungou et Wahgnion. En septembre, le Mali en fait de même avec celle de Yatela. En janvier 2025, le pouvoir en place malien décide cette fois de reprendre le contrôle des opérations d’un important site, celui de Loulo-Gounkoto. Sur place, le géant canadien Barrick Gold est pour l’heure contraint de suspendre ses activités.

Si les gouvernements tentent d’en accroître leur propre part, la majeure partie des revenus du secteur reviennent toujours à des sociétés étrangères, n’améliorant aucunement les conditions de travail des mineurs. Pire encore, certaines de ces organisations se servent d’accords d’exploitation aurifère en cours avec les pays eux-mêmes, afin de s’enrichir en faisant passer la production des travailleurs par le marché noir de l’or, présent dans la région. C’est le cas d’Africa Corps, organisme russe, à travers des sociétés prête-noms, comme Alpha Development ou Marko Mining au Mali. Ces entreprises cherchent ainsi à obtenir des permis d’exploitation en plus ainsi qu’à influencer les différents codes miniers nationaux à leur avantage pour augmenter la portée de leur trafic d’or. Depuis 2022, Africa Corps aurait généré plus de 2,5 milliards de dollars grâce à ses actes illicites en République Centrafricaine, au Mali et au Soudan, d’après le The Blood Gold Report.

Selon la dernière étude de SwissAid, Sur la piste de l’or africain, sortie en mai 2024, entre 321 et 474 tonnes d’or artisanal sont produites chaque année sur le continent, sans être déclarées. Au moins 435 seraient exportées en contrebande.

Constantine NDOKO

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