Sans Maison russe officiellement installée à Abidjan, la Russie déploie néanmoins en Côte d’Ivoire une stratégie d’influence progressive. Associations culturelles, réseaux de compatriotes et relais idéologiques constituent les piliers d’une présence discrète, sur fond d’accusations internationales de propagande politique et militaire.
Une implantation indirecte mais active en Côte d’Ivoire
En Côte d’Ivoire, l’influence russe s’appuie principalement sur l’Association des russophones en Côte d’Ivoire (ARUCI). Basée à Abidjan, cette structure promeut l’apprentissage de la langue russe, organise des événements culturels et collabore avec des institutions publiques russes. Officiellement partenaire de Rossotrudnichestvo, l’agence d’État russe chargée de la coopération culturelle, l’ARUCI agit comme un relais local dans un pays où Moscou évite, pour l’instant, une présence institutionnelle trop visible.
Les Maisons russes au cœur de soupçons internationaux
À l’échelle mondiale, les Maisons russes1 sont présentées comme des centres culturels et linguistiques. Toutefois, depuis l’invasion de l’Ukraine, plusieurs enquêtes journalistiques et rapports d’ONG dénoncent leur rôle dans la diffusion de propagande politique et militaire pro-Kremlin. Des expositions, conférences et contenus valorisant l’armée russe y ont été documentés.
Plus préoccupant encore, des témoignages recueillis dans plusieurs pays d’Afrique et d’Asie centrale font état de personnes recrutées via des programmes éducatifs ou professionnels mensongers liés à ces réseaux, puis impliquées dans l’effort de guerre militaire et industriel russe, sur le front ukrainien comme dans les usines de fabrication de drones militaires.
Réseaux communautaires et activisme idéologique
En Côte d’Ivoire, cette influence est complétée par le Conseil de coordination des compatriotes russes (KCOPC) et par des mouvements panafricanistes locaux relayant des discours anti-occidentaux et favorables à Moscou. Si aucun lien institutionnel formel n’est établi, la convergence idéologique est manifeste.
Une stratégie adaptée à un pays stable
Contrairement au Sahel, la Russie privilégie en Côte d’Ivoire une approche prudente, centrée sur l’éducation, la culture et la bataille des récits. Une stratégie silencieuse, mais durable, qui interroge sur ses effets à moyen terme.
Une correspondance particulière de F. Kouadio, Cap’Ivoire Info / @CapIvoire_Info