Opinion

Industrie cosmétique ivoirienne : croissance, acteurs émergents et défis réglementaires en Afrique de l’Ouest

Par Yaya Kanté21 novembre 2025

La Côte d’Ivoire s’impose progressivement comme un pôle régional de la cosmétique. Les données industrielles et les analyses sectorielles publiées par Jeune Afrique et Team France Export montrent que des entreprises comme SIVOP, Nouvelle Parfumerie Gandour, Dream Cosmetics ou El Paradis figurent parmi les poids lourds ouest-africains. Ces acteurs disposent d’unités de production locales et exportent vers plusieurs pays de la CEDEAO.

Mais au-delà de ce socle industriel, une mutation plus profonde est à l’œuvre : la montée de marques ivoiriennes “naturelles”. Portées par l’entrepreneuriat féminin et l’exploitation d’ingrédients locaux, des enseignes telles que Talowa, Zaity, Jikeko Beauty, Oyemi Cosmetics ou Taloua Garden redéfinissent l’offre cosmétique ivoirienne. Elles ciblent une clientèle jeune, urbaine, et de plus en plus exigeante sur la composition des produits.

Cette dynamique s’inscrit dans une tendance régionale de valorisation du karité, du cacao, du moringa ou du neem, ingrédients recherchés sur les marchés internationaux. Le potentiel économique est immense : exportations de niches, partenariats, création d’emplois et montée en gamme. Certaines PME ambitionnent d’obtenir des certifications internationales pour pénétrer les marchés européens ou nord-américains.

Le secteur reste confronté à un problème structurel : la concurrence massive du marché informel et des produits éclaircissants dangereux

Cependant, le secteur reste confronté à un problème structurel : la concurrence massive du marché informel et des produits éclaircissants dangereux. Le décret ivoirien de 2015 encadre pourtant la fabrication et l’importation de cosmétiques, mais son application demeure partielle. Les avertissements de l’OMS, relayés par divers médias, sont explicites : hydroquinone, corticoïdes et mercure provoquent des complications graves, alors même que des produits non homologués circulent librement.

À cela s’ajoute la complexité de l’harmonisation régionale : l’UEMOA a adopté des lignes directrices pour réglementer les cosmétiques, mais les études montrent que l’Afrique de l’Ouest demeure l’une des régions les moins réglementées au monde dans ce domaine. Ce manque d’harmonisation pénalise les entreprises ivoiriennes qui souhaitent s’exporter légalement.

Pourtant, le potentiel du secteur est réel. Les industriels locaux investissent, les PME innovent, les consommateurs évoluent. La Côte d’Ivoire possède les ressources, les compétences et le marché. Le défi désormais est clair : assainir le secteur, protéger les consommateurs et transformer l’essor des marques locales en moteur économique régional.

Une correspondance particulière de F. Kouadio
Cap’Ivoire Info / @CapIvoire_Info

📱 Version mobile accélérée (AMP)

Voir la version complète avec commentaires