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Handball guinéen : Du rêve à la réalité comment Mamadouba Paye Camara a réussi à positionner la discipline en Afrique

Par Adou Mel30 juin 2025

Peu connu des parquets africains et des fichiers de la Confédération Africaine de Handball (CAHB) jusqu’en 2011, le handball guinéen fait aujourd’hui la fierté de son.pays et reste un des exemples de la confédération de par ses résultats sportifs et son organisation. L’acteur principal de se renouveau n’est autre que l’actuel président de la fédération (FEGUIHAND), le Général, Mamadouba Paye Camara. Dans cet entretien qu’il a accordé à afrikipresse.fr, le premier responsable de la petite balle guinéenne nous explique la stratégie qu’il a adoptée pour arriver à ce niveau.

afrikipresse.fr : D’aucuns soutiennent que vous êtes le père du renouveau du handball guinéen. Que répondez-vous ?

Mamadouba Paye Camara : (sourire). Écoutez je laisse les autres apprécier sinon moi je reste focus sur le développement de la discipline dans mon pays. On dit que le couteau est tranchant mais lui-même ne s’apprécie pas. Si les gens apprécient en bien ce que nous faisons, tant mieux.

afriki : Dans quel état avez-vous trouvé la discipline au moment de votre prise de fonction ?

MPC : Une fédération c’est d’abord les textes qui la fondent, un siège fonctionnel et des terrains de compétitions. Nous n’avions rien de tout cela en 2011. Mais aujourd’hui, nous avons des textes aux normes de la confédération, un siège parce qu’avant, nous tenions nos réunions sous les arbres. Nous avons également un gymnase de 1.200 places financé par mes collaborateurs et moi. C’est donc un financement collectif. Et c’est à partir de là que tout a commencé. Nous nous sommes fixé un délai de 6 ans pour relancer la machine et faire du handball africain celui de la Guinée. Ainsi, nous avons organisé le Challenge Trophy de la Zone 2 que nous avons remporté. C’est le premier point de départ. Et aujourd’hui, la Guinée est au devant de la scène chez les juniors et chez les seniors.

Aujourd’hui comment est organisée cette discipline dans votre pays ?

Les activités prennent leurs sources dans le milieu scolaire parce que le handball c’est une discipline scolaire et la majeur partie de nos entraîneurs sont des enseignants d’EPS que nous impliquons fortement dans nos activités. Ensuite nous avons le tournoi des ligues qui se joue dans toutes les régions du pays. Enfin, il y les championnats de Division 2 et de Division 1. À cela s’ajoute le tournoi des centres de formation qui se joue en poules avec les meilleurs et c’est de ces poules que nous sélections les meilleurs joueurs pour les différentes catégories de jeunes. Ces jeunes sélectionnés reçoivent des bourses de la FEGUIHAND qui consistent à leurs prises en charge scolaire en intégralité, quand il est nécessaire, nous les transférons d’un établissement public à un établissement privé, souvent, nous les transférons des autres villes à Conakry où nous nous occupons de tout. Aujourd’hui, ils sont nombreux ceux qui ont fini leurs études supérieures et qui sont dans la vie actives. Certains même travaillent à la fédération. C’est ce que nous faisons chaque année. 

À ce jour, combien de licenciés compte la FEGUIHAND ?

Nous avons entre 11 et 12.000 licenciés toutes catégories confondues pour une quarantaine de clubs.

Où trouvez-vous tous ces moyens financiers pour subvenir au besoin des joueurs, de ces clubs, pour assurer les compétitions et gérer au quotidien les activités de la fédération ?

Nous le faisons par passion à servir notre pays, à nous occuper des jeunes. J’apporte certes ma contribution qui est importante mais il y a aussi celle des autres membres de la fédération donc c’est une contribution collective. Nous nous organisons comme nous le pouvons pour atteindre nos objectifs.

Avez-vous des partenaires qui vous soutiennent ?

Chez nous, il est difficile d’en avoir. Notre sponsor numéo un, c’est l’Etat guinéen au niveau des équipes nationales mais non pas pour le fonctionnement de nos activités au niveau de la fédération. En tout cas, il faut le dire, l’État nous soutient énormément au niveau de toutes les sélections.

Et les résultats sont aussi là. N’est-ce pas ?

Ce qui joue contre de nombreuses fédérations, c’est le fait de ne pas participer aux compétitions internationales. Quand vous ne le faites pas, vous ne pouvez pas connaître réellement votre niveau. Pour un premier départ, la Guinée avait consommé un grand nombre de défaites mais aujourd’hui, le fait de s’être frottée aux autres, elle tutoie les plus grands du continent. Nous revenons d’une Coupe du Monde seniors hommes ce qui n’est pas donné à n’importe quel pays. La Guinée est 5e au plan africain, c’est dire que nous bataillons dur surtout qu’il y a en face les pays du Nord. Et au niveau des jeunes, nous sommes 4es donc vous comprenez que c’est grâce à l’investissement du gouvernement.

Votre position dans la sphère de l’État ne favorise-t-elle pas cette situation ?

Non, ce sont les résultats qui comptent. Le football a une pression naturelle mais pas le handball donc nous sommes obligés de ffournir de gros efforts pour obtenir de bons résultats afin d’être aidés. Nos résultats plaident largement en notre faveur et obligent donc l’État à nous aider. Et c’est ce que je recommande aux autres disciplines.

Sous votre houlette, le handball guinéen est partout et en bonne position au niveau des compétitions continentales. Est-ce l’intégration des binationaux qui est à la base de cette situation favorable ?

Chez les seniors oui mais pas chez les jeunes. Nous investissons gros chez les jeunes de sorte à les encourager à pratiquer la discipline parce que si nous nous tournons à l’extérieur pour chercher des jeunes, aucun jeune au pays ne s’intéressera à la pratique du handball. La CAHB nous suit de près parce qu’à nos participations aux compétitions, nous réalisons de très bons résultats. Pour moi, c’est un devoir de participer aux compétitions de la confédération. Et ce que je reproche à certains de mes collègues africains c’est qu’ils se limitent au IHF Challenge Trophy destiné aux jeunes. Pour le développement du handball, il faut avoir le courage d’affronter d’autres nations surtout fortes. La Guinée ne participe à aucune compétition sans qu’il n’y ait un stage. Nous avons deux ou trois. C’est important. En tout cas, c’est toujours dans notre programme et toujours agréé par le ministère des Sports.

Ils sont tout de même nombreux ces binationaux au sein des sélections nationales hommes et dames. Quel discours leur tenez-vous pour qu’ils acceptent de faire l’aventure avec vous ?

Je leur tiens un langage de vérité qui est celui de défendre la nation. Vous savez, ce n’est pas tout le monde dans un pays qui bénéficie de l’hymne national. Avec ces sportifs, il ne faut jamais mettre en avant de l’argent mais en priorité le projet sportif, l’option financière vient après. Nous sommes l’un des rares pays où un arrêté conjoint définit ce que l’on gagne en sélection. Donc chacun sait à quoi il a droit à la fin quand il participe aux compétitions. Les primes de stage, de regroupement et de compétitions…tout est connu par avance. Enfin, il y a la confiance. Je ne convainc jamais les joueurs par téléphone mais je me déplace en Europe pour les rencontrer et discuter avec eux, c’est important. Sans oublier le plan social que je mets en place pour l’après carrière. 

De 2011 à aujourd’hui est-ce que vous êtes satisfait de votre parcours ?

Je dirais oui et non à la fois. Oui parce que sur six objectifs j’ai atteint quatre. Nous avons participé à deux Coupes du Monde en hommes, seniors hommes et cadets et deux Coupes du Monde successives chez les juniors et deux autres Coupes du Monde successives chez les cadettes. Donc j’attends de voir les seniors dames et les juniors hommes partir en Coupe du Monde et ce sera un premier pas franchi. Seconde chose, quand j’aurai fait construire un palais des sports multidimentionnel de 5.000 places en Guinée, ce sera le meilleur héritage que j’aurais laissé. Enfin, je suis en train de me battre pour que les anciens professionnels puissent assurer la relève un jour parce que si nous ne le faisons pas, tout l”héritage sera en ruine car après 16 ans en 2027, il faut que je cherche à passer la main.

Vous avez parlé tout à l’heure in fine de votre départ à la tête de l’institution. Ce sera pour quand ?

Il y a trois ans, j’ai songé à partir parce que mes obligations professionnelles en tant qu’officier général me prennent assez de temps. Il m’arrive de m’absenter des stades pendant un mois. Mais je me suis ravisé par la suite parce que je dois préparer la relève et ce sera pour bientôt. Je vous le dis parce que je ne suis pas homme à vouloir m’éterniser à ce poste. J’ai pris une discipline à l’agonie où personne ne croyait qu’elle allait faire la fierté de toute la nation aujourd’hui. Donc mon objectif, c’est de laisser en héritage une fédération solide à des jeunes qui ont l’amour de cette discipline et qui sont prêts à se donner corps et âme pour assurer la relève.

De manière précise vous laissez la place à un autre quand ?

Les élections sont prévues pour 2027. Tout peut changer.

Entretien réalisé par Adou Mel, envoyé spécial à Conakry 

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